mercredi 21 janvier 2026

Les attentats à la mémoire.

 

Préface

Ce texte a été rédigé en janvier 2000 pour un colloque international du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM), intitulé “Guerre totale. Clés pour une mutation au seuil du XXIe siècle” et qui a réuni une trentaine de communications.


RésuméLes attentats à la mémoire”:

Avant, pendant et après une guerre totale, l’histoire est utilisée parfois comme une arme (flèche ou bouclier) et non comme un moyen de connaissance. L’histoire a souvent été exploitée par les propagandes; il ne faudrait pas cependant que les propagandes écrivent l’histoire. Pour des raisons économiques, diplomatiques, idéologiques ou encore militaires, des accusateurs utilisent des éléments d’histoire, afin de culpabiliser des peuples, des classes sociales, des religions ou des gouvernements en place ou pouvant l’être. Des romanciers, des philosophes, des historiens et des avocats s’engagent: les procès d’intention ou de droit visent principalement à acquérir l’adhésion de l’opinion publique. Alors que celle-ci est la cible, des accusateurs la désignent comme juge principal, surtout lorsqu’elle ignore bien souvent le fonds de la cause. L’omission est le moyen le plus souvent utilisé. Des faits, justes mais grossis et sortis de leur contexte, travestissent la réalité. Notre monde court le danger d’une mémoire unique et globale, retenant certains évènements ou s’inscrivant dans des mouvements de pensée, avec une répétition qui se veut accablante. L’objectif est d’ignorer complètement des faits ou des opinions qui pourraient remettre en cause des choix décisifs, pour le monde de demain ou tout simplement pour un pays. Les mémoires des minoritaires ou des perdants (ou considérés comme tels) peuvent être occultées, voire bâillonnées et, pire, rééduquées. Quelques cas illustreront cette pratique qui est ancienne et possèdent, malheureusement, encore de beaux jours devant elle !

Les actualités de 2025 et de ce début de 2026 illustrent mes propos qui ne se voulaient pourtant pas prophétiques, mais uniquement critiques de façon constructive, afin que l’histoire soit un moyen de comprendre le passé pour ne pas répéter les erreurs du passé. Algérie, Etats-Unis, Turquie, Israël, “Europe”, Ukraine et Chine sont des noms qui devraient vous venir à l’esprit en lisant cet article. Bonne lecture !


Les attentats à la mémoire.

par Antoine Schülé


En propos liminaires, je vous offre les quatre citations qui m’ont accompagné lors de la rédaction de cette conférence:

« Nul au monde n'a puissance sur le jugement intérieur: si l'on peut te forcer à dire en plein jour qu'il fait nuit, nulle puissance ne peut te forcer à le penser.», Alain dans Propos; «Le passé, il faut le voir simplement, il ne faut pas le noircir: c’est pourrir l'espérance.», Maurice Chappaz dans Partir à vingt ans. Au sujet de l'histoire qui devrait être: «Elle n’est pas un art. Elle est science pure. [...] elle consiste comme toute science, à constater les faits, à les analyser, à les rapprocher, à en marquer les liens.» Fustel de Coulanges dans La Monarchie franque; «Qui ne sait que la première loi du genre est de ne rien oser dire de faux ? la seconde, d'oser dire tout ce qui est vrai ? » Cicéron. De l'orateur.


Il est une expression très à la mode de nos jours, celle du «devoir de mémoire». Le titre de ma communication pourrait paraître quelque peu provocant. Malheureusement, il ne l’est pas. En effet, au nom du devoir de mémoire, il existe des utilisations abusives de l'histoire pour justifier des idéologies ou des options politiques. En un moment où l’on oublie que les idéologies sont des enjeux de la guerre totale, il s'oublie aussi que l'histoire peut devenir une arme, flèche ou bouclier, pour éliminer son adversaire en lui interdisant la parole et le droit d’établir un projet de société autre. Une bibliographie non exhaustive permettra au lecteur d’analyser quelques manipulations les mieux établies.


Introduction

Depuis 1945, des moyens énormes sont engagés pour créer une sorte de conscience collective mondiale en établissant une histoire globale pouvant satisfaire tous les peuples. La télévision, la radio et la presse ne cessent de marteler des messages historiques pour le grand public. Le danger devient important lorsque ceux-ci restent les seules sources de connaissance, car chacun n’a pas la possibilité de s’offrir soit une recherche personnelle, soit une confrontation d’idées sur telle ou telle question d’histoire. Avant d’accepter ces produits d’histoire pour les foules (romans, films, ouvrages de vulgarisation, images chocs), il est une obligation d’analyser ce que leurs concepteurs veulent transmettre et ce qu’ils refusent de divulguer.

Pour ma part, si le crédit et le passif de chaque civilisation, état, idéologie, économie, philosophie, religion ou système politique s’y retrouvent sans parti pris et en laissant le destinataire du message établir librement son choix, cet instrument de connaissance me paraît être un merveilleux instrument de paix. Par contre, si l’on falsifie ou l’on cache les données de base et les bilans pour imposer des jugements de valeur préétablis, il est un devoir de vérité qui oblige à dénoncer une manipulation mentale, au service de la haine cultivée en faveur de projets particuliers.

Pour éviter d’être accusé d’être trop théorique ou de pratiquer un discours abstrait, je vous invite à considérer un fait d’actualité: pourquoi, au nom d’une conscience collective universelle, des gouvernements européens peuvent accepter des extrémistes de gauche comme ministres et conseillers politiques, sans que cela suscite une réaction particulière ? Les quelques 100 millions victimes du communisme auraient-elles moins de valeur que les autres? Existerait-il un nouveau racisme des victimes qui ferait que les unes aient le droit permanent à la mémoire et les autres bénéficient d’un discret rappel occasionnel ou de bonne conscience, quand elles ne subissent pas tout simplement le silence? Plusieurs générations d’intellectuels sont encore persuadés que Sartre, le défenseur de Staline et de Mao, reste un maître à penser et qu’il soit inscrit dans les programmes scolaires ne choque personne. Par contre pour des responsables de l’enseignement public, il serait très dangereux qu’un auteur à tendance opposée et aussi militant, comme Robert Brasillach, soit seulement mentionné ! Au nom d’une véritable liberté d’expression et de conscience, il appartient à chacun de se forger une opinion en toute connaissance de cause et non sur le rejet de la part d’une autorité surtout si elle est politique. L’exemple qui précède illustre un illogisme criant, communément admis.

Il est grand temps de sortir de ce manichéisme stupide du «bon communiste» et du «méchant fasciste». Les qualificatifs peuvent s’inverser, mais le politiquement correct rend l’inverse plus rare. Ayant pu discuter avec des militants des deux extrêmes, j’ai souvent été frappé par les similitudes de leurs motivations au départ. La plupart du temps, ils vivaient la même révolte face à des faits suffisamment graves pour justifier un combat extrême qui s’est vu porteur du nom de «résistance» ou de «trahison», suivant des critères politiques du détenteur du pouvoir ou de ses commis. Il m’intéressait avant tout de comprendre les raisons qui ont fait que des hommes s’engagent dans une lutte où la vie, la sienne comme celle de l’autre, pouvait être sacrifiée, au profit du dernier combat qui, selon eux, apporterait la félicité pour toujours. S’il n’y avait pas tout simplement une idéologie dominante (media, écoles, universités, milieux littéraires, théâtre, cinéma), considérer les actes et les résultats des uns et des autres se ferait sans se voir accuser d’«anticommunisme primaire» comme il existe un «antifascisme primaire » qui n’a rien à envier au maccarthysme.… Avec raison, Paul Ricoeur déclare dans «Histoire et vérité»: «…le manichéisme en histoire est bête et méchant».

L'histoire n’a pas à être une boîte à outils au service de la propagande des politiques au pouvoir, ainsi que cela tend à le devenir de plus en plus. L’histoire est un laboratoire où tout ce qui concerne l’homme, le meilleur comme le pire, a déjà été expérimenté. Par sa connaissance, elle offre cette possibilité de favoriser le meilleur pour éviter le pire. Pour celui qui se place au-dessus des particularités, sans les ignorer cependant, les phénomènes historiques ont des similitudes, car ils concernent toujours le même homme: seuls les moyens et leur efficacité changent.

Autrefois détruire Carthage était possible, maintenant détruire une portion de continent l’est aussi. Un état démocratique comme les Etats-Unis qui a réussi à justifier la destruction de deux villes au moyen des bombes atomiques (dont les noms ne traduisent pas un humanisme du meilleur goût «Little boy» et «Fat man») et n’oublions pas les villes bombardées inutilement sans cible militaire, pourrait tout aussi bien justifier celui d’un pays si cela s’avère nécessaire demain.

Son acte n’a pas disqualifié le système politique qui a autorisé une telle pratique. Le président Truman, le général Groves et l’amiral Purnell n’ont jamais été condamnés pour crimes contre l’humanité. Les scientifiques ayant participé au projet de création de cette bombe n’ont connu aucune réprobation juridique. Le pire pour l’un pourra toujours sembler le meilleur pour l’autre. Ainsi à la source, nous revenons à un choix d’intérêt le plus souvent, à un choix moral parfois ou encore un choix religieux plus rarement. Ces trois aspects ne convergent pas obligatoirement, mais il y en a toujours un qui finit par prédominer et même conditionner les deux autres comme faire-valoir.


Le Moyen-Age

Cette période de mille ans d’âge qui portent ce nom (inadapté) reste encore un magnifique champ de recherche digne d’explorations : la monarchie élective, la coopération militaire, les sociétés pluriculturelles, les femmes célèbres (exerçant aussi bien un pouvoir politique, moral qu’intellectuel), les innovations intellectuelles (dont se prévaudra la Renaissance), une juridiction supranationale (pas seulement religieuse), les débats d’une rare audace (prenez toute la littérature goliardique), une poétique vécue, une fibre écologique, une Europe commerciale. Pour mettre en valeur soit la Renaissance, soit le siècle des Lumières, soit la Révolution de 1789, soit encore la Révolution de 1917, le Moyen-Age a été complètement dénaturé par ceux qui ont été déclarés les bien-pensants d’une époque. Des écrivains, des philosophes ou des idéologues ont utilisé son histoire pour mettre en valeur leurs options idéologiques, en sélectionnant les faits que le grand public devait retenir pour mieux apprécier les « progrès » que celui-ci pouvait enfin connaître.….

Pensez à Michelet qui, au début de sa vie, a mythifié le Moyen-Age pour le démolir ensuite au nom de son vécu politique et de sa lutte contre le monarchisme ! Dans son introduction à l’histoire universelle (quel qualificatif occidental !), Michelet résume sa vision de l’histoire qui explique pourquoi il ne pouvait pas comprendre le Moyen-Age : «Avec le monde a commencé une guerre qui doit finir avec le monde, et pas avant : celle de l’homme contre la nature, de l’esprit contre la matière, de la liberté contre la fatalité. L’histoire n’est pas autre chose que le récit de cette interminable lutte.». Pour le chrétien du Moyen-Âge, le monde est une création divine qu'il convient de respecter. L'homme se doit de vivre avec la nature qui lui a été offerte. L'esprit doit dominer la matière et non lutter contre elle. L'homme a la liberté de faire le bien ou le mal, mais il doit craindre le jugement de Dieu (pour cela il faut encore qu'il connaisse la Foi). La fatalité n’existe pas, car les voies de Dieu sont impénétrables. L’histoire ne devrait être qu’une alliance de l’homme avec Dieu, en reconnaissant que l’homme peut trahir, alors que Dieu ne trahit pas.

Saint-Augustin croit, pour sa part, que le sens de l’Histoire reste un objet de foi et fait partie du mystère de la foi. Selon lui, nous vivons en même temps une histoire profane et une histoire sacrée. Notre nature d’homme empêche de discerner le rapport entre les deux histoires. Ce mystère de l’Histoire avait l’avantage d’éviter les fanatismes théoriques et pratiques, intellectuels et politiques. Malheureusement, la Cité de Dieu de Saint-Augustin n’a pas toujours été comprise: il y a eu confusion entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. C’est pourquoi le Moyen-Age a connu quelques heures sombres, bien modestes au regard des massacres du XIXe et XXe siècle. La pensée de Marx a produit une forme de communisme encore recherchée malgré ses crimes, ses terreurs et ses répressions. Or, le Moyen-Age a produit la seule forme du communisme qui soit acceptable: le monachisme. Ceci est malheureusement oublié.

Ce dénigrement systématique, fruit d’un enseignement dispensé à plusieurs générations, se retrouve encore dans la classique phrase du genre : «Mais c’est le (retour au) Moyen-Age !», alors que celui qui la profère ignore bien souvent tout des valeurs et des richesses véhiculées par ce millénaire auquel nous devons beaucoup et pour ce qu’il y a de mieux dans notre civilisation. Les auteurs du Moyen-Age ne soignaient pas leur ego par l’écriture. Parmi les anonymes du XIIe et du XIIIe siècle, se découvrent encore des débats d’idée vraiment libres et d’une profondeur qui ne peuvent que nous laisser modestes, par rapport à notre temps où il y a multiplicité de l’écrit, mais bien souvent une pensée tristement uniformisée, comme si cela était un objectif à atteindre. Les lumières du Moyen-Age permettent de mieux percevoir une forme d’obscurantisme du siècle des Lumières et de ces deux siècles où le Progrès était sensé résoudre toutes les difficultés.

Comme le Moyen-Age, le XXe siècle n’échappe pas à une forme d’utilisation politique dans la mesure où, au nom de quelques faits, une idéologie protéiforme, variant au gré de besoins électoraux (ceci n’étant même pas de la pluralité), s’imposerait en réduisant au silence toutes les autres, et il faut les mettre au pluriel. Ainsi la réflexion de Becker reste encore d’actualité et doit nous rendre prudent : «Chaque siècle réinterprète le passé de manière que celui-ci serve à ses propres fins.…Le passé est un genre d’écran sur lequel chaque génération projette sa vision de l’avenir.»… en désignant aussi ce qu’elle refuse.


L’Europe

Pour justifier la création de l’Europe, l’histoire à été aussi utilisée, alors que son rôle est de faire comprendre, de connaître. Sa légitimation a été la source d’une abondante littérature où se retrouvent de nombreuses récupérations possibles au lieu d’être des approches. En voici quelques unes, sans que la liste soit exhaustive :

Elle est née du Saint Empire Romain germanique

Elle s’est constituée sous Charlemagne

Elle a été l’œuvre de Charles Quint.

Elle a été pensée par Henri IV.

Elle est le produit du grand souffle de liberté de la Révolution française.

Elle est préfigurée par l’Empire napoléonien.

Elle est anticipée par l’Autriche-Hongrie des Habsbourg.

Elle a été désirée par la Prusse triomphante.

Elle est une composante nécessaire de «l’Internationale Communiste ».

Elle a été voulue par la grande Allemagne de Hitler.

Elle est le résultat de la résistance antifasciste.

Elle est la résultante de l’union des démocraties contre le totalitarisme communiste.

Elle est le fruit de la «pax americana».

Elle est la volonté des lobbies capitalistes…

Ce qui, pour les uns, légitime l’Europe, la récuse pour d’autres. Et toutes ces affirmations peuvent être considérées comme partiellement justes, certaines ayant plus de poids que d’autres. Au premier abord, le débat pourrait paraître secondaire, mais en fait il ne l’est pas. Suivant la légitimation donnée par un passé sélectionné et non considéré dans son ensemble, le futur de l’Europe sera aussi engagé. Dans la mesure où le passé sert de caution, il est nécessaire de savoir ce qu’il peut cautionner selon les choix adoptés: au nom de ce qui justifie l’Europe, des anathèmes (aucune institution n’en a le monopole) sont et seront jetés. Le débat historique ne peut pas être évité, le travail de l’historien consiste à le mener avec lucidité: c’est-à-dire en tenant compte de chacune de ses composantes, aussi antinomiques qu’elles puissent paraître à première vue. N’en considérer qu’une seule, en ignorant les autres, est un acte contre la mémoire et c’est ouvrir la porte à des excès qui ont pour noms : guerres (pas forcément inter-étatiques, mais plutôt civiles) ou dictatures sous des étiquettes trompeuses (la République Démocratique Allemande).


La Suisse et la Deuxième Guerre mondiale

Par des dispositions militaires, politiques, économiques, diplomatiques et par volonté d’être le plus neutre possible dans un monde en guerre, la Suisse n’a pas été impliquée de la même façon que ses pays voisins, dans la Seconde Guerre mondiale. Qu’un gouvernement réussisse à sauvegarder les intérêts de l’ensemble d’une population aurait été un titre de fierté pour nos pays limitrophes qui ont dû subir les horreurs de la guerre. Depuis 1980, quelques historiens suisses, d’abord, et des politiques, ensuite, ont considéré cet exploit comme une honte et plutôt que d’en analyser les points forts et aussi les faiblesses, ils ont choisi de n’en voir que les faiblesses. Il y a eu un parti pris dans leur enseignement: il privilégie le discours politique de culpabilisation et ils peuvent le faire en étant financé par les contribuables, lorsqu’ils sont professeurs d’université ou députés. Par contre, ceux qui ont le courage de les réfuter ne reçoivent aucune aide financière pour leurs recherches ou leurs publications, aucune mention et aucun débat quant à leurs conclusions.

Qu’il y ait un débat sur l’attitude de la Suisse durant 1939-45 est tout à fait normal, car il y a encore de nombreuses études originales à mener. La Suisse, ne pouvant pas vivre en autarcie économique et encerclée militairement, a dû transiger non seulement avec l’Allemagne et l’Italie bien sûr, et que les accusateurs et moralisateurs me disent comment la Suisse aurait pu faire autrement, mais aussi avec le Grande-Bretagne comme la France et les Etats-Unis. Les exigences économiques anglaises et américaines étaient très fortes et je m’étonne que celles-ci n’apparaissent pas dans de volumineux rapports, alors que des milliers de pages développent les relations Suisse - Allemagne qui sont connues, dans leurs grandes lignes, depuis 1953 (lire M. Bourgeois, p.21-34) par tout historien contemporain, ayant vraiment dépassé la seule lecture des manuels scolaires. La population suisse a déjà connu dans les années 50 et 60 cette question, car des articles de presse en ont parlé sommairement - et sans aucune complaisance particulière par ailleurs -, mais cela n’était pas encore présenté comme la préoccupation majeure. Sans être allergique à tout regard critique sur le passé, il est normal de souligner les limites des rapports officiels ou de l’histoire voulue par un gouvernement: l’histoire institutionnelle se doit d’exister et l’historien sérieux fait la part des raisons qui la motivent (ce qui n’implique aucun dénigrement, mais un amour du vrai sans fanatisme). Par contre de focaliser uniquement l’attention du grand public sur des solutions envisageables dans le présent à des problèmes du passé est une forme d’attentat à la mémoire qu’il convient aussi de dénoncer. Nier les menaces militaires (pas uniquement allemandes) connues par la Suisse pour privilégier le seul facteur économique, c’est une faute par omissions contre les acteurs diplomatiques, militaires et politiques du moment.

En 1997, la plupart de nos médias ont pratiqué une manipulation prodigieuse avec cette affaire en faisant croire que les relations économiques entre la Suisse neutre et l’Allemagne hitlérienne constituaient un scoop. Tous les projecteurs se sont braqués sur ce seul aspect pour laisser dans l’ombre les nombreux autres sujets qui auraient permis d’équilibrer la mise en perspective. Peu de temps après, des journalistes ont cependant reconnus leurs erreurs et ont apporté des correctifs à la découverte de leurs méconnaissances. Ils sont surtout de Suisse Alémanique et moins de Suisse Romande. La majorité des citoyens sont sensibles au sort des réfugiés (et cela peu importe leur origine) et à ce qui aurait pu être mieux fait pour les sauver. Cependant, il ne s’agit pas pour autant d’oublier tout ce qui a été fait en faveur des différents types de réfugiés, car il n’y en avait pas que d’une seule religion ou d’un seul pays. Je pense particulièrement à toutes ces familles, proches de la frontière franco-suisse, qui ont pris des risques énormes pour accomplir des sauvetages qui sont aussi dignes de mémoire: leur anonymat ne devrait pas signifier oubli. Grâce à la Suisse, nombreux sont ceux qui ont pu garder la vie sauve et encore trouver la liberté alors qu’au même moment, par des mesures plus draconiennes, l’Angleterre, les Etats-Unis refusaient de les recevoir sur leurs territoires. Pour se faire une bonne conscience au regard de ce que les Américains n’ont pas pu réalisé (alors qu’en 39-42, ils n’étaient même pas encerclés par les forces de l’Axe) et pour des raisons purement électorales, en 1997, les Etats-Unis (avec Le rapport Eizenstat) ont permis des pressions économiques contre la Suisse, pour forcer les responsables des banques et du gouvernement helvétiques à se plier à une version d’histoire visant deux objectifs: une rééducation politique et des indemnités financières. Nous avons vécu et vivons un phénomène intéressant et qui me paraît véritablement nouveau pour un pays n’ayant pas été occupé ou n’ayant pas appartenu aux forces de l’Axe. Plus d’un demi-siècle après les faits, une telle démarche a été possible contre un Etat neutre et non-belligérant qui se voit ainsi traité à l’égal d’un pays vaincu par les armes. Alors que les chercheurs désignés par la Suisse n’ont pas fourni leurs conclusions, des indemnités ont été versées. Alors que des accords juridiques après-guerre ont mis, du moins les accords signés le laissaient penser, un terme aux questions économiques de la guerre 39-45, le dossier a pu être rouvert… La guerre totale ne veut pas de neutralité et même après les faits, notre neutralité (une forme d’indépendance) est reprochée, il fallait oser, c’est fait ! Ceci répond sans aucun doute au principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, si fameux en paroles et si fumeux dans les faits.

Pour nourrir cette littérature de la culpabilité, des bourses aux jeunes chercheurs en histoire et des publications sont prévues et financées par des associations qui ont placé cette action de culpabilisation comme objectif principal. Pour répondre à toutes ces études, il ne faut pas croire que le silence s’établisse par faute d’arguments. Cela serait faux. Le silence risque de régner pour deux raisons. Premièrement, parce que contester la culpabilité de la Suisse deviendra une «faute» (l’arme suprême de ces pseudo-défendeurs de la liberté d’expression). Deuxièmement, et c’est l’argument le plus péremptoire dans le débat, parce qu’il n’y a pas de publicité, voire de financement, pour des ouvrages qui rétablissent les faits.

Il est vrai qu’il y a des questions historiques plus importantes pour le monde de demain. Par exemple, il est plus urgent d’établir des études comparatives sur les états et peuples à volonté hégémonique en ce jour, sur le respect par les états des traités internationaux ou des traités de paix. Nous arriverions à des conclusions plus intéressantes pour une conscience mondiale crédible que des débats orientés à des fins essentiellement financières. L’actualité offre assez d’exemples et je me dispense de vous en faire l’inventaire.

L’action menée contre la Suisse à ce sujet crée une nouvelle jurisprudence. Il convient de se poser la question comment les gouvernements indemniseront les victimes du communisme, des guerres les plus récentes, des peuples déportés depuis 1945 ou ne pouvant pas jouir d’un territoire ou d’une reconnaissance à l’autonomie. Ils souffrent d’un handicap majeur : ils ne peuvent pas exercer de pressions économiques et leurs martyrs ont pu se produire en raison du silence ou de l’impuissance des états occidentaux. Une nouvelle carrière prometteuse s’ouvre à tout historien opportuniste. Il pourra entrer dans un cabinet d’avocat pour faire fructifier son savoir dans un sens ou un autre suivant le client payeur, avec la certitude d’œuvrer pour la justice. Ce sera celle que se fait son client en tous les cas. La morale n’y gagnera pas grand chose et l’approche d’une vérité encore moins.


Un cas d’école

Le débat a été vif au sujet de la Suisse et de la deuxième guerre mondiale, à la suite de nombreuses études sérieuses depuis 1970, avec MM. P. Perrenoud et W. Rings, sans oublier les études de M. O. Gauye et de M. D. Bourgeois, ainsi que la parution des documents diplomatiques publiés par les Archives Fédérales pour la période qui nous intéresse.

À côté des travaux de M. J.-Cl. Favez ou de M. A. Laserre, dont la qualité des analyses et l’esprit critique sont à être salués, il y a eu un florilège de publications fantaisistes à couleur historique. Le meilleur exemple que j’ai à vous proposer est le livre de Jean Ziegler «La Suisse, l’or et les morts». Il s’agit de l’ouvrage d’un député suisse (au moment de la rédaction), professeur de sociologie à l’université et fils d’une bonne famille bourgeoise. Sous prétexte de réveiller les consciences, il s’est fait un devoir de dénigrer son pays et il y arrive bien. Les médias lui ont donné un écho extraordinaire et international. Il y a cependant un ennui de taille : son livre est un roman historique où il se fabrique une histoire sentimentale, complètement imaginaire qui a toute son autorité auprès de l’opinion publique mondiale, en raison des titres de son auteur. Si Ziegler avait les talents de MM. Alexandre Dumas ou Walter Scott (écrivains que j’apprécie), nous aurions gagné au moins un élément positif, mais il n’y a même pas cela. Il aime armer les adversaires des identités suisses et vous trouverez son livre, présenté comme une référence, dans les bibliothèques du monde entier. Ce Contre-Ambassadeur Extraordinaire de la Suisse vise des objectifs simples: 1. Discréditer les pouvoirs politiques, l’armée, le système économique ainsi que le peuple suisse, auprès des pays étrangers -par dénigrement- en accusant des hommes du passé; 2. Pourrir la mémoire sous prétexte de «faire la lumière»; 3. Exprimer sa vanité intellectuelle qui est tolérée en raison de ses titres politiques et universitaires ; 4. Construire des mythes à son goût, sans portée positive pour le pays, mais satisfaisant ses fins idéologiques.

Il méconnaît Cicéron qui a dit à propos de l’histoire : «Qui ne sait que la première loi du genre est de ne rien oser dire de faux ? la seconde d’oser dire tout ce qui est vrai, d'éviter en écrivant, jusqu'au moindre soupçon de faveur ou de haine. Oui, voilà les fondements de l’histoire, et il n’est personne qui les ignore.» et j’ajoute “à part celui qui est de mauvaise foi, il s’entend bien.…

Avec «Jean Ziegler ou l’histoire falsifiée», M. Félix Auer, à récusé point par point notre mythomane, en un texte court avec de nombreuses références, et il n’a pas épuisé le sujet. Chaque thème abordé nécessiterait des études plus développées et chacun pourrait faire l’objet d’un livre à lui seul. Pour récuser les faux témoignages, les manipulations historiques anachroniques, les logorrhées obsessionnelles, les contradictions et les affirmations péremptoires sans preuve de Ziegler, il fallait avoir le courage de dénoncer une désinformation dont l’ampleur a de quoi surprendre. Cependant, cette réfutation ne se trouve pas dans toutes les bibliothèques étrangères qui proposent uniquement le livre de Ziegler comme seule référence… L’histoire est, pour ce dernier, devenue une arme de propagande et une poursuite de sa guerre idéologique dans un pays qui ne partage pas ses visions internationalistes. Il y a véritablement une façon de manipuler l’histoire dans le but de cultiver la haine qu’elle soit zieglerienne ne change rien à sa nature : il pratique le Suisside, il n’y a pas erreur d’écriture! Si cette haine avait été antisémite, il aurait déjà été condamné par des tribunaux prompts en la matière. Il ne me viendrait pas à l’idée d’interdire à M. Ziegler le droit de publier ses fables, mais je me donne aussi le droit de les dénoncer comme telles et de ne pas être d’accord avec ceux qui, par leur silence, lui donnent une forme d’approbation complice. La Suisse avait un statut encore enviable pour avoir su rester neutre dans les limites de ce qu’elle pouvait dans un contexte difficile et pour ne pas avoir été vaincue : depuis 1997, elle est et sera aussi “rééduquée", via les livres scolaires et il faudra au moins 20 ans pour oser une mise en perspective critique, au lieu d’être culpabilisante. Elle a payé aussi des “indemnités de guerre” par chantage économique américain !


La question qu’il faut se poser est: pourquoi cette pratique et pourquoi maintenant ? Les réponses sont nombreuses et le but de cet exposé n’est pas d’y répondre. Par contre, je souligne le fait que je peux prendre chaque état et le juger systématiquement sur ce qu’il a commis de négatif inévitablement dans son passé. Si je le fais contre Israël, je serais accusé immédiatement d’antisémitisme. Contre les Etats-Unis, je serais un anti-américain. Contre Staline ou Castro ou la Chine ou l’URSS, un anticommuniste primaire. Contre le capitalisme, un cryptocommuniste. Contre la démocratie, un fasciste. Si j’ose dire que le passé d’un état au régime honnis actuellement par les bien-pensants n’est pas aussi noir qu’on le dit, il se trouvera de «bonnes âmes» qui crieront au danger… Il est grand temps de sortir de ces passions encore si vivaces, ne serait-ce qu’au nom des 40 millions de victimes de la guerre de 39-45 et des 20 millions de personnes déplacées contre leur gré !

1945 à été la fin d’une guerre, mais cette année a été aussi le commencement d’épouvantables tragédies qui ont marqué, parfois dans l’indifférence de certaines nations, toute la fin du XXe siècle, et dont les conséquences sont du sang versé actuellement. Le sort de toutes les victimes, mêmes de celles qui ne pensent pas comme moi, m’émeut. Elles ont toutes aussi le droit à la mémoire.

Ainsi l’Allemagne a connu le tribunal de Nuremberg où elle a été jugée par les Américains qui ont utilisé les bombes atomiques (je ne parlerai pas de quelles façons ils ont éliminé les Sudistes ou les tribus indiennes), par les Soviétiques qui ont créé de redoutables goulags et se sont spécialisés dans les «épurations» à grande échelle, par l’Angleterre qui n’a pas craint d’étendre par les armes - et par l’élimination de peuples entiers - son empire sur le monde et cela durant plusieurs siècles. En tant que vainqueurs, ils s’étaient donné le «droit» de le faire. Si les crimes d’après Nuremberg avaient été jugés non sur le principe de la rétroactivité (qui est une infamie juridique au profit de n’importe quel vainqueur et un crime contre les principes les plus élémentaires du droit, avec le respect que l’on doit à ce mot), mais sur des lois internationales valables pour tous (sans ce scandaleux droit de veto de grandes puissances qui accorde l’impunité la plus totale à des régimes sanglants), nous pourrions regarder l’avenir avec confiance en raison d’un tribunal international crédible. Malheureusement, on en reste à des intentions, à des discours et à de beaux échanges de signatures donnant à des états criminels la couleur d’une belle innocence ! Et pour terminer ce chapitre, je ne peux que laisser à votre réflexion ces propos du philosophe polonais Leszek Kolakowski:

«Aucun Etat n’a jamais été expulsé de ONU pour des atrocités infligées à la population, ni le Cambodge des Khmers rouges, ni la Chine pendant la prétendue Révolution culturelle, ni aucune dictature militaire d’Amérique latine, aucune tyrannie communiste, aucun régime terroriste du Moyen-Orient ou d’Afrique, etc. La légitimité d’un Etat n’est pas définie par des critères moraux, mais par le consensus. Qui plus est, il est difficile de s’imaginer un ordre international différent, pour peu que le mot ordre convienne. Il n’est pas possible de définir la légitimité d’un Etat par son comportement à l’égard de la population, ou même des autres Etats. Si on acceptait le principe selon lequel un Etat perd sa légitimité lorsqu’il méprise les droits de l’homme, la plupart des Etats de notre planète deviendraient illégitimes et pourraient légitimement devenir l’objet des interventions des autres. Et cela n’est pas réalisable.» (In: Intervenir? Droits de la personne et raisons d’Etat, ” forum international sur l’intervention. La Sorbonne Grasset. 415 p. 1994. p. 92-93)


La guerre totale

Avec les exemples que j’ai soulevés jusqu’à maintenant, vous comprendrez que j'arrive à une conclusion évidente : au travers de débats historiques, une guerre totale idéologique peut être engagée. Et si l’histoire ne peut pas rester en dehors des grandes passions qui ont secoué le monde et si elle adhère à l’une d’elle au lieu de les étudier toutes sur un pied d’égalité, il y a de grands dangers de manipulation. Jouer avec l’histoire comme un enfant joue avec le feu, c’est donner la possibilité de créer un climat de haine en soulevant à nouveau le temps des passions. L’histoire se transforme en un champ de bataille où celui qui refusera d’intervenir sera victime de la loi du plus fort sur le plan médiatique. Ceci est regrettable, car l’histoire devrait être avant tout un champ de réflexion en même temps qu’une recherche de la vérité. Une confrontation des idéologies qui tiendrait en compte le positif comme le négatif de chacune serait plus utile pour l’avenir que les assassinats verbaux offerts par les maîtres de l’information.

Sous les apparences d’une paix qui n’existe que pour une petite partie du monde (des peuples opprimés vivent une guerre qui n’en porte pas toujours le nom), il s’ignore trop souvent que des batailles idéologiques comme économiques se déroulent au quotidien. La stratégie se déploie pour une part sur le plan médiatique: l’opinion publique est un enjeu de pouvoir. La guerre économique a toujours existé, sans que les consommateurs s’en soucient, car les préoccupations sportives l’intéressent plus. David Rogers (Les stratégies militaires appliquées aux affaires, 1998) a étudié avec talent les similitudes frappantes entre les stratégies militaires et commerciales. Les luttes économiques se font sans pitié et il y a des gens pour croire qu’il existe encore des règles de déontologie, alors que seuls les résultats comptent. Un même ouvrage pourrait s’établir sur les stratégies de communication. La conquête des esprits se fait avec méthode au moyen de films, de romans, de documentaires savamment montés, de sujets sélectionnés et des témoins capables de toucher la fibre émotive. Certaines victimes de l’histoire apparaissent tout le temps, d’autres jamais. Quelques causes ont droit à la vérité médiatique et d’autres n’ont droit qu’à des condamnations par «a priori», sans qu’on puisse entendre leurs voix, cela est plus simple. Avec une rare efficacité, une pensée unique est ainsi inculquée en supprimant d’autres approches soit par des lois, soit par l’occultation volontaire de certains sujets.

Cette guerre totale médiatique a des objectifs clairement définis en vue de créer une conscience collective unique avec de sérieuses ablations. Il y a une concentration des moyens médiatiques au profit de quelques thèmes. L’offensive est hebdomadaire. Les actions sont extrêmement mobiles dans n’importe quel pays de la planète. Des effets de surprise sont créés avant d’importantes élections ou nominations. Une sécurité légale est donnée aux praticiens reconnus pour la lutte déclarée conforme; leurs adversaires doivent s’apprêter à connaître les foudres de la justice. Il y a une telle synergie qu’une économie des forces leur permet d’être présent sur tous les tableaux : au barreau, dans les rues, à la télévision ou à la radio comme dans la presse. À chaque fois, vous trouverez la même complaisance pour les uns et le mépris voire l’agression verbale pour les autres.


Histoire

Détruire une mémoire peut détruire une civilisation. André Malraux a exprimé cela en une phrase qu’il ne faut pas oublier : «L’histoire est la mémoire d’un peuple, et pour changer un peuple, il suffit de changer sa mémoire.» La traduction dans les faits pour un pays est la perte d’identité ou la honte d’affirmer son identité. Pour les peuples, l’histoire possède un pouvoir double dont le dosage est important : son pouvoir thérapeutique par rapport au passé et son pouvoir militant par rapport au futur. Le passé doit être étudié pour permettre, non l’oubli, mais la guérison des souvenirs où le pardon - sans esprit de calcul de chacune des parties en confrontation - est le souverain baume. Si chaque état retient les crimes de ses voisins contre sa création et son droit à l’existence, il n’y aurait plus de paix possible, mais que l’attente d’une vengeance qui peut prendre dès lors des apparences insoupçonnables. Le passé sereinement analysé doit permettre de construire le futur sur des bases solides et bien choisies : une expérience douloureuse dont on se souvient conduit généralement à une certaine forme de sagesse. Ces deux aspects me paraissent indissociables. Au lieu d’une thérapie, l’histoire peut devenir un poison et au lieu d’être motivant, il peut devenir un incapacitant: c’est l’histoire systématiquement culpabilisante. La Confédération suisse s’est créée entre cantons amis, mais aussi ayant été ennemis: le canton de Vaud n’a pas cultivé les mêmes relations avec l’Argovie, canton ami, qu’avec Soleure ou Berne, cantons bellicistes en Pays de Vaud !

L’objectivité en histoire est toujours une forme de subjectivité, mais, s’il y a une honnêteté intellectuelle, il est possible encore de la revendiquer. Il est clair que l’idéologie de celui qui écrit l’histoire n’est jamais absente de son travail. Henri Marrou, dans son ouvrage «De la connaissance historique», affirme que «l’histoire est inséparable de l’historien.» Malgré l’esprit scientifique que l’historien démontre ou la méthodologie qu’il utilise, il ne s’oublie pas que l’auteur à ses propres critères de valeur dans les différents domaines de la pensée. Le passé se regarde inévitablement avec les influences des expériences présentes; celui qui a de bonnes connaissances du passé regarde aussi le présent avec des nuances autres. Cela n’est pas gênant, dans la mesure où le contexte dans lequel les événements du passé se produisent n’est pas oublié. Il convient de garder à l’esprit les similitudes et les différences.

La mémoire a souvent été utilisée pour faire adopter le remède qu’un gouvernement voudrait appliquer à des problèmes d’actualité. La question sur les réfugiés dans les années 1990 a probablement influencé le débat sur l’attitude de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Pour ma part, l’histoire est comme la stratégie, elle n’offre pas de solution miracle à un problème donné, mais elle peut favoriser une imagination propice à des solutions optimales. De plus, l’histoire présente les expériences (sans exceptions idéologiques) qu’il ne faut surtout pas répéter en raison de leurs résultats mortifères. Si l’histoire n’apporte que cela, c’est déjà beaucoup.

Lorsque les historiens se rassemblent pour étudier un sujet aussi délicat que les causes ou les responsables d’un conflit, nous sommes obligés de constater que la perspective des vainqueurs a occulté celle des vaincus ou de ceux assimilés comme tels. La remise en cause de certains dogmes quant à la responsabilité des quelques 370 guerres d’après 1945, aurait des conséquences tragiques pour ceux qui ont réussi à exploiter une forme de l’histoire qui a pesé sur les esprits d’après la Seconde Guerre mondiale. Les peuples accepteront difficilement d’avoir été conditionnés pour exécuter ou subir des guerres qui ne les concernaient pas. Pour un vainqueur, le droit à la guerre s’appelle devoir d’ingérence et, pour le peuple vaincu, un crime contre l’humanité. Le vocabulaire est très contemporain, mais la problématique est fort ancienne et remonte aux temps les plus reculés de la mémoire humaine : il n’y a pas de différence entre intervention militaire (les forces «multinationales» de la Première Croisade) et devoir d’ingérence (actualité), l’habillage diffère, mais le fonds est le même.

Il est un principe admis par la conscience universelle et par tout homme de raison, c’est celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Vous trouverez rarement un état ou quelqu’un contestant ce droit. Par contre, si vous prenez ce critère pour tous les états du monde durant le XXe siècle, vous trouverez quelques exceptions notables qui ont existé, mais, en règle générale, ce droit a été complètement bafoué. Cet aspect sera pour les historiens futurs certainement le constat majeur porté sur ce XXe siècle. Cette perspective de recherche me paraît un moyen utile en faveur de la promotion de la paix des peuples et non afin de cultiver une haine stérile.


L’Ancien Testament

Pour certains, le message essentiel de l’Ancien Testament est l’annonce de la venue du Messie du Nouveau Testament. Pour d’autres, les prophéties de l’Ancien Testament ne se sont pas encore réalisées et il sert à des lectures humaines qui ne relèvent plus du sacré. C’est ainsi que son emploi a été détourné de son objectif. Il est intéressant d’étudier celui-ci pour la justification des luttes d’états, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, pour la création des Pays-Bas ou de l’Etat d’Israël ou encore pour l’extension des colonies portugaises, espagnoles ou françaises.

L’Ancien Testament a justifié la prise de possession de la Palestine par une partie du peuple juif qui a transformé le message historique, sa loi écrite, en des principes que contient le Talmud, sa loi orale. Leur volonté de créer un état territorial et politique s’est nourrie de l’Ancien Testament, sans pour autant renoncer à un pouvoir mondial pour laquelle il se sent le Peuple Elu (toute religion recherche l’universalité, mais les moyens de réalisation ne sont pas tous les mêmes). L’unité des juifs de la diaspora a subsisté dans le temps grâce à l’étude du Talmud et à ses multiples interprétations de circonstances.

Mais l’Angleterre a aussi cru qu’une mission lui était confiée sur le monde, car son peuple était le peuple élu. La presse anglaise s’en prévalait à la fin du XIXe siècle. La notion de race y était très forte et devait expliquer sa domination sur le monde : sa puissance était un don de la Providence. Il est curieux que la recherche historique n’ait pas étudié les modèles antérieurs aux années 1920: les surprises ne manquent pas. Les généraux anglais se sont crus parfois les détenteurs de la colère divine et ont nourri leurs ardeurs au combat par la lecture de passages de l’Ancien Testament.

Les premiers colons américains ont été accompagnés par les récits de l’Ancien Testament pour affronter les inconnues de leurs conquêtes. Ils ont pu détruire, au nom de Dieu, la conscience tranquille, des peuples nomades possesseurs de territoires et de coutumes plus anciennes que les nôtres pour acquérir des pâturages et pour survivre, alors que l’Europe n’avait plus d’avenir à leur offrir. Les exterminations commises contre les tribus amérindiennes, contre des peuples d’antiques cultures comme en Inde ou au Pérou ou en Australie ou en Afrique ont été dénoncées pour des raisons politiques et non à cause d’un véritable regret ou repentir des actions commises. Les réserves d’Indiens aux Etats-Unis, le pays de la liberté, constituent des ghettos qui n’ont pas été demandés par ceux qui les occupent (en d’autres temps et lieux, le ghetto constituait un privilège souhaité pour préserver les valeurs d’une culture). Un constat peut s’établir: l’Ancien Testament, traitant de la colère de Dieu, a été souvent utilisé pour gérer les relations extérieures à la communauté qui s’en prévalait et que, par contre, le Nouveau Testament, prêchant l’amour divin, était privilégié pour ses relations internes. Heureusement que des missions chrétiennes ont pu corriger cela et travaillent pour le respect de tous les peuples ct de toutes les cultures en tirant les leçons de l’Ancien Testament (qui illustre de multiples tyrannies en annonçant une ère nouvelle) pour mieux comprendre la portée du Nouveau Testament qui démontre que la seule vraie révolution est celle de la personne et non des états ou des puissances.


Histoire et justice

Le procès de Galilée n’appartient pas qu’au passé. Il se vit actuellement lorsque des juges s’érigent en détenteurs du savoir historique et revendiquent une sorte d’infaillibilité. Cela ne concerne pas que d’anciennes dictatures ou des régimes totalitaires tolérés, mais aussi des régimes qui appliquent différentes jurisprudences ou articles du droit pénal pour bâillonner l’expression d’une ligne historique considérée comme non correcte. Ainsi en quelques jours, un juge peut prétendre trancher des questions fondamentales qu’un historien aura étudié pendant plusieurs années: cela paraît impensable, mais cela se produit fréquemment. Voltaire n’aurait pas manqué de nous écrire un plaisant récit où, par le miracle de la robe du magistrat, le juge recevrait l’Histoire infuse…

Une analyse historique n’a pas besoin d’un juge pour être validée. Le scientifique, dans le secret de son laboratoire, travaille selon certaines méthodes pour faire évoluer la recherche. D’une théorie existante, il opère des essais et des tests pour faire évoluer son savoir. Lorsqu’il fait une découverte, il ne vient pas demander à un juge si celle-ci est juste ou fausse. D’autres chercheurs étudieront la découverte, l’infirmeront peut-être partiellement ou totalement et la recherche ne cessera d’évoluer, en raison de cette remise en cause permanente des connaissances accumulées qu’il est impossible de figer une fois à tout jamais. Il en va de même pour l’histoire qui est «une création continue» comme le dit la devise du CHPM.

La recherche historique évolue et cela est une nécessité. Aucun sujet n’est tabou et il n’y a pas un groupe de pensée qui peut s’arroger le droit de décider ce que sera l’histoire. Voici deux mille ans, Jésus-Christ est né pour les chrétiens. Des laïques, des athées convaincus, des tenants d’autres religions ont nié soit l’existence du Christ, soit son action, cela n’a pas empêché une culture chrétienne d’exister. De même, il est ridicule de focaliser l’histoire d’un pays sur un seul aspect de son passé en ignorant les autres. De plus, rien n’est interdit à la recherche historique: même les vérités les mieux implantées dans les esprits. Que des convictions en souffrent, cela est possible, mais il vaut mieux avoir des convictions plus proches de la vérité que des convictions fausses à conserver par fidélité. Un juge, lors d’un procès qui a pour enjeu l’histoire, est obligé de réduire les dimensions de son champ d’investigation. L’historien pour effectuer une analyse est obligé d’élargir le champ de sa recherche sous peine de n’être qu’un spécialiste de l’infiniment petit.

Il est évident que le juge n’a pas la fonction d’un directeur de thèse ou d’un savant jury, il est grand temps que certains historiens cessent de s’ériger en juges ou en procureurs face aux événements et aux idéologies qu’ils considèrent. Le devoir d’historien consiste à comprendre pour mieux réfléchir. La réflexion n’interdit pas l’émotion. Toute douleur humaine est digne d’émotion mais elle ne doit pas éteindre la raison et la lucidité. L’esprit de recherche exige que le contexte dans lequel les faits se produisent soit fidèlement rendu et cela peu importe les options politiques de l’Etat étudié. Les opinions dominantes d’une autre époque doivent être perçues comme elles l’étaient à l’instant étudié et non comme elles le sont maintenant. Les pressions sur les décideurs d’un pays doivent être appréhendées de façon large et précise. N’oublions pas que les mots ne s’entendaient pas avec le sens que nous leur donnons actuellement: le mot race par exemple. Cessons de juger le passé à l’aune d’une idéologie du temps présent ! Cela est si facile et même rentable, mais o combien stérile.


Histoire et enseignement

Actuellement, il manque une étude européenne entre idéologie au pouvoir et contenu de l’enseignement. Le livre de M. Ferro ouvre des voies de recherche. Les choix d’un programme scolaire et universitaire comme le choix des membres du corps enseignant ont répondu à des exigences de savoir, sans aucun doute, mais aussi à des options politiques. Les principes qui sont enseignés, comme ceux qui ne le sont pas, ont un impact, pas toujours maîtrisable d’ailleurs, sur les électeurs de demain. Par la transmission du savoir, il se crée cet inconscient collectif si utile quand il est consciemment forgé. La RDA en donne l’exemple le plus achevé.

Il appartient aux enseignants de rester vigilants afin d’éviter une dictature psychopédagogique ayant pour but de privilégier une formation sociale plutôt qu’intellectuelle. L’école ne doit pas produire une censure non officielle dont l’efficacité est redoutable: se croyant sincère et honnête, elle peut être une censure idéologique qui tend à dissuader les élèves à prendre connaissance d’œuvres ou d’idées que le pouvoir politique désapprouve. Ainsi, au lieu de discuter et de réfuter (travail intellectuel par excellence), certains enseignants imposent le fanatisme du refus plutôt que l’approche éclairée d’une thèse, même si ce n’est pas la sienne. Le conformisme intellectuel est le fruit mûr de la censure idéologique : en général c’est une denrée extrêmement périssable.


Conclusions

À) Pour justifier des thèses, des faits ont été tronqués.

B) Pour orienter les esprits, des vérités ont été négligées.

C) Pour expliquer des faits trop difficiles à étudier, des effets sont devenus des causes.

D) Pour proclamer des enseignements de l’histoire, des historiens ont habillé des idées particulières, fruits de la passion de leurs travaux.

E) L'histoire n’est pas un musée Grevin où les traits sont figés à tout jamais.

F) L’histoire est un facteur d’union ou de haine selon l’emploi que l’on désire en faire.

G) Dénoncer une erreur ou rétablir les faits n’est pas un crime contre la mémoire.

H) Celui qui interdit la recherche historique au nom d’une mémoire figée répète le procès de Galilée.

1) L’histoire est une création continue.

J) Il n’y a pas de sujet tabou en histoire, il n’y a que le respect que l’on doit à la Vérité.

K) L’historien est un homme et a droit à l’erreur. Il peut être la victime d’une idéologie dominante.

L) Le débat historique est là pour éclairer les faits, tous sans exception même ceux qui dérangent les idées établies.

M) L’historien n’est ni un juge, ni un procureur. Il a cependant le droit comme tout lecteur du passé a posséder son jugement, mais cela relève d’un choix personnel et non collectif. Ce jugement n’a de valeur que si la vérité lui est connue.

N) La justice n’a pas à décider ce que serait la vérité historique, elle a déjà bien assez de peine à juger les causes civiles et pénales.

O) L’histoire peut être une arme de la guerre totale. C’est pourquoi il convient de rester vigilant. Contre n’importe quel régime politique, il est aisé d’établir une compilation de scandales, d’affaires pour le discréditer. Il convient dès lors de considérer celui-ci sur ses intentions exprimées et sur résultats.

P) L’histoire peut être un instrument de division, il est possible qu’elle nourrisse la division dans la longue durée. Au lieu d’apaiser les conflits possibles, ce qui est son rôle thérapeutique, elle peut envenimer tous les conflits, en élargissant les déchirures au lieu de cicatriser les plaies.

Q) L’histoire n’a pas à être un réservoir de rancunes, une réserve de moyens pour des ambitions de pouvoir ou de domination mondiale. Utiliser la mémoire comme le fait Brzezinski dans «Le grand échiquier» pour justifier l’hégémonie des Etats-Unis, pour un temps qu’il dit limité comme si cela pouvait rassurer son lecteur, est une façon de manipuler les pays autres comme des «vassaux» ainsi qu’il le démontre sans aucune gêne…

R) Entre l’apologie et le dénigrement d’un état ou d’une idéologie, le champ de l’historien est immense. La prudence vis-à-vis d’une histoire officielle est nécessaire autant que face à une histoire émotive et fictive. Par un effet du temps présent, dénigrer l’histoire de son pays rapporte financièrement, car cela se vend bien et suscite un large taux d’écoute.

S) L’histoire enseignée dans les écoles a contribué à forger une identité, les autorités politiques en avaient bien conscience. Ceci n’est pas une raison pour détruire une fierté identitaire, car cela est un attentat à la mémoire qui est plus grave que de glorifier son pays à l’excès (le chauvinisme stupide). Un attentat à la mémoire est possible en raison de deux facteurs : le silence des sachants et la stupeur des ignorants. Il est grand temps de réagir et de rompre un silence qui serait une approbation tacite à tout ce qui se dit de faux.

T) Le travail d’historien invite à rester modeste et je rappelle volontiers les affirmations de M. Collingwood dans «The Idea of history» : «Dans l’histoire aucun acquis n’est définitif. Un témoignage, valable à un moment donné, cesse de l’être dès qu’on modifie les méthodes et dès que changent les compétences des historiens.» Je nuancerai ce propos en disant que, dans tout témoignage, il y a une part de vérité, mais ce n’est cependant pas toute la vérité. Des témoins se trompent de bonne foi et étudier le pourquoi et le comment de cette croyance est aussi sujet d’histoire. L’historien est comme face à un grand puzzle qui a pour nom vérité historique et qu’il faut reconstituer avec patience et où la découverte d’une nouvelle pièce change complètement le tableau.

U) Pour un chrétien, deux textes sont à se remémorer: en considérant les accusations portées par certains contre la Suisse, je citerai volontiers cette parole que vous trouverez dans Luc (VI, 43): «Pourquoi regardes-tu une paille qui est dans l’œil de ton frère, et tu ne t’aperçois pas d’une poutre qui est dans ton propre œil », et le texte où Jésus-Christ dit aux scribes et aux pharisiens à propos de la femme adultère: «Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.» et «quand ils entendirent cela, se sentant repris par leur conscience, ils sortirent l’un après l’autre, commençant depuis les plus vieux jusqu’aux derniers.» (Jean, VII, 7 et 9).

V) Dans l’obscurantisme des idéologies que nous vivons au quotidien, je souhaite que l’objectivité soit l’Etoile du berger de l’historien. Elle indique la direction à suivre, mais son espace, cette vérité pleinement vraie, ne peut se conquérir. Nous ne sommes que des hommes. Cela nous rend modeste et interdit tout fanatisme.

W) Chaque état doit accepter son passé tel qu’il est. À ma connaissance, il n’existe pas un état, une civilisation, un régime politique ou une religion qui n’ait pas des reproches à se faite quant à son passé. Nous sommes tous les héritiers du passé avec ses beautés comme ses horreurs. Il n’est pas un état qui pourrait s’arroger le droit de juger l’autre, sans se voir lui-même accusé. Ne vouloir considérer que les crimes de l’un en ignorant les autres, c’est cultiver la haine.

X) Il convient de lutter contre une mémoire totalitaire qui imposerait une vision unique de l’histoire alors que par essence, elle est multiple. Elle n’est la propriété ni des seules victimes, ni des seuls bourreaux qu’ils soient vainqueurs ou vaincus.

Y) Il faut refuser un racisme des victimes. Toutes les victimes ont droit à la mémoire.

Z) Pour finir sur une note optimiste, je laisserai les mots de la fin à Adam Schaft qui dit dans «Histoire et vérité» (écrit en 1971) «compte tenu des différents conditionnements, y compris affectifs, qui pèsent sur l’historien, la vérité historique atteinte n’est jamais que partielle, mais la connaissance progresse par le processus infini de l’accumulation des vérités relatives.»

Antoine Schülé

Contact: antoine.schule@free.fr


Référence : CHPM, Travaux d’histoire militaire et de polémologie. Actes du symposium 2000. Guerre totale. Clés pour une mutation au seuil du XXIe siècle. Pully(Suisse). 500 p. Antoine Schülé : Les attentats à la mémoire. Pp. 277-303.

Source

Florian : La Fable et la Vérité. Tout y est dit et le reste n’est qu’illustrations…

Ouvrages de base

Jean-Noël Kapferer : Rumeurs. Le plus vieux média du monde. Paris. Seuil. 1987. 320 p. Dans le monde où le verbe préside, le traître peut s’appeler rumeur.


Roland Jacquard : La guerre du mensonge. Histoire secrète de la désinformation. Paris. Plon. 1986. 308 p. Lorsque la vérité se masque, elle devient désinformation.


VIadimir Volkoff (textes réunis par) : La Désinformation arme de guerre. Paris. Julliard. L’Age d’Homme. 1986. 280 p. La guerre pour dominer les esprits est totale et permanente.


Henri-Pierre Cathala : Le remps de la désinformation. Paris. Stock. 271 p. L’information, le nouvel opium des peuples ?


Alain Jaubert : Le commissariat aux archives. Les photos qui falsifient l’histoire. Paris. Barrault. 1986. 191 p. Une image valant plus qu’un discours, pourquoi ne pas la falsifier ? Réponses visuelles et il y en a encore tant d’autres à dénoncer !


Marc Ferro : Comment on raconte l’Histoire aux enfants à travers le monde entier. Paris. Payot. 1981. 317 p. Chaque état fabrique son image historique, c’est son droit et même son devoir : ce n’est pas sur son existence qu’il convient de discuter, mais sur son emploi…


Claude Billard, Pierre Guibbert : Histoire mythologique des français. Galilée. Paris. 1976. 314 p. “«Comment l’enfant s’approprie-t-il l’Histoire ?», «Comment l’adulte se saisit-il de la politique ?», il est urgent de fournir aujourd’hui une réponse commune à ces deux questions clés, avant que ne soit engagé trop avant le processus actuel de dépolitisation et de déculturation de la République. Faute de quoi, la perte d’un fonds commun de référence - fût-il mythologique - mettrait en jeu l’existence même de la communauté.”


Pierre Miquel : Lettre ouverte aux bradeurs de l'histoire. Paris. Albin Michel. 1981. 189p. Des hommes se considérant comme des bien-pensants estiment inutile la connaissance de l’Histoire. Ils se trompent et ne liront pas ce livre s’ils veulent rester dans l’erreur.


Serge Tchakhotine : Le viol des foules par la propagande politique. Paris. Gallimard. 1952. 605 p. Tout démocrate devrait avoir connaissance de ce livre, car da démocratie n’existe pas sans la “liberté de l’information” souvent proclamée alors que censurée…


Cicéron : De l’orateur. Paris Les Belles Lettres. Livre I, 1938. 264 p. Livre 1I, 1927. 366 p. La forme orale habille les faits, objets du discours.


David Rogers : Les stratégies militaires appliquées aux affaires. First. 1988. 315 p. La dynamique des affaires que l’on peut appeler aussi concurrence ou tout simplement encore guerre commerciale, se construit sur les huit principes de la guerre : objectifs, concentration des forces, offensive, mobilité, effet de surprises, sécurité, économie des forces et coopération.


Ouvrages de réflexions fondamentales

Paul Ricoeur : Histoire et vérité. Seuil. 1955. 364 p. Se poser les questions essentielles et oser confronter les idées en respectant chacune pour réfléchir.


Arnaud-Aaron Upinsky : La tête coupée ou la parole coupée. Le calcul et la mort sont les deux pôles de la politique. Œil, Patis. 1991. 525 p. Toute théorie du Pouvoir comporte une théorie de l’homme, une théorie politique et une théorie de l’histoire ; selon Upinsky, il convient dès lors de mettre en évidence une théorie du langage comme grille de lecture universelle. Est-ce que le l’Empire du Chiffre mettrait fin au pouvoir du langage ?


Raymond Boudon : L'art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses. Paris. Fayard. 1990. 459 p. À partir du moment où toute théorie ne peut être tenue pour vraie (selon Popper), il ne reste que la possibilité de démontrer qu’elle est fausse ou qu’elle peut être provisoirement tenue comme non fausse! Cependant des croyances fausses peuvent aussi provenir des arguments les plus justes. Comme faire encore de la recherche dite scientifique ? et pourtant sans les théories réfutées et qui nous ont précédé, nous ne serions pas au niveau de connaissances que nous avons actuellement et qui seront revues demain…


Pierre Feschotte : Les Illusionnistes. Essai sur le mensonge scientifique. L’Aire. Lausanne. 1985. 302 p. Pour servir des spéculations métaphysiques, la science a souvent été manipulée. L’auteur, scientifique de profession et d’âme, nous rend attentifs à ne pas se laisser abuser par les nouvelles découvertes qui, par mauvaises interprétations, mutileraient ce qui fait notre humanité.


Manuel de Diéguez : Le combat de la raison. Paris. Albin Michel. 1989. 285p. Lorsque la Raison Laïque et Individuelle devient dieu commun, les religions deviennent des objets ethnologiques. Excellente étude de la théologie de la Révolution française.


Cas pratiques

Ancien testament: Les livres historiques permettent de comprendre les prophètes. Par l’Histoire il est possible de mettre en évidence toutes les forces de la tradition orale et de la tradition écrite comme de l’usage qu’il en a été fait et surtout qu’il en est fait encore. Cet usage a deux faces et le jugement de chacun permet de les nommer… l’une dirait : «Que de crimes commis en ton nom !» et l’autre «Que de bienfaits en découlent !». À propos du mot : «Liberté», il se dirait la même chose.


Uli Windisch: Le K O. verbal La communication conflictuelle. L’Age d’Homme. Lausanne. 149 p. Pour échapper à la captivité verbale, il est nécessaire de démonter le fonctionnement des conflits verbaux pour ne plus être manipulés, sans devenir manipulateur.


Jean Ziegler : La Suisse, l’or et les morts. Le Seuil. Paris. 1997.

Félix Auer : Jean Ziegler ou l’histoire falsifiée. L’Age d’Homme. Lausanne. 1998. 126 p.

Daniel Bourgeois : Business helvétique et Troisième Reich. Page deux. Lausanne 1998. 269 p.

Félix Auer établit le catalogue des erreurs, des manipulations et des mensonges d’un ancien conseiller national socialiste, professeur de sociologie à Genève, de nationalité suisse. Les médias du monde entier ont donné la parole au mythomane Ziegler pout une exploitation commerciale et émotionnelle d’un sujet présenté comme un «scoop » en 1997 alors qu’il est connu depuis 1953... Daniel Bourgeois et Werner Rings avaient apporté des contributions essentielles à un débat qui n’a jamais été occulté jusqu’au jour où l’on a parlé d’indemnités...il fallait donc focaliser l’attention du grand public, aux noms de grands principes, et les milieux financiers, au moyen de pressions économiques. Cela a fonctionné et cela fait jurisprudence, l’histoire devient un formidable business et les Archives un coffre-fort : c’est mieux que le braquage d’une banque. Bon, cela demande plus d’efforts...

Jean-Christian Lambelet : Le mobbing d'un petit pays. Onze thèses sur la Suisse pendant la deuxième guerre mondiale. Ed. L’Age d’homme. Lausanne. 1999. 304 p. Un économiste s’exprime avec pertinence sur les relations économiques de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Il soulève de nombreuses questions d’histoire qui n’ont pas encore trouvé toutes les réponses qu’elles méritent.

Zbigniew Brzezinsky : Le grand échiquier. Bayard. Paris. 1997. 273 p. Cet éloge de la suprématie américaine mérite la même attention que celle accordée à «Mein Kampf» d’Adolf Hitler (1924), aux «Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire» de Mao (1936) ou au livre de Tchakhotine (1939) déjà cité…Exercices pratiques de comparaisons à faire !

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Vous trouverez d’autres articles en consultant la bibliographie du site antoineschulehistoire.blogspot.com

Thèmes traités : Histoire médiévale et contemporaine; Histoire de la guerre et de la sécurité (de l’antiquité à nos jours); Géopolitique; Histoire de la vallée de la Cèze (Gard, France); Littérature; Poésie; Spiritualité (chrétienne et autres); Maurice Zundel.

Pays traités plus spécialement : Suisse, France, Allemagne, Europe.

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