mardi 13 octobre 2026

Roger Bonniaud, Marcoule, Saint-Gervais: de la folliculine à la vitrification des déchets nucléaires.

 Roger Bonniaud (1928 - 2024) et Marcoule

par Antoine Schülé,

avec des photographies de Raymond Durand

et avec un article inédit de Roger Bonniaud.

Roger Bonniaud, juin 2020 photo R. Durand

Cet article traite d’un scientifique de renom international qui a contribué à la résolution de déchets radioactifs, c’est-à-dire de toute matière radioactive qui ne peut être ni recyclée, ni réutilisée. De plus, son article inédit sur Marcoule vous retrace une page de son histoire qui concerne aussi bien la France que le Gard rhodanien.

Corrélats: Laboratoire Roussel, folliculine, Saclay, Fontenay-aux-Roses, Marcoule, Cadarache, Célestin, Bagnols-sur-Cèze, Reggane, La Hague, Pierrelatte; Gulliver, PIVER, EDF, AVM, CEA, Eurodif, Cogema, Rapsodie, Phénix, Gerboise bleue, Défense nationale, Valrho, ANDRA, Mox, Melox, Atalante, Centraco, CECER, Cis Bio, LAPAM; Pierre Cohen, Félix Gaillard, Yves Hery, Antoine Jouan, Francis Laude,  Jean-Pierre Moncouyoux, De Rouville, Michel Saint-Gaudens, Claude Sombret.   

Un prêtre, un politicien, un agriculteur, un historien, un pamphlétaire, un menuiser-inventeur ont marqué la longue vie de la commune de Saint-Gervais (Gard): vous les présenter est un hommage légitime et nécessaire rendu à leurs engagements. Aujourd'hui, c’est un scientifique reconnu mondialement que je vous invite à découvrir ou redécouvrir : Roger Bonniaud qui habitait le quartier de Maruel à l’ouest du village. 

Il a été mon parrain à mon entrée à l’Académie de Lascours en 2003. J’ai eu le plaisir de le connaître personnellement et il m’avait fait l’amitié de recevoir l’ASMEM (Association Saint-Maurice d’étude militaire) dont je suis membre pour visiter l’AVM de Marcoule. Avec un large sourire, il m’avait parlé de ses contacts avec la Suisse lorsqu’elle envisageait la production d’une arme nucléaire à laquelle elle renonça vite en raison de plusieurs échecs. N’étant pas un scientifique, il a réussi à me rendre compréhensible bien des sujets ayant trait à la production nucléaire. Je me souviens plus particulièrement d’un repas pris chez moi où, pendant quatre heures, il a ouvert mon champ de connaissance. Il avait d’ailleurs au moment de servir le café régulièrement des critiques sur le sucre blanc et, encore plus, sur le sucre brun. C’était un passionné qui ne refusait jamais de partager son savoir: forme de générosité que n’ont pas tous les sachants !  

Cet article est constitué en deux parties : l’une d’un entretien avec Roger Bonniaud, le 24 juin 2020, que nous avons eu son domicile en compagnie du  photographe et correspondant de Midi Libre Raymond Durand; l’autre d’un article rédigé par Roger Bonniaud sur Marcoule (Gard) pour le Dictionnaire encyclopédique du Gard Rhodanien de l’Académie de Lascours (DEGRAL) qui n’a pas pu se concrétiser, alors que le projet que j’avais initié méritait d’être poursuivi. A ce sujet, je mettrai en ligne bientôt les articles que j’ai rédigés pour qu’ils ne soient pas perdus, ainsi que ceux qui m’ont été remis par des amis, heureux de s’engager en faveur du patrimoine local.

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Né en novembre 1928, il a reçu une formation d’ingénieur chimiste. Intéressons-nous à son parcours de vie pour le moins original : d’une hormone féminine à la vitrification de déchet nucléaire.

Après 4 à 5 ans, les combustibles usés  à base d’uranium sont traités comme déchets. Uranium et plutonium sont recyclés, mais il reste un 4 % de déchets ultimes inutilisables. Comment les incorporer et les immobiliser dans une matrice durable pour stockage ? Roger Bonniaud, avec ses collègues, a trouvé une solution durable.  

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Résumé de l’entretien de 2020

De l’hormone de synthèse à la vitrification nucléaire 

Son premier engagement professionnel, de trois ans et demi, a été pour le laboratoire pharmaceutique Roussel, spécialiste de la chimie thérapeutique. Réputé pour sa production de médicaments comme cortisone, la pénicilline et l’insuline), Roger Bonniaud effectua des recherches sur la folliculine, l’hormone stéroïde nécessaire à la fertilité féminine (le cycle menstruel, la facilité de la nidification  et le maintien des caractères sexuels). 

En 1957, il est engagé à Romainville-Saclay pour travailler avec un ingénieur en céramique de Sèvres. Ils ont à leur disposition un local transformé en un laboratoire tout neuf. Leur mission : la gestion des restes des produits de fission nucléaire, car les barres d’uranium restent longtemps très actives. 

L’idée est que « Les déchets, c’est l’avenir. ». En effet, sécuriser l’avenir passe par une prospective essentielle: dans la longue durée, éviter toute contamination nocive pour l’humanité. 

Différentes solutions sont envisagées : stockages d’abord dans des caves, puis dans des liquides. Les deux solutions sont dangereuses. Nécessité d’ouvrir une autre voie de recherche : trouver un solide pouvant contenir ces déchets. Qualités requises pour ce solide : dans la durée, il doit pouvoir résister à l’eau, à l’irradiation et à la chaleur et le tout, si possible, dans un volume réduit. 

Parmi les minéraux, il s’agissait de trouver un matériel étanche. Le mica (une silicate qui se détache en feuillets, utilisé p.e. pour renforcer le plastique ou pour la fabrication de roues en caoutchouc) est retenu pour ses particularités. Deux solutions sont retenues : soit les micas de synthèse, soit le verre (à base de silice). Toutefois, le mica est plus difficile à produire que le verre. 

Le verre est envisagé pour la poursuite de la recherche. Il est procédé à l’achat d’un four et d’un creuset pour établir un procédé de production et pour résoudre la question du stockage.

Pierre Cohen organise à Saclay trois laboratoires pour étudier le traitement des déchets : 1, de faible activité (les effluents); 2, de moyenne activité (les bitumes); 3, de haute activité. Ce dernier laboratoire est confié à Roger Bonniaud.

Il lui a fallu trois ans pour la mise au point, dont un an pour s’assurer que le verre dissout tout. Le plus grand problème a été causé par la présence de molybdène aux propriétés mécaniques et chimiques uniques. À Saclay, deux procédés sont étudiés. Pour le verre à couler, un minéral n’ayant pas suffi, il a fallu trois minéraux. Le procédé initial était assez simple : une vitrification en pots. Le point faible était le récipient métallique, réutilisable seulement une trentaine de fois. 

La recherche ne pouvait pas s’arrêter là. Roger Bonniaud met au point un procédé continu. En 1968, ceci sera rendu possible au moyen d’un récipient chauffé par induction. 

Vitrification en continu : les déchets sont traités dans un calcinateur et la calcination est incorporée au verre. Le four à froid est non conducteur, mais chaud à 900° et 1000°, il devient conducteur. 

Le procédé pour améliorer l’incorporation de déchets radioactifs dans une masse vitreuse est ainsi assuré. Un brevet (n°4009990, 01 03 1977) sera déposé le 27 février 1975 aux noms du CEA et des trois inventeurs : Roger Bonniaud, Antoine Jouan et Claude Sombret. En voici la teneur :

“Un dispositif de calcination, ou calcinateur, est pourvu d'un tambour rotatif dont l'axe est légèrement incliné par rapport à l'horizontale, et est destiné à être monté à l'intérieur d'un four et à être utilisé pour mélanger et chauffer un mélange de morceaux de verre fritté et de déchets radioactifs. Le calcinateur présente, à ses extrémités, deux brides auxquelles sont respectivement fixés un manchon supérieur au niveau duquel débouchent un conduit d'admission des liquides radioactifs, un conduit relié à une trémie d'alimentation en verre fritté et un conduit d'évacuation des gaz, et un manchon inférieur dont le prolongement à l'écart dudit tambour est pourvu d'une ouverture pour expulser le calcinat obtenu et le transférer vers un four de fusion. Le calcinateur est en outre pourvu de moyens pour le faire tourner et l'étanchéifier.”

Et c’est ainsi que se termine la recherche à Saclay.

Changement de lieu de travail : Fontenay-aux-Roses où se trouvent un laboratoire inactif, un laboratoire actif pour l’étude du verre et une halle de montage pour édifier le système. La première grande installation est construite pour le procédé en continu, avec un calcinateur: le programme Gulliver. Au final, le produit est une pastille de 5 kg. 

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Voici maintenant l’article sur Marcoule rédigé par Bonniaud que je communique comme il me l’a donné  et en italique des compléments synthétisés  pour le lecteur que j’avais prévus pour le DEGRAL:

Marcoule (par Roger Bonniaud) :

En 1958, de nombreux achats de terrain ont été effectués à Chusclan pour des « installations industrielles ». Une année après, la population apprend qu’il s’agit en fait de la création d’un site nucléaire. Les vignerons reçoivent des droits de plantation et les communes des subventions. Félix Gaillard (1919-1970), en tant que Secrétaire d’Etat aux Affaires économiques , il a élaboré le premier plan nucléaire français. En 1961-1963, il favorise le projet d’une usine de retraitement. Il y a deux sortes de PU : le PU fissile, pas trop élevé; le PU pour alimenter la bombe. 

Dès 1961, le chantier est conduit militairement et de Gaulle veille à ce que les délais soient respects. Par exemple, des artisans ayant pris du retard sont enfermés 10 jours sur le site pour satisfaire leurs obligations !

En 1966, le procédé de vitrification est arrêté pendant une année. Mais en 1968, l’équipe de Saclay arrive à Marcoule pour PIVER (avec M. Francis Laude). Le développement technologique se réalise essentiellement à Marcoule. 

Une nouvelle construction est envisagée sur un site de production nucléaire : ce sera Marcoule. Le programme Piver (Pilote verre) est lancé pour une pastille de verre de 100 kg. Cette première installation mondiale est au sud des ateliers pilote. Le problème du traitement des gaines a été le plus difficile à résoudre. Tout est à être inventé. De Rouville est le militaire qui dirige Marcoule. Piver n’assure pas encore un procédé en continu qui est difficile à établir : il sera réservé à EDF.

Piver, souvenir, photo R. Durand

En 1968, la pastille est de 100 kg de verre. Il faut en prévoir le stockage. Le bloc est placé dans un puits de 15 m. de profondeur. Le cœur du bloc atteint une température de 500°: il faut attendre une année pour qu’il soit à 250°. Le refroidissement à l’air est préféré au refroidissement à l’eau. Le stockage Piver est prévu pour 200 blocs. La difficulté que cause le molybdène (100 g par litre) reste à être résolue. 

Une question intrigue les chercheurs français : pour une même quantité d’uranium, les Anglais produisent plus d’énergie (GB : 3000 et F : 2000). La raison est qu’ils utilisent un uranium moins pur. La France décide donc de « polluer » l’uranium et augmente de façon encore plus importante la production : le SICAL.

En 1968, Piver effectue pour commencer deux coulées par semaine. Plus tard, il y aura le travail y compris le samedi et le dimanche. En 1978, l’atelier de vitrification de Marcoule (AVM) : la mise au point de prototype de vitrification en continu est achevée. Il est possible de vider les cuves de Marcoule.

L’AVM se réalise maintenant à La Hague (ateliers R7, T7 et P3). Le conteneur de verre a une capacité de 400 kg. Il y est pratiqué le traitement des déchets du Japon, de l’Allemagne, avec un stockage de 10 ans avant de les renvoyer dans les pays concernés. 

Manque encore un stockage dans la durée

La grande question encore en suspens : le stockage qui est géré de nos jours par l’ANDRA. Le village de Bure, à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, a été le site retenu pour un stockage souterrain. Il manque une décision politique pour construire cet entrepôt. Les entreposages actuels se multiplient : 30 000 conteneurs (à 400 kg de verre chacun, dans un conteneur en inox réfractaire et résistant, mais qui ne forme pas une barrière).

Un géologue avait effectué un rapport pour un stockage souterrain sur le site de Marcoule. Il avait identifié une bande d’argile, fractionnée, s’étendant jusqu’à la Méditerranée. Roger Bonniaud a demandé qu’un puits se fasse sous la Dent de Marcoule, afin d’effectuer un carottage pour savoir si le sous-sol est compatible avec le stockage de produits fissiles. Cette mission lui fut retirée et confiée à l’ANDRA. 

Trois types de sols étaient retenus initialement : schiste, granit et argile. Le granit présentant trop de chlorure, c’est l’argile qui est préférée. Deux sites sont donc envisagés : Marcoule et la Haute-Marne. Cette dernière sera étudiée, car la couche d’argile est plus grande que celle de Marcoule. 

Il est nécessaire que le verre ne dépasse pas la température de 150° pour éviter que le produit de fission sorte. Le stockage doit être prévu pour 30 ans. 

Il faut savoir qu’aux États-Unis des stockages ont été envisagés dans des mines de sel. Ce fut une mauvaise solution. Finalement dans le Kansas, les anciennes mines de sel ont servi à constituer des réserves de pétrole dont le stockage doit être constant pour éviter un effondrement (toujours possible si diminution trop importante dus stock) !

Selon l’avis de Roger Bonniaud, la solution la plus adaptée serait un stockage de 70 ans. Mais il y a et il y aura sans doute longtemps un manque de décision politique afin de préserver des élections. 

Marcoule (1945-2005)

Le 18 octobre 1945, le gouvernement provisoire du Général de Gaulle crée par ordonnance le Commissariat à l'Énergie Atomique (C.E.A.). Sa mission est de mettre en œuvre les recherches scientifiques et techniques en vue de l'utilisation de l'énergie atomique, d'organiser la prospection et l'exploitation des gisements des matières premières nécessaires, d'assurer la protection des personnes et des biens contre les effets nocifs de la radioactivité et de développer les dispositifs générateurs d'énergie. Il exerce sa compétence dans les domaines scientifiques, industriels et militaires.

Les six années qui suivront verront la réalisation de centres d'études (Saclay, chargé de la physique nucléaire et des réacteurs, des matériaux, de l'environnement; Fontenay aux Roses, orienté plus spécialement vers le traitement du combustible irradié), la prospection et l'exploitation de gisements d'uranium, la construction de réacteurs expérimentaux ; Zoé au Fort de Châtillon, puis à Saclay, * EL2, réacteur de plus grande puissance utilisant l'uranium métallique et un gaz inerte comme refroidissement, puis ultérieurement EL3 pour l'étude expérimentale de la production d'énergie.

Mais durant ces années de la IVe République, marquées par une forte instabilité politique, aucune décision ministérielle ne fut prise pour engager le développement industriel du nucléaire. Après l'éviction en 1950 de Frédéric Joliot Curie, Haut Commissaire du CEA depuis l'origine, son remplacement par Francis Perrin et la nomination de Pierre Guillaumat au poste d'Administrateur Général, le gouvernement de Félix Gaillard adopta, le 29 juin 1952, le premier plan quinquennal de développement industriel du CEA.

L'implantation de Marcoule

De cette décision naquit le centre de Marcoule. Le site retenu est une terrasse quaternaire entre le Rhône et la Cèze protégée par la Dent de Marcoule et dont le sol constitué d'une couche de galets calcaires et silex reposant sur une épaisse marne, offre une résistance et une stabilité parfaites pour les charges prévues. Le niveau est suffisamment bas pour permettre le pompage de l'eau nécessaire et suffisamment haut pour être à l'abri des inondations. Le Rhône permet d'assurer le refroidissement des réacteurs. Le Mistral favorise la dispersion des rejets atmosphériques. Enfin, le site s'écarte des grandes agglomérations, tout en conservant l'attrait de celles-ci et des paysages cévenols et provençaux.

Le site est couvert de garrigues, de terres labourables et de vigne dont une partie des vignobles de Chusclan qui a obtenu en 1947 l'appellation « Côtes du Rhône Chusclan », fierté des vignerons locaux. Les premiers contacts pour l'achat des terrains sont effectués en automne 1952, avec beaucoup de discrétion, puisque aucun des exploitants concernés n'en connaissait vraiment l'objet. Ce n'est qu'en janvier 1953 que la nouvelle de la création d'un centre nucléaire sera dévoilée. Elle entraînera des réactions diverses : hostilité de la part des vignerons; intérêt pour les municipalités locales qui vont se rendre compte des retombées pour l'économie locale.

En avril 1953, un décret ministériel déclare d'utilité publique l'acquisition des terrains. Cette annonce accentue les manifestations, mais après quelques péripéties spectaculaires, l'augmentation des indemnisations, l'obtention de droits de plantation pour les expropriés, la promesse d'un travail sur le site et des patentes alléchantes pour les communes concernées: Chusclan et Codolet, les négociations se termineront par un accord à l'amiable.

Le projet prévoyait l'implantation à Marcoule de réacteurs, d'une usine de traitement du combustible irradié et de purification de plutonium formé et d'ateliers annexes nécessaires au fonctionnement de l'ensemble. La France ne disposant pas à l'époque d'installations d'enrichissement de l'uranium, ni de stock suffisant d'eau lourde, les réacteurs ne pouvaient être réalisés qu'avec de l'uranium naturel, modérés au graphite et refroidis au gaz (filière UNGG). Il s'agissait de réacteurs plutonigènes. Le plutonium formé pouvait servir, bien sûr, à l'arme nucléaire, mais aussi être utilisé dans des réacteurs de deuxième génération pour la production d'énergie. À l'époque, cependant, aucune mention n'était faite au niveau ministériel sur l'arme nucléaire. Mais la limitation des taux de combustion du combustible laissait peu de doute sur l'objectif final du plutonium. Il faut savoir que seul le Pu 239 est fissile et que maintenu en réacteur il se transforme en isotopes de Pu non utilisables pour l'armement atomique.

La construction des installations de Marcoule fut une grande épopée industrielle et humaine et une aventure de pionniers. La réalisation des ateliers va se poursuivre à un rythme effréné et dans des délais très contraignants. Le CEA avait fait appel à quelques sociétés industrielles choisies pour leur compétence, dont certaines avaient déjà travaillé à la mise au point d'EL2, mais qui manquaient d'expérience nucléaire. Ces sociétés, pour chaque installation, avaient un rôle d'entrepreneur général devant le CEA. L'objectif était de constituer en France un noyau d'entreprises qui pourraient ainsi acquérir la compétence industrielle nucléaire et une dimension internationale.

Les infrastructures et les installations générales sont réalisées en 1953 et 1954. En octobre 1954, le premier atelier : l'atelier du graphite est en fonctionnement et dans un chantier indescriptible usinera les 1500 tonnes de graphite nécessaires à G1. Le réacteur G1, démarré en mai 1954, diverge en janvier 1956 avec seulement 6 jours de retard sur le planning. G2 lancé en septembre 1955 est achevé en juillet 1958. L'usine plutonium est achevée en 1957.

Marcoule et la Défense Nationale

En mai 1955, un nouveau plan de développement général est instauré. Le plutonium produit à Marcoule servira à doter la France de l'arme atomique. Le client privilégié devient la Défense Nationale.

Le réacteur G1, de puissance de 40 000 Mw, devait servir de prototype industriel à G2 et G3. Il comportait 100 tonnes d'uranium, conditionnées en cartouches de 3,6 m de longueur et disposées dans des canaux horizontaux. II était refroidi à l'air à la pression quasi atmosphérique. L'air de refroidissement, après passage dans un échangeur de chaleur, cédait sa chaleur à de l'eau sous pression qui, vaporisée, actionnait une turbine et un alternateur, et après filtration était évacué par une cheminée de 100 mètres de hauteur.

L’exploitation de G1 va mettre en lumière un certain nombre de problèmes techniques : rupture de gaines, déformation des cartouches sous radiation, accumulation d'énergie sur le graphite nécessitant d'effectuer régulièrement un recuit. Diverses améliorations apportées permettront cependant une disponibilité satisfaisante et la production du Pu demandée. En octobre 1968, G1, initialement prévu pour dix ans, est arrêté définitivement, mais le réacteur avait joué son rôle de prototype. G2, prévu pour 150 000 Mw diverge en juillet 1958, G3 en 1959. Ces deux réacteurs UNGG restent plutonigènes mais deviennent aussi électrogènes. Ils vont bénéficier de l'expérience de G1 : caisson en béton précontraint, cartouches de combustible réduites en longueur, refroidissement par C02 sous pression, automatisation poussée du chargement et déchargement des cartouches sans arrêter le réacteur, température plus élevée et plus stable sur le graphite et le combustible, meilleure stabilité de la réactivité et contrôle poussé des ruptures de gaines, etc. Ces deux réacteurs fonctionneront de façon parfaite. La puissance thermique atteindra 200 mégawatts en 1961, puis 250 mégawatts en 1963. Quatre énormes échangeurs captent la chaleur du gaz carbonique; la vapeur produite servant à alimenter les turboalternateurs : 80 mégawatts électriques seront ainsi produits par le centre dont 50 à 60 Mw seront distribués sur le réseau national.

Si le problème d'accumulation d'énergie sur le graphite (effet Wigner) n'est pas aussi important que sur G1, à cause de la température plus élevée, il existe cependant et provoquera à la longue un décalage des briques de graphite. En 1980, G2 sera arrêté après 22 ans de service. G3 le sera en 1984.

L'usine * UP1 de traitement des combustibles irradiés est mise en exploitation en 1958. Sept ateliers la composent avec en sus diverses installations complémentaires : laboratoires d'analyses, station de traitement des effluents, etc.

Elle assure les fonctions essentielles suivantes :

- séparer chimiquement l'uranium non utilisé dans les réacteurs, le plutonium formé par activation et les produits de fission issus de la fission de l'uranium.

- purifier les matériaux stratégiques 

- fabriquer le plutonium métal.

Les cartouches sorties du réacteur après conditionnement dans des emballages en aluminium sont d'abord "désactivées" en piscine pendant un temps suffisamment long pour éliminer les produits de fission à vie très courte et réduire d'un facteur 1000 la radioactivité, puis sont envoyées au dégainage mécanique. Après découpe de la gaine, l'uranium est extrait et acheminé vers les cellules de dissolution nitrique. La solution nitrique sera soumise à plusieurs phases d'extraction successives au tribactyl-phosphate (TBP) pour séparer les trois constituants. Les solutions respectives seront purifiées : l'uranium décontaminé rejoindra l'usine de raffinage; la solution de nitrate de Pu, après purification, sera transformée en fluorure de Pu, puis par calciothermie fournira un lingot métallique; la solution de produits de fission après concentration sera stockée dans des réservoirs sophistiqués, refroidis et enterrés.

La mise en exploitation de l'usine UP posa des problèmes inhérents au manque d'expérience industrielle antérieure, à un cloisonnement trop poussé ne facilitant pas les interventions, au manque de moyens de vision et de télémanipulation.

À force de persévérance, d'amélioration et la mise en service de nouveaux ateliers : dégainage en piscine, MAR 200 pour la dissolution, nouvelle salle pour la purification du Pu, l'usine UP parviendra à suivre les cadences croissantes imposées et à s'adapter aux nouveaux types de barreaux d'uranium.

Le 13 février 1960, « Gerboise bleue », la première bombe atomique française, issue du plutonium de Marcoule explose à Reggane. En décembre 1960, une loi-programme militaire est votée au Parlement en vue de l'élaboration d'une bombe «H ».

La bombe «H  » nécessite l'utilisation de tritium, isotope lourd de l'hydrogène. Celui-ci est obtenu par transmutation du lithium 6, composant minoritaire du lithium naturel. Deux réacteurs tritigènes seront prévus à Marcoule, en 1964, pour satisfaire les besoins de la Défense Nationale. Ces réacteurs d'irradiation fonctionnent à basse température, sont refroidis et modérés à l'eau lourde et alimentés par du combustible riche : Pu ou U enrichi. La cible d'irradiation est constituée de billettes d'un alliage de lithium-aluminium enrichi en Li6, gainé aluminium. Célestin I diverge en 1967, Célestin II en 1968. Ces réacteurs sont toujours en activité pour diverses opérations d'irradiation.

L'atelier du tritium (ATM) complète le dispositif en vue de la récupération du tritium produit : opération difficile qui nécessite des installations complètement sèches (l'eau fixe le tritium). Les billettes irradiées sont chauffées sous vide pour libérer les gaz formés par la réaction nucléaire; on isole ensuite les isotopes de l'hydrogène et procède par diffusion thermique, à la séparation isotopique pour obtenir un tritium à 99 % de pureté.

Marcoule et la démographie locale

L'implantation de Marcoule et sa mise en exploitation vont générer un bouleversement sociologique et démographique de la région. Durant la construction, environ 350 entreprises sont intervenues, amenant sur le chantier presque 3 000 employés qui se sont répartis dans les communes avoisinantes. À la mise en exploitation, le recrutement est intense, jeune et diversifié. Les effectifs progressent rapidement : 2 400 agents en 1964. Les entreprises participent aux travaux d'entretien et implantent à proximité du site des ateliers ou des bureaux d'études.

Il faut loger tout ce personnel, créer des équipements nouveaux et développer les infrastructures. Bagnols-sur-Cèze, grosse bourgade viticole et commerçante, située à une dizaine de kilomètres de Marcoule, va supporter, de cette mutation, la plus lourde charge. Sa population va passer de 1954 à 1968 de 5 200 à 16 500 habitants et la ville deviendra la plus jeune de France. Sous l'impulsion de son maire, Pierre Boulot, des urbanistes, Raymond Coquerel et Charles Delfante, et de l'architecte Georges Candilis, le nouveau Bagnols va se construire à l'est de la vieille cité : quartier de la Citadelle, puis des Escanaux, du Bosquet... Les collines avoisinantes vont se couvrir de villas individuelles : quartier de la Margue, des Oliviers, de l'Ancyse... Les liaisons routières sont progressivement améliorées; on ouvre des écoles, des crèches, des lycées, un centre culturel, des parkings, des terrains de sport et une nouvelle cité hospitalière. On oublie un grand axe de circulation, pourtant en son temps envisagé, avec un second pont sur la Cèze, dont l'absence se fait encore cruellement sentir.

L'implantation de Marcoule va aussi permettre le développement des autres communes environnantes. Dans la « zone de peuplement induite » c'est-à-dire de Pont-Saint-Esprit à Sauveterre, la population passera entre 1954 et 1968 de 25 600 à 46 500 habitants. Si l'habitat, plus dispersé dans ces communes, a facilité l'intégration des « Marcouliens » (on parle plus volontiers de “Marcouléens”), il n'en fut pas de même à Bagnols-sur-Cèze où l'excentration des nouveaux quartiers, la culture et le mode de vie différents ont été un obstacle à la communication des habitants. L'intégration viendra progressivement grâce à la jeunesse de la ville.

Marcoule et la diversification

Durant la décennie 1960-1970, Marcoule va prendre sa vitesse de croisière et commencer sa diversification. D'autres centres industriels vont se créer : La Hague pour le retraitement des combustibles civils, l'usine d'enrichissement de l'uranium à Pierrelatte. EDF va s'engager dans la construction de réacteurs UNGG électrogènes.

Une organisation nouvelle se met en place au CEA, aboutissant à la création d'une Direction des Productions qui couvre tout le cycle industriel de l'uranium. Marcoule, qui bénéficiait jusqu'alors d'un statut privilégié, devient un maillon d'un ensemble national structuré. Certes la Défense Nationale reste un client essentiel, mais le développement de réacteurs électrogènes impose d'améliorer les performances des réacteurs et d'obtenir un niveau de rentabilité correct. Les réacteurs de Marcoule, tout en poursuivant leur mission initiale, seront utilisés pour des irradiations de combustibles nouveaux, de cartouches expérimentales devant permettre d'accroître la température du coeur, résoudre la déformation des barreaux et réduire les ruptures de gaines.

L'usine UP1 voit sa mission élargie au traitement d'une partie du combustible des premières centrales EDF. Elle va privilégier des procédés à fonctionnement continu: MAR 200, chaîne d'extraction en colonnes pulsées, augmentation des capacités de la concentration des produits de fission, du stockage PF, de la station de traitement des effluents... Avec ces modifications, UP1 traitera cinq fois plus d'uranium que la quantité initialement prévue.

Des équipes de recherche dépendant de la Direction des Matériaux et Combustibles Nucléaires vont s'installer à Marcoule. Ainsi en 1962, sont mis en service les « Ateliers pilotes » APM pour tester à l'échelle semi industrielle et en actif les procédés mis au point dans les laboratoires de Fontenay aux Roses et servir de soutien aux usines. Les recherches sur le confinement des produits de fusion et la vitrification s'implantent à Marcoule. Elles aboutiront en 1968 à la mise en service de PIVER (Pilote Verre) et en 1978 à celle de l'atelier de vitrification de Marcoule (AVM), première installation mondiale de ce type.

En 1969, l'abandon par EDF de la filière graphite-gaz au profit de la filière eau légère et oxyde d'uranium enrichi pour les réacteurs électrogènes, va plonger Marcoule et la région dans une tension profonde et une grande incertitude sur son avenir.

Il est alors demandé au CEA de valoriser ses compétences dans des programmes d'intérêt général. En particulier, le marché des radioéléments est en plein développement. Les réacteurs Célestin, conçus pour l'irradiation et d'une grande souplesse de fonctionnement seront utilisés pour une production économique de Pu fissile à vocation militaire, mais aussi pour la fabrication de transuraniens, de radioéléments ou d'isotopes stables qui après purification dans les installations des Ateliers Pilotes ou de Fontenay aux Roses seront utilisés pour des applications médicales ou pharmaceutiques (C14 - * Il25 -Co60 - Pu238 - Ir192 - Tc99 -...). Des mini sources de Pu 238 équiperont les stimulateurs cardiaques obligeant les producteurs de piles classiques à améliorer la longévité de leur produit.

En 1974, est créé sur le site le laboratoire pour analyses médicales (LAPAM) dépendant du CEA-ORIS pour la fabrication d'anticorps monoclonaux et de trousses médicales de dosages radioimmunologiques. ORIS sera filialisée en 1980 et en s'associant aux Belges et aux Italiens deviendra, en 1985, CIS BIO International dont une partie, en 2000, sera vendue au groupe allemand Schéring, l'autre partie poursuivant des recherches sur la production et l'analyse des protéines dans le cadre des activités du service CEA de biochimie post-génomique et toxicologie nucléaire.

Parallèlement, Marcoule cherche à améliorer son image et à s'investir dans l'animation socioéconomique de la région. Le centre va valoriser son savoir-faire en développant des prestations de services dans les domaines du génie chimique industriel, des analyses physico-chimiques, du contrôle et protection de l'environnement. Une plate-forme de génie chimique est ainsi montée pour l'application des techniques d'extraction liquide/liquide à l'industrie chimique, pharmaceutique ou agro-alimentaire.

Un groupe d'études et d'animation économique (GERE) est créé pour étudier les activités économiques, les partenariats envisageables et collaborer au programme régional de développement.

Marcoule et le recyclage du plutonium

Le premier choc pétrolier, en 1973, va inciter la France à accélérer son programme nucléaire électrogène : un vaste plan de construction de centrales est adopté. Si EDF est chargé de la mettre en œuvre, le CEA conserve son rôle de soutien et renforce sa position dans le domaine du cycle du combustible. Il va adopter une nouvelle organisation visant à assurer une spécialisation des tâches. Les services de recherches vont être réorganisés en Instituts spécialisés. Les services de production rentables vont être filialisés. En 1973, pour assurer la production d'uranium enrichi nécessaire à la filière eau légère, la Société Européenne EURODIF est créée pour réaliser et exploiter l'usine civile d'enrichissement du Tricastin. Le service de construction des piles est transformé en Technicatome, filiale du CEA et EDF. La Direction des Productions est filialisée sous l'appellation COGEMA (Compagnie Générale des Matériaux Nucléaires). Chargée de l'ensemble des productions du cycle du combustible, elle devient, en 1976, propriétaire des installations industrielles de Marcoule. La coexistence sur Marcoule et Pierrelatte de services de recherches et développements propres au CEA et des installations COGEMA, va nécessiter la création, en 1979, d'une structure administrative distincte : le CEA/VALRHO.

Le 31 août 1973, le réacteur surgénérateur PHÉNIX diverge à Marcoule. La filière à neutrons rapides était inscrite dès 1955 dans les objectifs du CEA, comme complément des réacteurs UNGG. Le surgénérateur offrait un débouché naturel au plutonium, permettait d'économiser l'uranium, et de garantir l'approvisionnement énergétique de la France. Rapsodie, construit à Cadarache en 1961, va servir de modèle à la filière et remplir sa mission expérimentale, d'abord à 24 Mw puis après refonte du coeur à 40 Mw en 1970.

Pour loger PHÉNIX, des terrains sont acquis au Nord et protégés contre les crues du Rhône par une digue de 750 m de longueur. L'emplacement même de la centrale est entouré de parois moulées dans le sol et la partie enterrée est protégée par une enveloppe métallique garantissant l'isolation. D'une puissance de 250 Mw, PHÉNIX utilise comme combustible des pastilles d'oxydes d'uranium et de plutonium alignées dans de longues aiguilles en inox réunies en assemblages hexagonaux. Le refroidissement est assuré par du sodium liquide qui présente d'excellentes propriétés de transfert thermique, est peu corrosif et peu absorbant aux neutrons. Par contre, il a l'inconvénient de réagir avec l'eau et de s'oxyder à l'air; son utilisation impose donc une rigueur et un contrôle parfait des opérations de manutention. Pour réduire les risques, la conception du réacteur est intégrée, c'est-à-dire que le cœur, les couvertures, les pompes principales, les échangeurs du circuit primaire de refroidissement sont immergées dans une même cuve remplie de sodium. L'enceinte de confinement est une cuve de sécurité placée à l'intérieur de la protection biologique. Le circuit secondaire comporte trois boucles alimentant chacune un générateur de vapeur. Les chargements et déchargements en combustible se font réacteur à l'arrêt. Les assemblages déchargés sont désactivés dans un stockage intermédiaire puis sont démantelés. Les aiguilles sont mises en étui pour le traitement.

PHÉNIX, exploité conjointement par le CEA et EDF et couplé sur le réseau en 1974 va fonctionner remarquablement, le taux de disponibilité est bon et le comportement du combustible est très fiable. En 1984, quelques fuites de sodium apparaissent à la sortie du circuit primaire et sur les générateurs de vapeur et, en 1989, plusieurs arrêts automatiques consécutifs à une baisse de réactivité du cœur va entraîner un lourd programme d'investigation et orienter PHÉNIX vers un autre objectif : participer comme réacteur d'irradiation aux recherches du CEA sur la gestion des déchets nucléaires dans le cadre de la loi du 30 décembre 1991.

Avec les succès de Rapsodie et Phénix, est lancé, en 1976, la réalisation de Superphénix à Creys-Malville. Un vent d'espoir et de renouveau souffle sur Marcoule; on envisage la construction ultérieure d'un surgénérateur de 1500 Mw, d'une usine de fabrication de combustible rapide, d'une usine de traitement de ce type de combustible. En attendant les Ateliers Pilotes vont s'engager dans le traitement du combustible irradié de Phénix, en créant d'abord la chaîne TOP (Traitement Oxydes Pilote) qui se partagera avec UP2 à La Hague, le retraitement des premiers cœurs, puis avec TOR, pilote d'une usine ultérieure et capable de traiter 5 tonnes/an de combustible. Ces installations produiront du Pu qui sera recyclé dans le combustible. Phénix fonctionnera alors en partie avec des matériaux qu'il a lui-même produits.

Hélas, les espoirs fondés sur la filière rapide et l'euphorie des Marcouliens seront vite anéantis. Superphénix connaît, dès sa mise en route, une grave fuite de sodium; la contestation s'amplifie. Aucun des grands projets prévus à Marcoule pour la filière rapide ne verra le jour.

Mais l'activité de Marcoule ne baisse pas. Beaucoup de services du CEA vont s'investir dans la définition des procédés et de l'appareillage pour les usines UP3 et UP2800 de La Hague et dans la reconversion d'UP1. Des aménagements sont opérés pour accueillir dans l'usine des combustibles plus irradiés et diversifiés: combustible à âme graphite, combustible annulaire, combustible des réacteurs d'essais de matériaux, combustible plutonigène des Célestin, etc. Une nouvelle installation de tête est construite: MAR400 intégrant le retour d'expérience des usines et bénéficiant des progrès réalisés dans l'automatisation et la télémanipulation. En janvier 1986, la tête de l'usine UP2 de La Hague ferme; Marcoule est alors chargé de retraiter la totalité du combustible civil de la filière UNGG. Conçue au départ pour traiter du combustible irradié à 600 Mwjt-1; l'usine UP1 en traitera à 6000 Mwjt-1.

Les derniers réacteurs UNGG seront progressivement arrêtés par EDF: Vaudellos en 1989, Saint Laurent A1 en 1990, Bugey 1 en 1994. C'est la fin de la filière graphite-gaz. En 1993, s'ajoutent la fin des essais militaires et le passage au programme de simulation. Le 30 septembre 1997, le dernier barreau de combustible graphite-gaz est dissous dans les ateliers d'UP1.

L'arrêt de la filière rapide va très vite reposer le problème du plutonium produit dans les usines de retraitement. Dès lors, le recyclage dans les réacteurs REP s'avère comme la solution à privilégier. Les premiers réacteurs PWR du programme électronucléaire français sont d'ailleurs conçus dans cette perspective. En 1989, est prise la décision d'implanter à Marcoule l'usine MELOX pour la fabrication du combustible MOX, mélange d'oxyde de plutonium et d'uranium. Mise en service en 1995, MELOX connaît une croissance rapide. Initialement prévu pour 100 tonnes par an de métal lourd, puis de 150 tonnes/an en 2003, MELOX prend une dimension internationale en fournissant du combustible pour des clients européens et japonais. Sa production sera prochainement portée à 200 tonnes/an.

Marcoule vers le développement durable

Fin 1991, le Parlement vote une loi dite « loi Bataille » (du nom de son rapporteur) qui fixe pour l'aval du cycle du combustible, des axes de recherche pour les quinze années à venir.

Trois orientations de gestion pour les déchets radioactifs doivent être expérimentées en vue de réduire leur volume et leur toxicité :

- la séparation poussée et la transmutation des produits à vie longue. 

- le stockage dans des formations géologiques profondes.

- le conditionnement poussé et l'entreposage de longue durée en surface.

L'ANDRA, responsable de la gestion des déchets ultimes, est chargée de l'étude du stockage des déchets à vie longue en formation géologique. La création d'un laboratoire de recherche souterrain est envisagée à Marcoule en terrain argileux; choix cohérent compte tenu de la présence sur le site d'équipes de recherche et de développement sur la gestion des déchets.

Le projet, qui soulève une hostilité grandissante, est finalement abandonné en 1998 au profit du site de Bure à la limite de la Haute Marne et de la Meuse.

Les autres points du programme sont confiés au CEA. Une commission nationale d'évaluation est chargée du suivi des recherches et, à Marcoule, le C.E.C.E.R. (Centre d'Expertise sur le Conditionnement et l'Entreposage des matières Radioactives) est créé pour capitaliser les efforts engagés par le CEA dans le cadre de la « loi Bataille ».

Pour mener ces recherches, l'ensemble des compétences du CEA sur l'aval du cycle est réuni à Marcoule dans ATALANTE : ensemble de laboratoires actifs et de chaînes blindées pour améliorer les procédés de traitement du combustible irradié et de conditionnement des déchets. ATALANTE réunira les spécialistes de la chimie séparative de Fontenay aux Roses, des équipes des Ateliers Pilotes et du service des prototypes industriels qui amènent leur expérience d'exploitant industriel. Le traitement du combustible irradié consistait jusqu'alors à séparer l'uranium restant et le plutonium formé et laissait avec les produits de fission les actinides mineurs à vie longue. La séparation poussée vise, au contraire, à isoler aussi les actinides mineurs voire certains produits de fission à vie longue en utilisant des extractions sélectives par solvant approprié et réduire ainsi la toxicité des déchets ultimes. Il faut ensuite transmuter, sous un flux intense de neutrons, ces éléments à vie longue pour les transformer en produits stables ou à vie courte. Phénix, après une longue période d'inspection qui a permis de mettre en évidence la bonne tenue de la structure du réacteur et après une série de travaux, va redémarrer en 2003, comme réacteur d'irradiation, pour ce programme de transmutation.

Avec la fin du traitement à UP1 des combustibles irradiés et le durcissement des règles de sécurité, notamment vis-à-vis des événements naturels extérieurs, beaucoup d'installations actives vont fermer, par exemple: l'atelier pilote APM, la cheminée de G1, symbole de Marcoule sera abattue en 2003. Un autre chantier va s'ouvrir : celui de l'assainissement et du démantèlement des installations déclassées; programme peut-être moins noble que les précédents, mais où Marcoule peut encore jouer un rôle de pionnier. De fait, l'activité de démantèlement avait déjà commencé avec le déclassement de G1 puis de G2 qui avait conduit à la mise en service à l'usine CENTRACO d'un four à arc pour le compactage par fusion des structures métalliques. Le programme de démantèlement se prolonge par la reprise du conditionnement des déchets et sa caractérisation en vue de les rendre conformes aux normes établies par l'ANDRA et pouvoir les évacuer vers les centres de stockage spécifiques correspondants. Les colis non conformes aux conditions de stockage en surface de l'ANDRA seront entreposés dans l'E.I.P. (Entreposage Intermédiaire Polyvalent) construit en 1996. Ils y resteront jusqu'à la réalisation du stockage géologique envisagé.

En 2004, le ministère des Finances et de l'Industrie met en place un fonds spécifique pour financer sur une période de trente ans le démantèlement des installations nucléaires de Marcoule. La maîtrise de l'ouvrage des opérations d'assainissement est confiée au CEA. Cette décision entraîne pour Marcoule un nouveau changement: le CEA reprend la responsabilité du site. Cogema achève sa mission de producteur de matière fissile jusqu'à l'arrêt programmé en 2010 des réacteurs Célestin, poursuit le démantèlement de l'ensemble UP1, et aussi l'activité de certains supports nucléaires : AVM, STE, CDS.

Épilogue

En octobre 2005, Marcoule a commémoré son 5O ème anniversaire. Ce fut l'occasion pour les anciens pionniers de l'époque héroïque et les exploitants actuels d'échanger des souvenirs et d'évoquer l'avenir. Durant ces cinquante années, Marcoule a connu des périodes fastes au cours desquelles les agents n'avaient pas le temps de penser au futur, des périodes d'incertitude parfois mal vécues, beaucoup de restructurations, mais a toujours pu faire face aux exigences de production et s'adapter grâce à l'expérience acquise à l'évolution des missions.

Le site de Marcoule est actuellement un vaste ensemble scientifique et technique qui comprend, outre la partie recherche et développement sur l'aval du cycle, des pôles spécifiques comme CIS BIO International pour les applications médicales, Melox pour clore le recyclage du plutonium, l'usine Centraco pour le conditionnement des déchets, Cogema pour la fin de mission de production et le démantèlement de l'usine.

Roger Bonniaud “

Ses travaux ont été reconnus en lui décernant le prix Special Award en recherche nucléaire dont le diplôme figure ci-dessous :  

Photo R. Durand


Son procédé de vitrification a été vendu aux Anglais qui l’ont mis en œuvre dans leur usine de retraitement de Thorp de Sellafield en 1990. 

Conclusion

Roger Bonniaud avait cette modestie propre aux vrais scientifiques : il savait expliquer simplement des sujets complexes et répondait très volontiers aux questions de profanes. Le plus surprenant était son récit de la mise au point du procédé de vitrification des déchets nucléaires: tout avait commencé de façon vraiment artisanale. Avec son équipe, il a contribué à un progrès majeur de la phase finale de la production énergétique nucléaire et, à ce titre, il mérite notre reconnaissance. 

Son esprit pragmatique voulait vérifier et expérimenter des chemins inconnus : pour lui, le mot “impossible” n’était pas un obstacle, mais un véritable aiguillon pour découvrir à un problème précis la solution qui n’avait pas encore été trouvée. C’était un vrai chercheur pour qui, même ayant trouvé, il y avait encore et toujours quelque chose à découvrir.  

Antoine Schülé

Contact : antoine.schule@free.fr

Photographies : Raymond Durand

Annexes:

Pour les passionnés de technologie scientifique voici en compléments les deux brevets où Bonniaud est co-inventeur :

Brevets de l'Office américain des brevets et des marques (USPTO).

En 1986, brevet n° 4571307, déposé pour le conditionnement des déchets radioactifs

Résumé : Procédé de conditionnement de déchets constitués de particules métalliques radioactives insolubles dans des solutions d'acide nitrique, dans lequel on met en suspension lesdites particules dans un liquide, on soumet la suspension à un traitement thermique d'évaporation par injection de la suspension sur un lit chaud d'une poudre d'un métal ou d'un alliage choisi dans le groupe comprenant le cuivre, le nickel, le zinc, les alliages de cuivre, les alliages de nickel, les alliages de zinc et l'acier inoxydable, et on soumet le mélange sec de poudre et de particules métalliques obtenu après ce traitement thermique à un processus de fusion à une température adéquate pour faire fondre la poudre de métal ou d'alliage et pour former des composés bien définis entre le métal de la poudre et au moins une partie des constituants métalliques des particules radioactives.

Cessionnaire : Commissariat à l'Energie Atomique; Inventeurs : Roger Bonniaud, Antoine Jouan, Yves Hery

En 1994, brevet n° 5311782, déposé pour le prélèvement automatique d’un échantillon de matériau lors de son déversement dans un récipient :

Résumé: L' invention permet le prélèvement automatique d'un échantillon liquide sans intervention humaine. Le prélèvement de l'échantillon s'effectue lors du déversement du verre liquide dans son récipient. On utilise un godet monté à l'extrémité d'un bras oscillant. Le mécanisme est commandé par une pastille fusible ou fusible, qui fond lorsque le niveau de verre monte dans le récipient. Un ressort précontraint et un contrepoids permettent au bras de passer d'une position initiale à une position de prélèvement puis à une position repliée. L'invention concerne également un dispositif de remontée du godet et un dispositif de récupération de l'échantillon solidifié dans ledit godet. L'invention s'applique au prélèvement d'un échantillon de verre radioactif devant être stocké en permanence dans un récipient.

Cessionnaire : Commissariat à l'Energie Atomique; Inventeurs : Roger Bonniaud, Antoine Jouan, Jean-Pierre Moncouyoux, Michel Saint-Gaudens

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Pour la commune de Saint-Gervais (France, 30200), j’ai réuni des informations inédites sur des personnalités, soit oubliées car la mémoire n’est pas maintenue, soit passées sous silence pour des raisons futiles car claniques: Alexandre Servier, Auguste Cotton, Joseph Mourret, Jean-Baptiste Charavel, Auguste Gilles, Henri Lombard. Il vous suffira de cliquer sur chacun de ces noms pour soit les connaître, soit mieux les connaître. 

Aucun espace publique communal n’en conserve le témoignage: c’est surprenant pour toute personne extérieure à ces clans politico-familiaux, plus soucieux de leur image que du passé ! Défendre le patrimoine, c’est aussi reconnaître les acteurs majeurs du passé: il ne devrait pas être nécessaire de le dire !  

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Vous trouverez d’autres articles en consultant la bibliographie du site  antoineschulehistoire.blogspot.com 

Thèmes traités : Histoire médiévale et contemporaine; Histoire de la guerre et de la sécurité (de l’antiquité à nos jours); Géopolitique; Histoire de la vallée de la Cèze (Gard, France); Littérature; Poésie; Spiritualité (chrétienne et autres); Maurice Zundel. 

Pays traités plus spécialement : Suisse, France, Allemagne, Europe.

Lien:  https://antoineschulehistoire.blogspot.com/2024/04/bibliographie-du-blog-antone-schule.html

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jeudi 8 octobre 2026

La symbolique chrétienne, avec pour support l'église St. Jean Baptiste, 30200 Bagnols-sur-Cèze.

 La symbolique chrétienne

par Antoine Schülé

Ostensoir

De l’extérieur à l’intérieur d'une église, des symboles se présentent aux visiteurs qui n'en perçoivent pas toujours complètement les sens: plusieurs de ceux-là parlent encore,  mais d’autres ne sont plus compris. Il convient de découvrir la symbolique chrétienne à travers un édifice. Je vous propose ce parcours avec des images de l'église de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, mais vous pouvez le faire dans n'importe quelle église catholique dans le monde. 

Pour la mise en valeur du patrimoine religieux local, j'ai contribué à de nombreuses actions : exposition d'art sacré, organisation d'un colloque sur le christianisme en Gard rhodanien, deux journées du patrimoine en faveur de l'église Saint Jean-Baptiste et une participation au copilotage de sa rénovation, à laquelle j'ai mis en terme en raison de pratiques qui m'étaient inacceptables. Un bénévole donne de son temps et se retire quand il l'estime nécessaire en son âme et conscience : du bon usage de la liberté !

Quelques personnes ayant apprécié mes travaux ont considéré comme regrettable que ce dossier, qui suit et qui fut rédigé en 2013, dorme dans un carton. Je réponds volontiers à leurs sollicitations, car la culture n'est néfaste qu'aux individus qui la refusent ou la craignent !  Entrons dans le vif du sujet !  

A travers quelques synonymes du mot symbole, ce nom devient plus familier : figure, image, emblème, signe, mot, lettre, nombre, chiffre, geste, indice, note musicale, symphonie et encore pour les Chrétiens : sacrement, Credo…

Introduction

Dans notre société occidentale excessivement rationaliste, le mot symbole fait penser aux mathématiques, à la chimie. Pour les linguistes, tout langage est symbolique : cela nous rapproche de notre sujet.

Le symbolisme chrétien exprime des réalités spirituelles : Jésus, le pain de vie, la lumière du monde. Cette symbolique est inspirée de la vie humaine : le meilleur exemple en est le Cantique des cantiques avec les images fortes de l’épouse, des noces, du jardin et des parfums. C’est un langage mystique qui passe par une sublimation christique des sens. 

Un symbole est un signe, une image, un reflet de quelque chose de plus grand ou de plus petit que l’homme ou de ce qui est d’un monde encore inconnu ou invisible à l’homme. Le symbole est une forme de langage : encore faut-il y prêter une attention particulière.

Symboliser, c’est donner un corps à ce qui est par nature incorporel, mais bel et bien existant. C’est un moyen de représenter une idée, un sentiment, une abstraction, de signifier l’invisible, le non perceptible par les sens.  

Si le symbolisme est une langue, un symbole ne devrait pas nécessiter d’explications, mais nous parler, c’est-à-dire nous signifier quelque chose de façon spontanée. Force est de reconnaître que le symbolisme chrétien n’est parfois plus compris des Chrétiens eux-mêmes ! 

Nous vivons dans des sociétés trop cartésiennes et, actuellement, lire les signes donnés dans nos édifices religieux est devenu difficile pour les fidèles eux-mêmes. Parfois, des guides, souvent de bonne foi, donnent des lectures non chrétiennes de symboles ayant un sens chrétien précis: ceci est tragique. Ils ont pour excuse que ceux-ci ont été récupérés, déchristianisés par des idéologues, des mouvements de pensée ou des partis politiques… 

Pour les personnes illettrées, un symbole pouvait être une forme de signature ou d’expression d’un vote: cela est encore le cas dans certains pays.

Les symboles ont existé dès l’origine de l’homme, bien avant le christianisme et hors du christianisme: leur sens a changé … Chine, Inde, Egypte, les Incas, les Indiens d’Amérique multiplient les symboles: parfois, ils ont le même sens, parfois ils sont contradictoires et, assez souvent, ils sont un sens bénéfique et maléfique, en fonction des associations qui sont faites… 

L’œuf est un symbole universel : l’abside de nos églises a la forme d’un œuf et nous avons les œufs de Pâques, la renaissance; la Lumière et les Ténèbres - et nous remarquons l’emploi du singulier pour la Lumière et le pluriel pour les Ténèbres,- sont connues dès la naissance  de l’humanité ; le serpent que nous retrouvons dans la lettre « s » a plusieurs sens… La flamme d’amour jaillissant du Cœur de Jésus n’a aucune relation avec les flammes de l’Enfer qui tourmentent: il y a le feu qui réchauffe et le feu qui détruit…

La symbolique chrétienne n’ignore pas les symboles qui ont existé avant sa naissance ; cependant, elle en a changé la lecture. Dieu est le Verbe et le Verbe de Dieu donne un sens nouveau à ces symboles qui deviennent ainsi des signes, des idées, des vérités, des enseignements comme des mystères que Dieu a révélés à l’humanité.

Le symbole est un lien entre l’humain et le divin. Nous rappelons que le mot religion qui provient du latin « religare » signifie aussi « lier ». Les symboles, ce langage universel, sont à la religion ce que les mathématiques sont à la science. A défaut de dévoiler le mystère de l’homme et de la création, ils permettent de dépasser les limites de la seule raison pour s’ouvrir à un mystère qui nous dépasse : le symbole s’adresse plus au cœur, car il ne se comprend bien qu’avec le cœur.

Le symbole est aussi un résumé de principes ou de vérités fondamentales d’une philosophie ou d’une religion. Cet abrégé doctrinal sert de signe de reconnaissance spirituelle à celles et ceux qui adhèrent à un message commun : les deux Credo sont les symboles des Apôtres et de Nicée - Constantinople. 

Le Credo se transmettait de façon orale lors des trois premiers siècles de la chrétienté et servait ainsi de signe d’identification entre les premiers chrétiens. « Da signum ! », « Da symbolum ! » : « Donne le signe », « Donne le symbole » et le symbole des Apôtres était la réponse attendue. Il se développe, se complète plus tardivement, lors de deux conciles à Nicée et à Constantinople, pour mettre fin à diverses hérésies : celle qui niait la divinité du Christ (arianisme) et celle qui ne reconnaissait pas l’Esprit Saint (les pneumatomaques : ennemis de l’esprit, en grec). 

Richesse des symboles chrétiens :

Tout dans une église est symbolique: vraiment tout, liturgie, cérémonies spécifiques dans le temps de l’année (cycle des saisons), les vêtements sacerdotaux, les objets liturgiques, l’architecture de l’église, les déplacements des fidèles comme du prêtre. Le christianisme parle à la fois au cœur, à l’esprit et aux sens: c’est ainsi qu’il est mystique. Ce qualificatif fait peur et pourtant le sens est simple: ce qui permet d’approcher les mystères de Dieu et de la Création. La vraie connaissance ne se possède qu’à la troisième naissance, c’est-à-dire à la mort terrestre (la première étant la naissance biologique; la deuxième au baptême). 

Avec l’Ancien Testament, nous découvrons les écritures d’une histoire du salut d’un peuple. Avec le Nouveau Testament, nous avons un plus : la Parole vivante qui étanche la soif, qui nourrit l’esprit et qui élève vers Dieu. Cette Parole s’adresse à tous les peuples.

Certains symboles relèvent plus de l’Ancien Testament: le départ d’Abraham est la réponse à l’appel divin ; l’Exode est l’image de la libération. Il y a ainsi un symbolisme historique qui est aussi celui du salut professé par le christianisme. La montagne est le symbole de l’effort spirituel aussi bien dans l’Ancien que le Nouveau Testament.

Symbole et allégorie

Ne pas confondre symbole et allégorie, mais qu’est-ce qu’une allégorie ? C’est  traduire de façon plastique un concept abstrait. Prenons, par exemple, la justice: elle est figurée par une déesse tenant une balance et une épée; et parfois, elle a les yeux bandés, non parce qu’elle est aveugle, comme le pensait si innocemment un enfant, mais parce qu’elle se veut impartiale… 

Parabole

La parabole est à la fois un symbole et une allégorie: chacun connaît la parabole du semeur. La semence est le symbole, alors que l’action du semeur forme l’allégorie. Cette parabole a pour intention de nous décrire les diverses étapes spirituelles vécues par celles et ceux qui accueillent la Parole de Dieu. 

Différence avec le mythe

Le symbole biblique n’est pas un récit mythique: il exprime une réalité en des termes figuratifs connus de l’homme et appartenant à la condition d’homme. Le mythe est quant à lui un long récit symbolique qui prête des caractères humains aux divers dieux. Le mythe humanise les dieux, alors que la Parole de Dieu rend sensible la présence de Dieu en l’homme. 

Symboles de base, quasiment universels : terre, eau air, feu, cercle, carré, centre, croix.


Aigle (lutrin détail) : Christ; St Jean et son Evangile

Oiseau royal, il peut regarder le soleil sans ciller : c’est ainsi qu’il est perçu dans de nombreuses civilisations.

Deux sens coexistent dans l’Ancien Testament : la puissance (comme force positive), mais aussi l’orgueil (force négative). 

Pour les Chrétiens, il symbolise, avant tout, l’âme ayant une vision mystique de Dieu. L’aigle est le symbole de l’évangéliste saint Jean et est encore celui de l’Ascension du Christ. Par sa proclamation de la Parole du Christ, Jean élève aux vérités éternelles; il témoigne tout particulièrement de l’Ascension et souligne le fait que la grâce de Dieu descend sur la terre par l’Esprit Saint (représenté par la colombe).

Ici, l’aigle symbolise le Christ, sauveur du monde qu’est la sphère, tenue dans ses serres et dans un mouvement vers le haut, alors que le serpent, l’œuvre du mal, tente de le retenir dans ses plis avec le fruit défendu de la connaissance qu’est la pomme qui gravite vers le bas. 


Alpha et l’Omega : (autel chapelle Jeanne d’Arc)

La première et la dernière lettre de l’alphabet grec. 

Dans le livre de l’Apocalypse, le Christ dit : « Je suis l’Alpha et l’Omega », signifiant qu’Il est le commencement et la fin, le premier (Il est né avant tous les siècles) et le dernier (dans la Gloire de Dieu où Il attend toutes les personnes ayant vécu la Foi). 

La croix (dite de saint André) traversée par un P signifie « pro Christo », c’est-à-dire mort pour le Christ. Autel consacré contenant des reliques.

La croix, l’instrument d’un supplice infamant, est devenue le signe du rachat de tous les hommes, de toutes les nations par Jésus qui est le chemin de la vérité et de la vie.

La croix en X est la croix de saint André : le frère de Simon devenu Pierre ; il répondit d’abord à l’appel de saint Jean Baptiste et il suivit ensuite Jésus; il a évangélisé la Russie avant de mourir sur une croix en X, à Patras (Grèce).

Ange (voûte du chœur, autel, baptistère)



Il symbolise soit l’Evangéliste Mathieu lorsqu’il tient un livre, soit la Parole de Dieu entendue par les hommes, soit cette voix intérieure qui parle au plus profond du cœur en des moments précis de la vie pour faire le bien. Ailes ouvertes pour s’élever vers Dieu, élévation; ailes fermées, en refus de tout ce qui est bas, qui colle à une vie uniquement matérielle. 
L’ange a le visage de l’éternelle jeunesse du cœur qui se place au regard de Dieu.

Les anges sont nombreux dans l’Ancien Testament: ils sont la voix de Dieu à tous les grands moments de la vie du peuple d’Israël; ils inspirent, ils condamnent, ils veillent, ils agissent, ils plaident le salut des hommes auprès de Dieu.

La seule façon de pouvoir représenter la Parole de Dieu ou le souffle divin était de faire paraître les anges, à la fois humains et divins. 

Trois anges sont connus et leurs noms signifient leurs missions : Raphaël, « Dieu qui guérit », car il prend soin de Tobie (Tobie, 3.17 ; 12.15) ; Gabriel, « Dieu est fort », en révélant les secrets de Dieu (Daniel, 8) ; Michel, « qui est comme Dieu », en protégeant Israël (Daniel, 10.13-21).

Arbre (clef de voûte)



Arbre de Jessé; Arbre qui a fourni le bois de la Croix; Fidèle.

Le paradis de la Genèse est ce jardin du bonheur parfait avec des arbres aux fruits savoureux. Les colonnes de nos églises avec des feuillages symbolisent ces arbres du Paradis à retrouver… 

Toutefois, il y a deux arbres: l’arbre de la connaissance du bien et du mal (au fruit défendu qui, consommé par Adam et Eve, a provoqué la chute originelle) et l’Arbre de Vie (qui a ses racines dans le profond de la terre, mais s’élève vers le ciel, vers la lumière) que nous retrouvons dans l’Apocalypse. 

A l’arbre du fruit défendu, ayant provoqué la chute de l’homme, s’oppose l’arbre de la Croix, parfois feuillue, qui relève l’homme vers Dieu. Il symbolise aussi l’arbre de Jessé : cet arbre généalogique qui relie David à Jésus. L’arbre est le symbole de la puissance, de la grandeur d’un homme, d’une ville, d’un pays dans la lumière de Dieu et du Royaume de Dieu. Tout homme ou peuple ne respectant pas la loi divine est un arbre qui sera abattu… 

L’arbre est dans toutes les civilisations, le symbole de la vie. L’arbre de vie peut devenir l’arbre de mort selon l’usage que l’homme en fait. Le seul arbre qui puisse s’épanouir est celui qui s’élève dans la lumière de Dieu.

Dans les Proverbes (3.18), la sagesse est l’arbre de vie. Le Christ est à la fois soleil et arbre dans la symbolique chrétienne: soleil, fils de Dieu, et arbre par la nature humaine qu’il a accepté de prendre... La croix, arbre de mort, est devenue l’arbre de vie par la rédemption. La beauté et la santé d’un arbre se jugent par son feuillage abondant et ses fruits généreux … 

Autel (chapelle Jeanne d’Arc, chœur)


Pierre : image de la terre, liée au carré; Pierre taillée : perfection divine; Tailler une pierre : le produit d’un acte à la fois spirituel et manuel. Table de la Sainte Cène, le rectangle.

Pierre : l’échelle de Jacob Genèse (28, 16-22) « Pierre, sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » et "La pierre rejetée... est devenue la pierre d'angle" (Psaume 117.22) et avec saint Matthieu (16.18) que confirme saint Jean (1.42) "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église".

4 faces aux 4 points cardinaux: universalité du Christ présent dans le monde. La Sainte Table (rectangle de marbre) figure aussi le tombeau de Jésus Christ : d'où le Tabernacle, où Il ressuscite à travers l'hostie). La Table est également le trône de Dieu: lors du dernier repas que le Christ a partagé avec ses disciples, Il rendit grâce à Dieu, («eucharistie» signifie « merci » en grec). Les Chrétiens commémorent rituellement cet acte du Christ en consacrant le pain et le vin sur l’autel et qui seront partagés avec l’assemblée des fidèles réunis.

Baptistère :

Eau, Ange, Pattes de lion. Carré : la terre et les 4 points cardinaux. Cercle de la vasque : le soleil de Dieu. Eau de la Foi, donnée au baptême. Eau de vie. Eau qui purifie. 

C’est de Dieu le Père que l’eau vive s’écoule, pour se donner à tous par l’humanité du Christ et par le don de l’Esprit Saint. L’eau a toujours été le symbole de vie et de pureté. Le don de l’eau est le don de la vie : qui a eu soif en comprend toute la force. L’eau est source de guérison, donc de purification.

Saint Jean Baptiste baptisait avec l’eau du Jourdain. La purification ne doit pas être seulement physique, mais aussi morale. A la Samaritaine, le Christ annonce qu’il donne de l’eau de vie éternelle…

Le blé (détail du vitrail central, la Passion du Christ) et le pain



Nourriture Vie Travail de l’homme

La mort donne la vie. Le blé doit être enfoui dans la terre pour donner la vie. A la mort apparente succède la vie. D’un  grain de blé naît un lourd épi. Le blé sert à fabriquer le pain: la nourriture essentielle, celui qui devient aussi le corps du Christ se partageant à l’Eucharistie. 

Pour faire lever la pâte, il faut du levain, l’Esprit saint : chaque Chrétien est un grain de blé que la vie moud suffisamment et qui, devenu farine, produit cette pâte humaine par la force de l’Esprit, pour être un pain de générosité pour ses proches. Le pain : Symbole de la vie et du corps du Christ. Vie active. Pour devenir pain, il y a eu la panification qui symbolise la transformation spirituelle; pour faire du pain, il a fallu du levain, la Parole de Dieu. 

Le grain de blé est aussi cette foi qui doit germer en nos cœurs avec la raison : l’intelligence de la foi respecte les mystères de la Foi. Les fruits en sont toutes ces beautés de la spiritualité chrétienne dans les Arts : la peinture, la sculpture, la musique, les écrits mais aussi et surtout dans les vies des saints connus et inconnus… Le pain et le poisson formaient la nourriture de base autour du lac de Tibériade. Pendant les persécutions des premiers chrétiens, le poisson est devenu un signe de reconnaissance car le mot grec « Ikhtus », signifiant « poisson », sont les initiales des mots : Iesous Khristos Théou Uios Soter, ce qui se traduit par : Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur.

Carré (autel chapelle de Jeanne d’Arc)

Terre Homme Christ incarné

La terre avec les 4 points cardinaux. Le Christ avec les 4 Evangiles. 

Un homme, les bras étendus avec les pieds joints s’inscrit dans un carré (Sainte Hildegarde de Bingen développe cela dans ses écrits ; Léonard de Vinci a fait de même). Le carré s’inscrit dans un cercle : le ciel. Le carré, c’est le temps humain, alors que le cercle est le temps éternel de Dieu.

Cercle (clef de voûte en forme d’orbite)


Cosmos Ciel Temps

Le cercle exprime le souffle de Dieu : sans commencement, ni fin. Dieu a fait l’homme à son image : ainsi la tête humaine est sphérique. L’incarnation du Christ lie Dieu à l’homme, le ciel à la terre : Jésus inscrit le carré (son humanité) dans le cercle (Dieu) que nous retrouvons dans l’hostie.

La  mort du Christ sur la Croix : c’est le carré qui éclate en forme de croix pour se fondre dans le cercle (ostensoir).

Chandelier (chapelle de la Vierge)



Lumière Leur nombre change le sens (voir nombres)

Trois chandeliers : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Trois pieds sur chaque chandelier : tout repose sur la Trinité, l’un n’existe pas sans l’autre. Formes triangulaires, visibles à la verticale comme à l’horizontale, disent la même chose, de façon insistante.

Son pied comporte parfois des visages, celui de : Marie : femme qui, par son « oui » volontaire à Dieu, a permis la naissance de Jésus, le Christ, le Sauveur; Joseph (avec un lys représentant le Christ): homme qui, à l’écoute de Dieu, a permis à un enfant, Jésus, de devenir homme et d’accomplir sa mission; Pierre : premier apôtre désigné par le Christ et dont le Pape est le successeur; Christ (avec sa couronne d’épines), Sauveur; et bien d’autres…

Ciel, cieux (voûtes)


Désigne ce qui n’est pas du monde terrestre, ce qui est au-dessus de tout : la demeure de Dieu. 

Le ciel ne doit pas être vu ici selon un esprit cartésien: il symbolise une hauteur inaccessible à l’homme, la transcendance divine. Le ciel est le séjour des Elus selon le jugement de Dieu, c’est le Paradis, le jardin des origines de l’homme où tout est harmonie, à l’image de la voûte céleste que les étoiles parcourent selon des lois qui échappent encore pour une grande partie à l’homme qui veut percer ce mystère…

Cierge (cierge pascal et cierge ordinaire)

xxx

Lumière : Signe de joie intérieure, de la flamme intérieure qui illumine le cœur.

Image de la Trinité : la cire est le Père ; la mèche le Fils et la flamme l’Esprit Saint. Plus tardivement au XVIe siècle, le sens s’élargit : le corps, l’âme et l’esprit.

Pour les moines, l’emploi de la cire d’abeilles, utilisée à  la fabrication du cierge, a un sens encore plus particulier : l’abeille est le symbole du travail, de la justice, de l’activité et de l’espérance. Observer un rucher (image du monastère) permet de comprendre la force de ce symbole. Dans les monastères, la flamme ne doit pas être soufflée, mais éteinte au moyen d’un éteignoir qui coiffe la flamme…

Vierges folles, vierges sages: les folles sont les imprévoyantes qui n’ont pas pris la réserve d’huile pour leur lampe afin d’attendre leur époux dans la nuit et ne peuvent entrer dans la salle des noces alors que les sages, c’est-à-dire les âmes dans l’attente de Dieu, ont veillé et prié (la prière : l’huile de la lampe qui éclaire) car nul ne sait ni l’heure, ni le jour où il faudra comparaître devant Dieu. 

Le clocher 


Il est conique et finit en aiguille haut dans les airs : vers le ciel. Il rend visible le Saint Sacrifice qui se renouvelle dans l’édifice, il rend visible les vœux, les prières qui montent vers Dieu. Les cloches ouvrent l’ouïe des fidèles pour qu’ils viennent entendre la Parole de Dieu ou pour qu’ils entrent en prière (Angélus, glas, heures de fêtes). Les cloches sont suspendues entre ciel et terre : il faut un battant pour la faire sonner... 

La coupe (un calice)


Sang du Christ Vraie nourriture

Avant le christianisme, la coupe représentait le croissant lunaire symbolisant le lait de vie, le lait maternel. 

La coupe a servi à recueillir le sang du Christ – l'Agneau immolé – versé sur la croix pour sauver touts les hommes, du moins ceux qui veulent être sauvés ou qui ont œuvré dans le sens des "Commandements" de l'Ancien Testament, et donnés par Dieu, comme ceux qui vivent les "Béatitudes" du Nouveau Testament, proclamées par le Christ. 

Le symbole de nourriture essentielle subsiste encore, mais il prend une accentuation plus forte. Le sang du Christ recueilli devient le breuvage d'immortalité. Le chrétien voit la coupe sous deux aspects: la coupe eucharistique, la coupe de bénédiction.

Croix (autel principal)


La croix : ciel, trait vertical ; terre, trait horizontal. 

La Croix symbolise le Crucifié, le Christ, le Sauveur, le Verbe. Elle rappelle à la fois le supplice et la présence du Christ.

La croix grecque possède quatre branches égales et s’inscrit dans un carré. La croix latine s’inscrit dans un rectangle: elle a les dimensions de l’homme debout, les bras écartés. Les quatre branches désignent l’ensemble de l’humanité. La croix est fichée dans le sol, enracinée dans cette terre, pour s’élancer vers le ciel.

Colonnes (tribune sud, portique d’entrée)


Les arbres du jardin d’Eden, image du Paradis à retrouver. Abraham et la forêt de Mambré.

Bois : matière vivante comme l’homme. Il peut souffrir comme l’homme: pourrir et être blessé, infesté de vers. Chair de l’homme, chair de l’arbre.

Il contraste avec la pierre qui est un symbole d’éternité dans une église de pierres, renfermant la pierre de l’autel figurant le Christ, mort sur l’arbre de la Croix, par les fautes des hommes mais ressuscité pour l’éternité….

Une colonne soutient le haut et relie le bas vers le haut: en cela la colonne est un signe cosmique. La colonne ronde est un cercle, le soleil. La colonne carrée, c’est l’homme qui doit s’élever à la lumière de Dieu. Deux associations: le cercle et l’arbre, arbre de vie et arbre de la croix.

Quatre colonnes (entrée de l’église): c’est l’univers habité et l’Apocalypse insiste sur l’ensemble des vivants dans la lumière de Dieu: la communauté qui se recueille dans l’église préfigure ainsi ce Royaume où se réuniront tous les Elus.

Les couleurs (étoles, chasubles aux couleurs correspondantes)

Elles alternent tout au long de l’année dans la liturgie et ont un sens précis : chaque fête, jour a sa couleur !

Blanc : fêtes de Pâques et grandes fêtes de l’Eglise (des anges, des vierges et des confesseurs), Noël, Epiphanie, Jeudi Saint, Pâques, Ascension, Toussaint ; symbole de pureté. 

Or : le plus blanc que blanc.

Rouge : le sang versé par le Christ, il symbolise l’obéissance de Jésus jusqu’à la mort : fête des apôtres, des martyrs, de la Croix et Pentecôte, l’Esprit Saint.

Vert : il est employé quand les autres couleurs ne sont pas retenues : c’est la vie, l’espérance. Au moyen Age, le vert est considéré comme une couleur intermédiaire entre le blanc, le noir et le rouge. 

Violet : avant le XVe s., le violet est perçu comme une couleur proche du noir (couleur de l’humilité). Plus tard, on a souligné le fait que c’est un mélange de rouge et de bleu : le sens en a alors changé ! Obéissance du Christ jusqu’à la mort et obéissance de Marie pour la salut des hommes. Il a remplacé le Noir.

Noir : deuil, pénitence ; messes des défunts, temps de l’Avent, fête des Saints Innocents, de la Septuagésime à Pâques. 

Noir monastique : humilité et tempérance.

L’église 

Un lieu clos d’où doit germer l’homme spirituel. Chacun peut y entrer pour y découvrir deux éléments: la lumière du Christ ; l’eau du baptême qui purifie tout.

Se rendre à l’église est l’expression corporelle d’un chemin intérieur spirituel: se mettre en chemin, se reconnaître petit devant Dieu, se mettre à l’écoute et méditer la Parole, monter à l’autel pour communier au corps du Christ. Prier en pensée, mais encore avec le corps: le fidèle qui prie symbolise une âme voulant s’élever à Dieu, se confiant à Dieu … les fidèles deviennent symboles dans un lieu symbolique qu’est l’église. L’église, un miroir du fidèle…

Dès que les Chrétiens n’ont plus eu besoin de se cacher en raison des persécutions, ils ont construit des églises monumentales, adoptant des formes symboliques. Ces architectures furent diverses : églises rondes, quadrilatères et en forme de croix (finalement celle-ci a prédominé en Europe occidentale). La cathédrale, lieu de résidence spirituelle de l’évêque, possède généralement une  triple entrée, la Trinité. 

Par son architecture et sa décoration intérieure, une église est une invitation à l’élévation, à une ascension spirituelle : escalier, tour, clocher, autel surélevé comme une montagne, voûte peinte avec étoiles, anges. Les symboles ascensionnels ne manquent pas. 

Encens (encensoir avec encens)


Purification Prière

Jean, Apocalypse (8, 3-4)

Chasser les mauvaises odeurs d’un lieu clos est sa première fonction, mais, dans un lieu sacré, il a un sens spirituel. L’encens est une résine : la sève est le sang de l’arbre; cela correspond au sang versé de Jésus, en raison de l’amour de Dieu (feu de l’amour) voulant libérer tous les hommes, tous les peuples. L’encens exprime l’humanité du Christ ; le feu, sa divinité ; le parfum qu’il diffuse, le parfum de sa grâce.

Encensement de l’autel : symbole de nos prières ; l’autel c’est Jésus Christ, la pierre d’angle rejetée par certains… Encensement du célébrant et des fidèles, nos cœurs doivent devenir la demeure de Dieu…

A la chaleur, l’encens fond et alors s’élève une fumée répandant un parfum: la prière du fidèle veut s’élever à Dieu comme cette fumée et le parfum de la prière dissipe les ténèbres du cœur ou apaise les agitations  intérieures… Psaume 40 : « Que ma prière devant Toi Seigneur s'élève comme un encens.».

Esprit saint (carrés rouge pour vitrail bleu, baptistère)


Eau Pluie Vent Feu Rouge de l’Esprit saint.

Les 7 dons de l’Esprit Saint sont : Crainte de Dieu, force, science, sagesse, intelligence, conseil, piété. Les 9 fruits de l’Esprit sont : Charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance, douceur, maîtrise de soi. La longanimité est la patience en toute circonstance, même désagréable.

La crainte de Dieu est la crainte de la perte de l’amour de Dieu par refus de Sa miséricorde ou par violation délibérée de Sa loi d’Amour.

7 œuvres de miséricorde corporelle : donner à manger à ceux qui ont faim ; donner à boire à ceux qui ont soif ; vêtir ceux qui sont nus ; loger les pèlerins ; visiter les malades ; visiter les prisonniers ; ensevelir les morts.

7 œuvres de miséricorde spirituelle : conseiller ceux qui doutent ; enseigner ceux qui sont ignorants ; réprimander les pécheurs ; consoler les affligés; pardonner les offenses ; supporter patiemment les personnes importunes ; prier Dieu pour les vivants et les morts.

En face, le Sacré Cœur de Jésus signifie exactement la même chose, cœur d’amour, la Charité !

Etoile


Lumière

En orient, l’étoile est signe de Dieu. Il y a plusieurs types d’étoile, ayant chacun des sens bien différents.

L’étoile de David à 6 branches est composée de deux triangles équilatéraux opposés, alors que l’étoile chrétienne et héraldique, à 6 branches aussi, n’est surtout pas de la même composition : confusion fréquente. Le sens est cependant identique, le bouclier du défenseur de la Foi : soit au temps de David (Ancien Testament), soit au moment la naissance du Christ (Nouveau Testament), soit au temps des Croisades (initialement pour protéger les pèlerins chrétiens à l’accès aux Lieux Saints) avant que celles-ci soient détournées de leur but par l’esprit de cupidité, soit encore tout instant où se livre une lutte contre la mal.

A la naissance du Christ, les Mages ont vu apparaître une nouvelle étoile inconnue dans le ciel. 

L’étoile à 8 branches symbolise l’étoile de la Résurrection (les sources de lumière de la chapelle saint Joseph, les fenêtres, sont en forme d’étoiles ou de fleurs à huit branches ou huit pétales, symbole identique). L’étoile à 5 branches symbolise Marie. 

Le fidèle dans l’église : (photo l’église pleine ; fidèles assis, debout, à genou, marchant pour la communion)


A divers moment de la cérémonie, il est debout : une ascension. Par moments il est assis : il reçoit une nourriture spirituelle et il est assis comme un enfant sur les genoux de sa mère qui le nourrit.  

Il se lève et marche en procession vers l’autel : après s’être purifié en reconnaissant ses fautes, après avoir écouté la Parole de Dieu, après avoir prié pour lui et les autres, après avoir commémoré le Christ mort pour nous sauver et après avoir rendu grâce à Dieu qui veut sauver tous les hommes en respectant leur liberté. C’est un Dieu qui ne s’impose pas mais qui se donne. Tout est symbole. 

Au sortir de la messe, de l’église, le fidèle devrait rayonner de la joie du Christ … 

Les fleurs, les végétaux (ornement statue Vierge extérieur ; chapiteau tribune sud)


Vie

Certaines fleurs comme le lys et la rose ont des sens particuliers. Le lys symbolise le Christ et c’est pourquoi il est entouré d’épines : la couronne qu’il porte lors de la montée au calvaire. La rose symbolise Marie. 

De façon générale, le végétal a une grande place dans l’église (colonne, chapiteau, motifs d’autel). Le végétal ne vit que par la lumière et l’eau : lumière de Dieu, source de toute vie et l’eau de baptême de l’Esprit Saint. Une fleur : c’est l’homme qui s’épanouit à la lumière de Dieu. Le vert en exprime la vigueur et la verdeur. C’est un symbole aussi du cycle de la vie : la racine de la plante est dans la terre, elle naît, se développe grâce à la sève qui la nourrit, fleurit, donne du fruit et meurt mais pour renaître ensuite…

Lion : (base de la colonne du baptistère, des chandeliers)


Dans l’Ancien Testament, Dieu apparaît sous les traits d’un lion rugissant (Amos 1.2 ; 3.8 ; Genèse, 49.9).

Cet animal du désert est l’emblème de Marc, car l’évangile de Marc commence par la prédication de Jean-Baptiste au désert qui est traditionnellement le lieu de rencontre avec Dieu.

Il est aussi le symbole de la Résurrection. 

La patte de lion (pieds de chandelier, du lutrin ou base de la colonne du baptistère): le lion était réputé au Moyen Age de dormir les yeux ouverts. Il souligne la vigilance et la vigueur de l’homme de Foi pour lutter contre les forces du mal qui rôdent autour du fidèle, attendant ses moments de faiblesse où il succomberait à la tentation par défaut de vigilance. 

Lis ou lys : (autel de la chapelle de la Vierge)


Blancheur Pureté L’innocence Christ Marie Trinité

Le lis stylisé donne la valeur du nombre trois : la Trinité. C’est ainsi qu’il est lu de nos jours.

Avant le XIIIe s., il symbolisait trois vertus : Foi, Sapience, Chevalerie et, au XVIe s., il signifiait aussi : Foi, charité et espérance (cependant le symbole de la croix pour la Foi, l’ancre pour l’espérance et le cœur pour la charité a prédominé : la croix dite de Camargue).

Au début de l’art sculptural chrétien, le visage du Christ figurait au centre du lis et plus tard, le lis seul figure le Christ.

Dès le XIe s., il est aussi un symbole marial et paraît dans les nombreuses chapelles, églises ou cathédrales dédiées à Notre Dame. Au milieu du XIIe s., le lis est porté sur les armes royales de France. Le lis, symbolisant exclusivement la Trinité vers le XVe s., sera remplacé par la Rose, aux cinq pétales blancs, pour figurer Marie.

La Lumière 


Dans l’Ancien Testament, la lumière symbolise la vie ; son contraire, les Ténèbres, la mort. La Loi de Moïse est la lumière du peuple d’Israël. La connaissance de la sagesse, ainsi que celui ou celle qui la dispense, est aussi lumière.

Avec le Nouveau Testament, saint Paul lui donne un sens qui traduit son vécu: Dieu arrache le non croyant des Ténèbres, de la mort, par la Lumière du Christ, reflet incarné de la lumière de Dieu. 

Pour saint Jean, Dieu est la lumière et le Christ s’identifie à cette Lumière. Le Chrétien doit vivre en enfant de Lumière. La lumière est tout ce qui éclaire le chemin vers Dieu : la lumière est symbole de vie, de joie, de bonheur la lumière du salut accordé par grâce à l’homme arraché des ténèbres qu’est l’ignorance de Dieu.

Maurice Zundel souhaite que chaque Chrétien soit tel un vitrail qui laisse transparaître la lumière de Dieu.

Les nombres 

Un : Dieu

Deux : Vierge Marie

Trois : Trinité ; Foi, l’Espérance et la Charité. Plénitude.

Quatre : le monde, les 4 points cardinaux

Cinq : l’amour, l’harmonie. L’homme inscrit dans un pentagramme, étoile à cinq branches. Union : la rose à cinq pétales. Marie.

Six : stabilité, le cosmos mais aussi l’inachèvement…

Sept : Esprit Saint. Plénitude.

Huit : la loi, la justice, la terre ; forme de certains baptistères géométriques mérovingiens à huit côtés.

Neuf : l’étoile à 8 rayons et le centre, la neuvième place, c’est Dieu ; signe solaire : le cercle, l’univers, la Création de Dieu.

Dix : nombre parfait, le divin

Onze : violence (celle de Judas, celui des 12 qui a trahi). 

Douze : douze signes zodiacaux gravitant autour du soleil ; douze apôtres entourent le Christ. L’univers, l’Eglise.

Orient (chœur dans son ensemble)

Une église : le symbole réunissant tous les symboles 

Le chœur est l’Est, au Levant, là où se lève la lumière. La nef est ainsi orientée est - ouest. 

La nef intérieure, formée des voûtes qui la coiffent, est comme une quille de navire, immergée dans le ciel, se dirigeant vers la lumière: Christ. Le navire est un grand symbole de l’Eglise catholique: le navire conduit par Jésus navigue sur les vagues, les tribulations de la vie…

Pendant les cérémonies religieuses, les fidèles sont tournés vers l’orient, vers la lumière du Christ, vers l’autel où a lieu l’Eucharistie.

Rose


Marie Jésus

Symbole de la Vierge dès que le lys a été réservé au Christ, puis à la Trinité.

La rose est une coupe, un calice : le réceptacle des influences célestes, de l’Esprit Saint (représenté par la rosée dans certains tableaux jusqu’à la fin de la Renaissance). 

La rose blanche exprime le miracle de l’Esprit Saint engendrant Marie. Elle reçoit le Verbe divin ou le Saint-Esprit et rend ainsi possible l’épanouissement du Verbe incarné qu’est Jésus.

La rose rouge est liée au sang versé par Jésus qui, se répandant au sol, a donné naissance à une fleur, l’Eglise. 

Plusieurs vitraux médiévaux présentent le sang de Christ tombant en gouttelettes et se transformant en 5 roses. Ainsi les cinq roses rouges, descendant sur la terre, représentent les cinq plaies du Christ sur la Croix.  

Les pétales figurent aussi les créatures divines que chaque chrétien devrait être…

Les sacrements (général ; chrêmier, eau, statue de Jean Baptiste) 

Les signes sensibles manifestent la présence agissante et salutaire de Dieu à tous les peuples. Deux sens : sens naturel du signe et sens donné par l’existence du salut donné par Dieu.

Sept sacrements majeurs :

Baptême : signe de l’appartenance à l’Eglise

Eucharistie : signe de l’action de grâce des Chrétiens pour Jésus mort et ressuscité

Pénitence : signe de la miséricorde de Dieu envers l’homme pécheur

Confirmation : signe de l’effusion de l’Esprit Saint

Ordination :     signe de la mission confiée à l’Eglise, représentée par les évêques, prêtres, diacres. 

Mariage : signe de l’union d’un homme et d’une femme, à l’image de l’union de Dieu et de Son Eglise. 

Sacrement des malades ou Extrême-onction : signe de la présence de Dieu auprès de celles et ceux qui souffrent.

Les sacrements chrétiens symbolisent les grands thèmes de la vie spirituelle de l’homme : la naissance, la croissance, la renaissance spirituelle, l’alimentation, la communion avec Dieu, la purification, la sanctification des divers états possibles de vie.

Le serpent (lutrin détail)


En Egypte, le serpent qui se mord la queue forme un cercle et à ce titre figure la vie, l’éternité. « Il se nourrit de son propre corps.» : lecture égyptienne qui y voyait le cycle de la vie terrestre où rien ne meurt vraiment, tout renaît et la mort est, déjà pour les Egyptiens, une renaissance…

En Inde, le serpent symbolise la cause première du Mal : les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans retrouvent cette figure maléfique du serpent dans la Genèse. 

Dans le Nouveau Testament, le Messie écrase la tête du serpent ; Marie en donnant la vie au Christ écrase le serpent : cette scène figure sur de nombreuses représentations de la Vierge.

La sphère (lutrin détail, clef de voûte)



Le monde terrestre, élément de l'univers se fondant dans l'Univers.

Soleil : fréquent : cercle de la clef de voûte, vitrail, centre des fenêtres de la chapelle st Joseph.

La vie, cercle : Centre de l’univers, Dieu. L’éternité : le soleil ne meurt jamais.

Attente de Dieu : aurore, soleil, Midi.

Des animaux siègent dans le soleil : le lion de saint Marc, l’aigle de saint Jean, le pélican, l’agneau…

Le laurier, celui des Rameaux, est dédié au soleil et couronne, récompense celui qui œuvre pour  l’humanité….

Saints

Un saint : image du Christ sur la terre, un reflet de Dieu dans les œuvres humaines.

Un saint est à lui seul un symbole, le sein de Dieu où coulent Ses bienfaits : un sain bol où s’abreuver spirituellement pour faire le bien dans notre condition humaine avec l’aide de Dieu.

Le Chrétien n’idolâtre pas les saints : il admire les vertus divines que ce(tte) saint(e) a fait fleurir dans sa vie, devenue ainsi exemplaire et qui peuvent aussi fleurir nos vies et même donner des fruits.

Les saint(e)s, connu(e)s ou inconnu(e)s, sont celles et ceux qui ont vécu l’une ou l’autre, plusieurs ou, parfois, toutes ces béatitudes.

Les béatitudes

Du mot latin « beatitudo » : signifiant le bonheur, aussi bien donné aux autres que vécu par soi-même.

Evangile selon saint Matthieu : chap. 5, versets 3 à 12 (Nouveau Testament de la TOB)

3 « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.

4 Heureux les doux : ils auront la terre en partage.

5 Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.

6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.

7 Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.

8 Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.

9 Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.

10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le royaume des cieux est à   eux.

11 Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous, toute sorte de mal à cause de moi. 

12 Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ; c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »

Saint Jean Baptiste : (statue du baptistère)



Jean de l’hébreu « Yohanân », « don de Dieu ». Dernier prophète et premier apôtre. Fêté le 24 juin.

L'ange Gabriel dit à Marie au jour de l’Annonciation : « Voici qu'Élisabeth, ta parente, en est à son sixième mois.». Le 24 juin, l'Église fête la naissance de Jean-Baptiste, son fils qui est le précurseur du Messie. 

Parce qu'un doute l'avait saisi, lors de l'annonce de l'ange, sur la fécondité tardive de sa femme Élisabeth, Zacharie, son époux, avait perdu l'usage de la parole. La naissance de Jean lui délie sa langue afin qu'elle proclame « Son nom est Jean. ». Nom qui signifie : Dieu fait grâce. A Jean, Jésus a rendu ce témoignage : « Parmi les enfants des femmes, il n'en est pas un de plus grand que Jean-Baptiste. ». 

Dès avant sa naissance, Jean avait reconnu le Christ et tressailli d'allégresse en Sa présence, au sein de la Vierge Marie. Plus tard, il Le baptisera et guidera vers Lui ses meilleurs disciples. 

S'effaçant pour laisser la place au Christ, il dira de Lui : « Voilà ma joie, elle est maintenant parfaite. Il faut qu'Il grandisse et que je diminue. ».

Sainte Jeanne d’Arc :


Fêtée le 30 mai. Vierge morte en 1431. En France, fêtée le deuxième dimanche de mai.

Fille de paysans de Lorraine, elle entendit des voix mystérieuses, alors qu'elle n'avait que 13 ans. Saint Michel, Sainte Catherine et Sainte Marguerite, pendant trois ans, lui demandèrent de libérer la France et de faire sacrer le roi à Reims. 

A Chinon, premier prodige, le roi donne une armée à cette bergère de 16 ans, ignorante de l'art de la guerre. En huit jours, au début du mois de mai, elle délivre Orléans assiégée depuis sept mois. En juillet, Charles VII est sacré roi à Reims. 

Après les réussites difficiles, vint le temps des épreuves. Le roi abandonne Jeanne : un an après Orléans, elle est faite prisonnière à Compiègne. 

Livrée aux Anglais, elle passe un an en prison. Elle reste courageuse et héroïque dans sa pureté devant les tentatives des soldats. Sous prétexte qu'elle s'habille en homme, elle est condamnée comme hérétique. Seule, il lui reste la Foi et l'encouragement de ses voix intérieures. Elle meurt brûlée vive à 19 ans, à Rouen le 30 mai 1431.

Saint Curé d’Ars :


Fêté le 4 août. Depuis 1905, saint patron de tous les prêtres.

Jean-Marie Vianney a grandi en pleine période de troubles révolutionnaires, temps de persécution religieuse. Ainsi, Jean-Marie recevra sa première communion dans la clandestinité. Le jeune campagnard, qui n'a jamais fréquenté l'école, voulait devenir prêtre mais son père était réticent. A vingt ans, il commença ses premières études, mais il était si peu doué pour les études que le séminaire de Lyon qui l’a reçu, décida de le renvoyer. 

Il parvint quand même à se présenter à l'ordination sacerdotale à Grenoble. Après un premier ministère à Ecully, il a été nommé curé dans une petite paroisse de 230 habitants: Ars, à 40 km de Lyon. Il y fut jusqu'à sa mort. 

Sa bonté, la joie dont il rayonne, ses longues heures de prière devant le Saint-Sacrement, impressionnent peu à peu ses paroissiens. Pour écouter, réconforter et apaiser chacun, il reste jusqu'à seize ou dix-huit heures par jour au confessionnal. Pendant les dernières années de sa vie, jusqu'à 100.000 pèlerins viendront chaque année pour entendre une parole de réconfort et de paix de la part de ce curé. Par un don de Dieu, il a été un fin connaisseur du cœur des hommes. 

Entièrement voué à sa tâche pastorale, épuisé, il a dit vers la fin de sa vie: «Qu'il fait bon de mourir quand on a vécu sur la croix». Il meurt à l'âge de 74 ans le 4 août 1859.

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus:


Fêtée le 1er octobre. Proclamée patronne des missions de l'Église universelle et docteur de l'Église en 1997. 

Thérèse Martin est la cinquième et dernière fille d'une famille chrétienne où elle grandit entourée d'amour. Elle a 4 ans quand la mort de sa mère introduit une brisure dans sa vie. Le père et ses filles s'installent alors à Lisieux pour se rapprocher d'une partie de sa famille. Deuxième drame qui ébranle Thérèse enfant : sa sœur Pauline puis sa sœur Marie, qu'elle avait choisies successivement comme «petite mère» entrent au Carmel. 

La nuit de Noël, par une grâce puissante, elle retrouve le joyeux équilibre de son enfance et répond à cette voix intérieure qu’il lui dit de rechercher le Dieu-Amour auquel elle se consacre. Non sans démarche difficile, elle se rendit à Rome pour obtenir du pape l’autorisation d'entrer au Carmel à l’âge de quinze ans, le 9 avril 1888. Avec une fidélité constante malgré des doutes, elle y poursuit sa route vers la sainteté. Le Seigneur lui découvre peu à peu sa petite voie d'abandon et de confiance audacieuse. Le 9 juin 1895, elle s'offre à l'amour miséricordieux de Dieu. 

Durant sa longue maladie, la tuberculose, elle s'est conformée au Christ, dans le mystère de son agonie pour le salut des pécheurs qui n'ont pas la foi. Elle meurt à 24 ans, promettant de faire tomber sur la terre une pluie de roses et de passer son ciel à faire du bien sur la terre. 

Quelques années plus tard, le récit de sa vie, écrit par obéissance, connaît un succès populaire considérable et les  témoignages de grâces, obtenues par son intercession, affluent au monastère où elle a vécu. 

Vitraux 


Lumière

Les vitraux jouent avec la lumière du soleil : les couleurs s’animent, vivent, meurent et renaissent selon la saison, l’heure ou le climat du jour. Un vitrail est vivant, changeant. Les couleurs ont du sens : voir couleurs.

Le vitrail est né de l’enluminure médiévale qui est l’ancêtre de la bande dessinée, exprimant le plus simplement possible la Parole de Dieu. Les vitraux ainsi que les sculptures ou peintures ont été des moyens pédagogiques pour instruire les fidèles ne sachant pas lire. Un vitrail ne vit que par le talent du maître verrier à jouer avec la lumière et les couleurs selon le thème retenu.

Vitrail de Saint Jean Baptiste (chœur de l’église, à gauche) :


Jean Baptiste blâme Hérode Antipas en raison de son second mariage : il a épousé Hérodiade, déjà femme de son frère Philippe encore vivant. 

Hérode Antipas est le fils d’Hérode, dit le Grand, car il avait été un grand bâtisseur mais, encore et surtout, celui qui avait ordonné le massacre des enfants mâles de Bethléem (les Saint Innocents), suite à l’annonce de la naissance d’un nouveau Roi, Jésus en fait, par les mages. 

Hérode Antipas craignait Jean Baptiste mais Hérodiade, qui avait pour fille Salomé, désirait la mort de Jean. Salomé dansa si bien qu’Hérode Antipas promit de lui donner tout ce qu’elle voudrait en récompense. Hérodiade lui suggéra de demander la décapitation de Jean et que sa tête soit apportée sur un plateau et Salomé en fit la demande. Antipas ne pouvait pas revenir sur sa promesse : Jean fut exécuté.

Une forme de résistance est le courage de dire la vérité à un détenteur du pouvoir même au risque de perdre la vie. La réprimande faite à celui qui ne respecte pas la Parole de Dieu est un acte de charité. 

Evangile selon saint Marc, chap. 6, versets 17-29 :

« 17 En effet, Hérode avait fait arrêter Jean et l’avait enchaîné en prison, à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée. 18 Car Jean disait à Hérode : « Il ne t’est pas permis de garder la femme de ton frère. » 19 Aussi Hérodiade le haïssait et voulait le faire mourir, mais elle ne le pouvait pas, 20 car Hérode craignait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait. Quand il l’avait entendu, il restait fort perplexe ; cependant il l’écoutait volontiers.

 21 Mais un jour propice arriva lorsque Hérode, pour son anniversaire, donna un banquet à ses dignitaires, à ses officiers et aux notables de Galilée. 22 La fille de cette Hérodiade vint exécuter une danse et elle plut à Hérode et à ses convives. 

Le roi dit à la jeune fille ; « Demande moi ce que tu veux et je te le donnerai. » 23 Et il lui fit ce serment : « Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume. » 24 Elle sortit et dit à sa mère : « Que vais-je lui demander ? » Celle-ci lui répondit : « La tête de Jean le Baptiste. » 25 En toute hâte, elle rentra auprès du roi et lui demanda : « Je veux que tu me donnes tout de suite sur un plat la tête de Jean le Baptiste. »

 26 Le roi devint triste, mais à cause de son serment et de ses convives, il ne voulut pas lui refuser. 27 Aussitôt le roi envoya un garde avec l’ordre d’apporter la tête de Jean. Le garde alla le décapiter dans sa prison, 28 il apporta la tête sur un plat, il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère.

 29 Quand ils l’eurent appris, les disciples de Jean vinrent prendre son cadavre et le déposèrent dans un tombeau. ».

Enterré à Damas dans la cathédrale portant son nom, mais qui est devenue la Mosquée des Omeyades.

Vitrail de Saint Jean Baptiste (chœur de l’église, à droite) :


La circoncision de Jean le Baptiste


Evangile selon saint Luc, chap. 1, versets 59-64 :

«  59 Or, le huitième jour [après sa naissance], [les voisins et les proches] vinrent pour la circoncision de l’enfant et ils voulaient l’appeler comme son père, Zacharie. 60 Alors sa mère prit la parole : « Non, dit-elle, il s’appellera Jean. » 61 Ils lui dirent : « Il n’y a personne dans ta parenté qui porte ce nom. ». 62 Et ils faisaient de signes au père pour savoir comment il voulait qu’on l’appelle. 63 Il demanda une tablette et écrivit ces mots : « Son nom est Jean » ; et tous furent étonnés. 64 A l’ instant sa bouche et sa langue furent libérées et il parlait, bénissant Dieu. »  

A propos de son fils Jean, Zacharie prophétise de la façon suivante (Luc, chap. 1, v. 76) :

« 76 Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut, car tu marcheras par devant sous le regard du Seigneur, pour préparer ses routes, pour donner à son peuple la connaissance du salut par le pardon des péchés. »

Le grand-orgue


Ecoute Harmonie

La beauté musicale est une forme d’expression de la beauté de Dieu: la musique a une place importante dans les cérémonies de l’Eglise. Plus d’un compositeur a conçu des chefs d’œuvre pour exprimer la Foi: la musique exprime ce que les mots ne peuvent pas dire et elle s’adresse au cœur ! Toutefois la raison veut que des notes et une partition -des symboles- soutiennent le message : l’œuvre ne réside pas dans la note mais dans l’ensemble que constituent la composition et l’interprétation. Le compositeur est le créateur inspiré et l’interprète est le messager du créateur….

Une interprétation au grand-orgue est écoutée par toute l’assemblée réunie qui se met à l’écoute : toutefois si le public entend la même musique, chacun la reçoit différemment en son cœur. Nous sommes en communion par l’écoute, mais chacun goûte, de façon personnelle et individuelle, ces signes sonores. Il en va de même de la Parole de Dieu qui s’adresse à tout homme désireux de l’entendre: Elle est donnée à tous et chacun la possède en son cœur. 

La musique sacrée possède une harmonie qui élève l’âme et apaise l’esprit: c’est déjà là un miracle. Elle unit dans l’expression de la joie comme de la souffrance et les transforme toutes les deux en une paix intérieure qui permet de s’ouvrir aux autres… 

Pietà


Représentation, peinte ou, ici, sculptée, de la Vierge portant sur ses genoux le corps de Jésus qui a été descendu de la Croix. Parfois, elle est accompagnée de saint Jean.



A Villeneuve-lès-Avignon, se trouve une très belle Pietà d’Enguerrand Charonton.

De nombreux artistes ont voulu saisir cet instant précis où s’exprime toute la douleur d’une mère devant le corps sans vie biologique de son enfant.

Ce tableau est très proche de celui de Carrache (1600) ci-dessous et  qui comporte des anges, les messagers de Dieu accompagnant la Vierge accablée par la douleur.




Sacrifice d’Isaac (chasuble)


Abraham Isaac Ange Autel Buisson ardent Encensoir

Né d’Abraham, centenaire, et de Sara, nonagénaire, Isaac est la descendance promise et l’hériter de l’Alliance de Dieu avec son peuple choisi.

Abraham accepte d’offrir en sacrifice son fils, tant désiré et aimé, pour obéir à Dieu mais l’ange du Seigneur, la voix de Dieu, l’arrête au dernier moment et lui désigne un  bélier pris par les cornes dans un buisson et qui sera sacrifié à la place d’Isaac. Aimer Dieu plus que tout et Lui obéir : voici le symbole. 

Dieu ne veut pas des sacrifices d’enfant : voilà le signe fort donné à une époque où cela se pratiquait de façon ordinaire.

Encensoir symbolise la prière qui monte vers Dieu. Le bois du feu annonce le bois de la Croix : le Christ est sacrifié par le refus des hommes et pour sauver l’humanité qui écoute la Parole de Dieu.  

La samaritaine


La Samarie était un Etat hostile à la Judée encore au temps de Jésus : le Christ s’adresse à une Samaritaine, à côté du puits de Jacob. L’amour du prochain s’exerce même envers ceux qui sont réputés hostiles alors qu’ils sont prêts entendre la Parole de Dieu. Il y a eu des non juifs parmi les premiers Chrétiens.

Sainte Famille


En personnes centrales, se trouvent Marie avec Jésus et, dans le fond, Joseph. Sur le côté, figure Zacharie tenant Jean le Baptiste avec, à ses côtés, Elisabeth. Un ange porte une couronne de fleurs, les grâces reçues par Marie. 

Et ce tableau a été  inspiré par cette toile de Raphaël :


Mariage mystique de Catherine de Sienne


Catherine de Sienne (1347-1380) fut canonisée en 1461, proclamée patronne secondaire de Rome en 1866, patronne de l'Italie en 1939 et docteur de l'Église en 1970. Sa fête est fixée au 29 avril.

Religieuse italienne, célèbre par son action durant le Grand Schisme et par ses expériences mystiques.

Avant-dernière de vingt-cinq enfants, Catherine Benincasa naquit à Sienne probablement le 25 mars 1347 : d’un père, teinturier et d’une mère, fille d'un poète. Catherine avait six ou sept ans quand le Christ lui apparut. Depuis son plus jeune âge, elle menait une vie de mortification et de prière. 

A vingt ans, elle fut admise parmi les tertiaires dominicaines. Sa renommé s’étendit fort loin et elle groupa ses disciples dans une « famiglia » réunissant des Dominicains, des Franciscains, des religieux d'autres ordres et des laïcs, pour la plupart des nobles qu'elle avait convertis. 

Catherine reçut les stigmates de la Passion. Elle se mit à prêcher une croisade contre l'Islam, mais la querelle quant au statut des États pontificaux la détourna de cette entreprise. Elle se rendit à Avignon pour convaincre le pape Grégoire XI à rentrer à Rome à la fin de 1376. La mort du pape (27 mars 1378) fut suivie successivement de l'élection tumultueuse d'Urbain VI et du Grand Schisme d'Occident.

Catherine  a pris fermement parti pour le pape de Rome, mais son action ne mit pas fin aux divisions. Elle mourut peu de temps après.

Son influence en tant que mystique a marqué son temps. Ne sachant pas écrire, elle a dicté de nombreuses lettres ainsi que son célèbre Dialogue  entre le Père éternel et la sainte qui comporte de sévères réprimandes contre les mœurs du XIVe siècle. Ses propos sont ponctués d’élans d'amour passionné pour l'Église et le salut des âmes. Catherine y expose une théologie très développée sur les vertus, le péché et son châtiment, la pénitence et le Verbe incarné. 

Au Musée du Louvre, il existe un mariage mystique de sainte Catherine de Sienne de Fra Bartolomeo della Porta. Le Christ sur les genoux de la Vierge passe l’anneau d’alliance au doigt de sainte Catherine la mystique.

Un(e) mystique chrétien(ne) est une personne vivant sa Foi de façon intérieure et dans la plénitude : elle se met à l’écoute et se nourrit  de la Parole de Dieu en vivant les sacrements dans cette communauté que forme l’Eglise. Extases, lévitation, stigmates, visions sont pour quelques-un (e)s des manifestations extérieures de cette vie mystique, mais qui ne sont pas essentielles : ce sont des signes pour l’Eglise. Pour résumer, un mystique chrétien vit en communion ou union perpétuelle avec le Christ : c’est une rencontre immédiate et intérieure avec Jésus.

Saint Antoine de Padoue 


Fêté le 13 juin, il a été un grand prédicateur.

Né à Lisbonne en 1195, il est un contemporain de saint François d’Assise. A la naissance, il se prénommait Fernando. De famille noble aux traditions militaires, il entra tout jeune chez les Chanoines Réguliers de Saint Augustin, à Coïmbra où il fut ordonné prêtre. En 1220, quand les restes des premiers martyrs franciscains furent ramenés du Maroc au Portugal, il entra chez les Frères Mineurs et prit le prénom d'Antoine. Il désirait lui aussi aller au Maroc afin d'y mourir martyr. Tombé malade pendant le voyage, il dut rentrer en Europe. 

En 1221, il est à Assise au chapitre de l'Ordre et ses frères découvrent alors ses talents de prédicateur et de théologien. Ayant remplacé au pied levé un prédicateur empêché, il étonne ses frères qui, désormais, l'envoient prêcher alors qu’il s’occupait à balayer. Avec la permission de saint François, il enseigne à Bologne, Toulouse, Montpellier et Limoges. A Brive-la-Gaillarde, le souvenir des grottes - où il se retira quelque temps dans la prière solitaire - demeure. C'est aussi dans cette ville qu'il retrouva miraculeusement un manuscrit dérobé, y gagnant du même coup sa spécialité posthume à faire retrouver les objets perdus. 

La fin de sa vie est dominée par la prédication où il excelle. Il se trouve à Padoue pour prêcher le Carême en 1231. C'est là qu'il meurt d'épuisement à 36 ans, dans cette ville qui le vénère et qui lui donne son deuxième nom, saint Antoine de Padoue. 

Il est Docteur de l'Église, mais la piété populaire préfère en lui l'intercesseur efficace pour retrouver les objets perdus.

Sainte Bernadette 


Bernadette Soubirous naquit au moulin de Boly, au pied du château fort de Lourdes, le 7 janvier 1844, de François Soubirous, meunier, et de Louise Castérot. 

Elle avait 14 ans lorsque la vierge Marie lui parla et lui demanda d’être sa messagère, en février 1858. 

En 1854, le Pape Pie IX avait promulgué le dogme de l’Immaculée conception, c’est-à-dire que dès sa naissance, Marie a été préservée de tout péché. Or Bernadette, ne comprenant pas ce qu’est et ce que signifie l’Immaculée conception, rapporte les propos de Marie qui confirme le dogme. Voici comment cela se produisit :

Elle rentrait alors de Bartrès, où elle avait passé quatre mois chez sa nourrice. Elle habitait alors avec ses parents, ses frères et sœur dans une profonde misère au Cachot. Elle était simple et de santé fragile, mais pleine de bon sens et de joie de vivre. Elle désirait plus que tout faire sa première communion. 

Le 11 février 1858, alors qu’elle était partie chercher du bois avec sa sœur et une voisine près du rocher de Massabielle, dans la partie supérieure de la grotte, lui apparaît une belle Dame vêtue de blanc. Jusqu’au 16 juillet, elle eut 18 apparitions. La plus importante de toutes fut le jeudi 25 mars, fête de l’Annonciation où la Vierge Marie se présenta à elle comme étant « L’Immaculée Conception ».

Sainte Bernadette devint célèbre. Des miracles se produisirent devant la grotte de Massabielle. Encore de nos jours, des malades y trouvent la paix du cœur (guérison spirituelle) et quelques-uns, en plus, la guérison physique... Mais la petite bigourdane choisit de se retirer du monde. Elle partit pour Nevers où elle vivra avec ses sœurs dans l’humilité et la prière, la souffrance aussi car loin de Lourdes et de la grotte de Massabielle, devenu depuis lors un lieu de pèlerinage mondial. 

Elle mourut le 16 avril 1879 et fut canonisée en 1933.


La Vierge telle qu’elle est apparue à Bernadette.

Saint Joseph 


Il est fêté le 19 mars. Modèle de paternité, il est le protecteur de la famille.

« C'était un juste » selon l'évangile de saint Matthieu, chapitre 1, verset 19. Les évangélistes ne nous ont conservé aucune parole de ce « juste », le charpentier de Nazareth en Galilée, fiancé de Marie, la Mère de Dieu, époux aussi discret que fidèle et chaste de cœur (union harmonieuse du corps et de l’esprit, libérant le cœur pour mettre en œuvre la Parole de Dieu, en toute confiance). Père nourricier et éducateur de Dieu le Fils, Jésus devenu homme parmi les hommes de ce village, il exerce tout simplement sa paternité. 

L'ange lui avait dit: « Ne crains pas de prendre chez toi, Marie, ton épouse. » et Joseph prit chez lui Marie son épouse. L'ange lui avait dit : « Lève-toi, prends l'enfant et sa mère » et Joseph se leva, prit l'enfant et sa mère et s'enfuit en Égypte : ainsi Jésus échappa au massacre des Innocents. Joseph, en vrai fils d'Abraham, croit et fait ce que Dieu lui dit. 

Lorsque Jésus disparaît pendant trois jours lors du pèlerinage à Jérusalem, Joseph accompagne la quête de Marie: « Ton père et moi nous te cherchions. ». Dieu savait à qui il confiait son Fils unique et sa Mère, à l'homme le plus capable au monde d'être la parfaite image du Père.  

La paternité est une des réponses à la loi d’Amour, donnée par Dieu.

Marie


Mère du Sauveur qu’est Jésus, Fils de Dieu, elle est présente dans toutes les églises catholiques et orthodoxes.

Sculptures, peintures, poésies, compositions musicales, grands textes littéraires illustrent les grands moments de sa vie et aussi les différentes façons avec lesquelles Elle est apparue à certaines personnes. C’est la raison de la richesse de ses diverses représentations : Vierge à l’enfant, Vierge couronnée, Sainte Famille, Pietà, Vierge de Lourdes, Vierge des Douleurs, Vierge de l’Assomption, etc.

Marie est un modèle de foi, d’humilité et de vie spirituelle. Dans les Evangiles, Elle a une fonction distincte et complémentaire avec les disciples du Christ: c’est pourquoi Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est vénérée, car Elle nous fait mieux comprendre ce qu’est la Trinité, en tant qu'enfant de Dieu, mère du Christ et épouse de l'Esprit Saint.

Sacré Cœur de Jésus


Cette statue symbolise l’amour de Jésus pour tous les hommes : il ouvre et donne son cœur jusqu’à donner sa vie. Il est fêté le vendredi qui suit la fête du Saint Sacrement.

La dévotion au Sacré Cœur  s’est développée au XIIIe et XIVe siècle sous l’impulsion des mystiques. Les Jésuites lui ont donné une plus grande importance au  XVIIe siècle. Une visitandine Marguerite-Marie Alacoque a eu plusieurs visions de 1673 à 1675 : cette dévotion a pris un nouvel essor et a donné lieu à des dévotions particulières.

En 1856, cette fête a été officiellement instituée. En 1899, le Pape Léon XIII a consacré le monde au Sacré Cœur. Le Pape Pie XI a placé cette fête au même rang que la solennité de Noël. 

Les dévotions au Sacré Cœur se pratiquent plus particulièrement le vendredi. Une tradition populaire bien implantée voulait qu’une communion lors de neuf vendredis consécutifs fut une source de grâces spéciales. Il est d’usage dans certains foyers chrétiens d’allumer une bougie devant une reproduction du Sacré Cœur de Jésus chaque vendredi. 

Antoine Schülé

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