lundi 22 juin 2026

 Général Henri Guisan et major Raymond Gafner

Entretiens

(index thématique établi par Antoine Schülé, 1993)

Introduction

Pour le film du CHPM (Centre d’histoire et de prospective militaires, Suisse, Lausanne-Pully), j’ai effectué des travaux préparatoires pour deux réalisateurs (lire ce lien). Il m’a semblé que l’index suivant méritait d’être mis en ligne, en raison de la richesse d’informations qu’il apporte. Ce film comporte de nombreux extraits de cet entretien, sélectionnés selon ce document. Les enregistrements sont aux archives de la RTS à Genève. 

Evidemment, la lecture qui suit ne dispensera pas le chercheur d’une lecture personnelle. Par contre, elle aidera toute personne qui désire mieux comprendre les faits du passé dans cette globalité que nécessite le sujet de la Suisse et de la Seconde guerre mondiale.  En effet, rapidement et avec des renvois précis, elle aura la possibilité de trouver les informations qui l’intéressent. Pour un jeune, voici un excellent outil de travail pour aborder la première fois ce temps de la guerre, avant de creuser certains thèmes avec d’autres auteurs. 

Ce livre est construit sur une émission enregistrée et diffusée sur Radio-Lausanne. Le premier texte a été publié dans la Feuille d’Avis de Lausanne. Il s’agit d’un dialogue sur des thèmes préalablement choisis et seules les citations étaient lues. Pour cette publication, l'aspect oral a été adapté pour un lecteur. Nous y retrouvons le style d’expression propre à Henri Guisan que j’ai pu lire ou écouter  en d’autres sources. D’un ton simple et sans fioritures académiques, il nous fait part de ses souvenirs, de ses appréciations, de ses craintes, de ses convictions et de sa confiance en la volonté de défense de l’Armée suisse. Il sait aussi parfois être critique envers lui-même ou envers quelques travers de la population dus à la peur. Les droits d’auteur de ce livre ont été donnés à la “Fondation Général Guisan”. 

Un conseil : garder à l’esprit que nous savons, et même avec le recul historique, l’issue de cette guerre, mais sur le moment bien des décisions ont dû être prises dans l’incertitude; gardons-nous donc de jugements péremptoires et grotesques que produisent quelques histrions désireux de se mettre en valeur : les matamores de l’histoire existent !  

Source : Général Henri Guisan (avec Raymond Gafner): Entretiens. Ed. Payot-Lausanne. 3e éd. 1953. 208 p. (Références Uni Lausanne: IBio gui, 1VN11099).

Il est possible de compléter cette lecture avec un petit fascicule moins connu, mais cependant utile :

Général Henri Guisan: Les leçons de deux mobilisations. Entretien avec le major Raymond Gafner, radiodiffusé le 30 août 1954. Ed. Frédéric Rouge. Librairie de l’université. Lausanne. 1954. 32 p. (Uni Lausanne : B brosch 188a).

 Index thématique, établi en hiver 1993 par Antoine Schülé)

Intentions - Treyvaud - préface - édition 6.4.53 

p.6 a) à l’intention de “Radio-Lausanne”

b) texte publié dans la “Feuille d’Avis de Lausanne”

c) livre = sténogramme retouché

p.7 a) écrivains ayant écrit sur Guisan : Edouard Chapuisat, Bernard Barbey, Benjamin Vallotton

b) besoin de connaître directement du général ses impressions

c) craintes, angoisses et surtout quels dangers pour la Suisse ?

p.8 a) ton simple, sans fioritures

b) chercher à exposer les plans

c) revivre ce passé qui s’efface

d) valeurs spirituelles, morales, ainsi que les soucis matériels

e) Points clefs des préoccupations du général :

ne pas paralyser les travaux de campagne

“Fonds de secours du Général” (service actif)

“Fondation Général Guisan” (droits d’auteur du livre attribués à celle-ci)

f) courage de reconnaître que l’on s’est parfois trompé.

 p.9 a) douze entretiens accordés dans l’hiver 1952-53

b) volume à considérer comme ses mémoires


Premier entretien (Sur le livret de service)

p.10 Guisan : “Je désire parler le moins possible…”

p. 11 intentions : maintenir, renforcer l’esprit civique

p.12 a) Guisan : “La mémoire n’est pas une des vertus dominantes de notre temps …”

b) Guisan : “… nous ferons revivre quelques aspects, quelques épisodes des années traversées par le peuple suisse, par son armée, pendant que se jouait, hors de nos frontières, le grand drame de la deuxième guerre mondiale.”

c) livret de service

p.13 a) Henri Guisan, fils de Charles-Ernest et agriculteur à Avenches

b) Famille Guisan :

1. famille connue depuis 1472; tous agriculteurs

2. 1561, “châtelain” (juge) d'Avenches, Jean Guisan achète la seigneurie de Donatyre et

3. 1574, un Guisan achète la seigneurie d'Oleyres,

mais tout (2 et3) sera repris par Leurs Excellences de Berne !

4. père, grand-père : médecins à Mézières

5. mère : Bérengier (origine française), Edit de Nantes, Vevey.

p.14 Henri Guisan : aîné de la fratrie; 6 frères et sœurs

a) né le 21 octobre 1874 et recruté le 13 septembre 1893

b) 19 ans > enfance, adolescence

école à Mézières

grimper aux arbres

garder les vaches

accompagner le père (voiture à cheval)

entretien 3 chevaux

aller en char à gare  de Châtillens ou de Bressonnaz

acquisition d'un “Bourbaki” (cheval armée française)

c) père, capitaine médecin, expérience de Sedan, ambulance de 1870 !

p.15 a) collège classique à Lausanne

b) chaque samedi soir : 14 km Lausanne - Mézières; en hiver : voyages dans la neige dans les forêts de Montpreveyres et des Cullayes; parfois le traîneau d’un paysan;

p.16 a) formation latin - grec

b) bachelier 1893 (19 ans)

c) camarade de banc du gymnase (général Voruz, originaire de Moudon)

d) autre camarade : prof théologie Emile Golay.

p.17 photo 1: en collégien; photo 2 : en Zofingien.

p. 18 copie du livret service

p. 19 a) père voulait son fils médecin

b) frère cadet volontaire pour médecin; renonciation

c) théologie

d) passion pour les sciences : la chimie et le professeur de chimie est Ernest Chuard (le futur conseiller fédéral)

e) intérêt particulier pour l’histoire avec Edmond Rossier; ! chaque quinzaine, soirées de 20 h. à 22 h.

p.20 activité "Zofingienne”; acteur : Henri Guisan en femme ! “Groupe de la Table ronde"

p.21 Uni Lausanne : 3 semestres; Uni Fribourg : 3 semestres

Ecole d'agriculture Ecully (Lyon) et Ohnheim (Wurtemberg)

Expériences de la terre :

Champ de l’Air

Fribourg: M. de Diesbach, domaine Schürra

 p.22     

Berne: M. de Watteville, château Oberdiesbach

a) 1897 : Chesalles-sur Oron - déménagement à

b) 1896 : acquisition domaine Bellevue

c) 1897 : mariage avec jeune fille connue depuis qu'il était collégien

d) culture des terres jusqu’en 1906

p. 23 a) décès du beau-père, Verte-Rive par héritage, à Pully

b) depuis 1903 : nombreux services militaires

c) 1906 : vente de Chesalles

d) “cursus militaire” :

1893 : incorporé dans la cavalerie au lieu de l'artillerie, en raison de son stage dans le  Wurtenberg 

p.24 été 1894 : ER (Ecole de recrue, formation de base pour tout soldat) à Bière, son désir d’appartenir aux troupes montées = passion pour les chevaux;

Son premier jour, en tenue de tringlot, Allaman - Bière à pied;

Artillerie : pièces de batterie de 8,4 cm (disparues en 1905)

N’effectue pas une école de sous-officiers !

1894, soit la même année que ER, EO (Ecole d’officier), à Thoune

p.25 succession de services volontaires : instructeur extraordinaire; artillerie de campagne et de montagne

1904 capitaine (il a 30 ans)

p.26 1908 : EMG (Etat-major général) (2ème of EMG à 2ème Div -Deuxième division)

31.12.1909 : cdt bat fus 24 (Commandant du bataillon de fusiliers 24): Jura bernois, langue Française.

Deuxième entretien (1914-1918)  (Sur le livret de service suite)

p. 28 a) 1930, Conseil Fédéral, Minger, nouvelle organisation de l'armée (depuis 1914 : aucune nouvelle organisation)

b) structure armée 14 : 

p. 29 a) bataillon infanterie : 4 cp fus (compagnies de fusiliers)// cp mitr (compagnie de mitrailleurs) subordonnée au rgt (régiment)

b) tactique 1914

  c) changement tactique suite à son séjour “front français” **

d) Guisan mobilisé en 14 à Tavannes, à la tête de son bat

p. 30 a) couverture frontière assurée par la Landsturm

  b) région Lucelle : la troupe entendit les coups de feu dans la montagne Glaserberg, région de Kiffis (coups de feu entre cavaleries allemandes et françaises)

p.31 a) mob de 14 : relève de 112 jours (environ 4 mois)

 b) travail EM

c) 1915 : 119 jours de relève, région Ajoie, Hauenstein, Mariastein

d) relèves se faisaient par brigades

p.32 a) 39-45 : nouvelle organisation de l’armée **

b) nouvelles armes à feu

c) en 14-18 : pas de caisses de compensation (de perte de salaire)

-les cantons avaient en charge les familles défavorisées

d) 14-18 : relèves se font par brigades ) 39-45 : relèves par régiments : Afin d’éviter trop de gens dans la même période et de la même région; Pour mettre en œuvre le plan Wahlen (culture du blé notamment)

e) caisses de compensations + contacts avec cantons + organisations agricoles : une meilleure coordination

p.33 a) 1915 : Guisan engagé à EM de l'armée / chef EMG : Sprecher von Berneg

  1916 : Guisan attaché à Sprecher, il acquiert des expériences précieuses avec Wille au Bellevue; Guisan et Sprecher au Palais fédéral; il faisait circuler dossiers Sprecher - Wille;

Deux chefs différents : * Wille : aimable, compréhensif, exact en tout et * Sprecher : “ ne laisse aucun détail inachevé”.

  b) Différence essentielle avec 39-45 : 14-18 : CH pas encerclée ! **

p.34 a) influence de de Loys : soldat né, conducteur d'hommes, “chef de guerre plutôt que chef de paix”, à la tête de la 2ème division bilingue

b) Guisan : chef EM de 2ème division 1916 : visite champs de bataille : Argonne, Verdun **

avec col de Goumoëns : Argonne, Hauts-de-Marne, Eparges, Verdun Eparges : travail le plus important des sapes et contre-sapes ( délire)

1917 : Lorraine, Alsace, Vosges.

Visite des champs de bataille français à développer, car expériences  capitales importées en Suisse en faveur de notre défense

1. étude approfondie de la tactique adoptée par la France surtout d'un point de vue du système défensif;

2. expériences des fortifications de campagne : profondes tranchées reliées par des boyaux.

p.35 photographies : Guisan 39 : table de travail; ouvrages minés Gothard

p.36 idem : Mme + M. Guisan : automne 39

p.37 a) 1917, Vosges, détails précis, expériences de guerre (consulter nombreux ouvrages existants sur période)

  Vosges : Guisan seul avec cdt d’Harcourt : 

expériences de fortifications en forêts

installation de troupes en sous-bois

organisation tranchées, boyaux et communications

b) 1918 : Guisan, cdt rgt 7 + chef EM

c) cdt 1ère div en 1931-32.

p.38 a) Guisan + son rgt : 32 jours service d'ordre à Zürich

col Sonderegger en 1919 avec rgt 9

b) “service très spécial, peu agréable”

c) bon esprit de la troupe : 3000 hommes au rgt

d) soldes : importantes pour le Jura

e) réaction forte de la troupe car “meneurs” étrangers

p.39 a) meneurs étrangers : provoquer des troubles

- Comité d'Olten n'a pas pu prendre en défaut “la fidélité de l'armée”

b) 1919-1926 : EMG (Etat-major général), cdt de br (brigade); instruction : enseignement tactique artillerie aux écoles centrales et chef de classe écoles + cours EMG en qualité d’instructeur extraordinaire (voir aux Archives fédérales si cours existent encore)

c) Verte-Rive : - personnel dévoué

- avantage du statut d’instructeur extraordinaire : possibilité de refuser

p.40 a) 1926 (31.12): Guisan colonel divisionnaire (2ème division) et il devient soldat permanent, car cdt d’une unité d'armée (instructeur ou pas);

b) 1932: colonel commandant de corps : 2ème Corps, nommé par Minger pour succéder à Scheibli; 2e corps de langue allemande

 p.41 a) avant 1939 : bonne connaissance des 2/3 de l’armée **

b) 20 novembre 1933 : décès du col Sarasin; Guisan prend le 1er CA (Premier Corps d’armée) jusqu’en 1939;

c) visites à l’étranger :

1934 : Italie : nouvelle préparation militaire; Mussolini aimable vis-à-vis de Guisan et de la CH :. “On a dit qu'il à cherché à ménager notre pays”

1937 : Normandie : nouvelle préparation militaire

1937 : Normandie : veillée d'armes, expériences intéressantes sur les réservistes (engagés à titre d’essai dans des régiments); la qualité d’instruction ne valait pas celle que possédaient nos “landwehriens”. Conclusion : les CR (Cours de répétition) sont une nécessité.

p. 42 a) éloge du Conseiller fédéral Minger (chef du DMF) :  “Il était parti du principe suivant : Je suis le fournisseur de l’armée. Le futur général, lui, |e consommateur. Il faut donc que je lui prépare un outil dont il puisse se servir avec efficacité.”

  Minger: 

son origine

esprit du “terrien”

son rôle au DMF

entente Guisan-Minger antérieure à la Seconde guerre mondiale

b) dès 1933 : Guisan donne des conférences (à consulter)

c) municipal Chesalles-sur-Oron

d) conseiller communal à Pully (peu assidu !)

p. 43 a) pratique de l’équitation (toujours), jeune : de l’escrime

b) président du Stade Lausanne (10 ans)

Citation : “J'ai énergiquement soutenu l'esprit d'amateurisme dans le sport en opposition avec le sport payé, car le sport n'est pas un but en soit, mais un moyen de développer sa condition physique.”

c) membre du Comité international olympique (CIO)

d) président du “Don national” (encore en 1953), depuis 25 ans en 1953

e) Gafner : “Ne pas se laisser rebuter par les inévitables jalousies ou les plaisanteries consacrées” (Suisses alémaniques et Radicaux romands)

p.44 Toujours un profond intérêt pour les problèmes sociaux du pays.

Note Antoine Schülé : Par ses entreprises civiles et militaires, Guisan a su donner une autre image de notre défense nationale, ayant non seulement un aspect militaire, par la force des choses, mais encore un aspect social et civil qui mérite toute notre attention, car ainsi s'explique cette symbiose peuple - armée qui n’a pas été artificielle ou mythique, mais concrète.

Troisième entretien (30 août 1939)

p.45 a) août 1939 : Général Guisan

b) nombreux généraux suisses en service étranger jusqu'en 1848.

p.46 a) d’Affry, de Diesbach (FR); de Besenval (SO) : réforme des régiments suisses; Reding (SZ), Courten (VS), Constant (VD), Halwyl (BE).

b) veille de la Révolution : 50 généraux en France, Espagne, Naples, Hollande et 30 généraux en Sardaigne, Grande-Bretagne.

c) avant 1803 (Acte de Médiation - Napoléon), la Suisse dispose d’un Conseil de guerre = caractère de coalition de nos troupes;

d) cdt en chef en 1803, nommé par la Diète; 1815, Pacte fédéral reprend ce système; de 1803 à 1847 : une demi-douzaine de fois appliqué.

p. 47 a) art. 84, chi 9 Constitution fédérale

L’Assemblée fédérale dispose de l'Armée fédérale, chi 3 : l'Assemblée fédérale nomme le Général commandant en chef, mais

b) “Le Général exerce le commandement suprême de l’'armée dans les limites des instructions du Conseil fédéral.”

c) ordre de remplacement : le plus ancien des commandants de Corps et si celui-ci pas disponible, le chef de l'EMG et l'Assemblée fédérale devant nommer un nouveau général. 

Avant Guisan :

p. 48 

Dufour : “personnalité remarquable”; “caractère attachant”; of de génie; élève de Polytechnique Paris; Ecole de génie à Metz; commandeur Légion d'honneur; campagne de France : 1813-14; démission 1817; retour en Suisse : ingénieur cantonal à Genève;

Modification des grands quais de la ville, création de l'Ecole militaire de Thoune; Louis-Napoléon comme élève; 1832 : carte topo; commandant des milices genevoises;

Général :

1847 :  dissoudre le Sonderbund

1849 : maintien de la neutralité face aux insurgés badois

1857 : défense de la ligne du Rhin (affaire Neuchâtel; Prusse)

1859 : guerre d'Italie

p.49 

Herzog : Argovien, études à Genève (sciences naturelles, math.); artilleur (campagne du Sonderbund); cdt art de div 1856-57; col fédéral 1860; inspecteur art;

19 juillet 1870 : Général

5 div pour couverture frontières

chef d’arme organisation 1874

p.50 

Wille : La Sagne (NE), né à Hambourg; Dr en philo; instructeur art à Thoune; étudie les méthode prussiennes à Berlin; réformes marquantes armée suisse : instruction des recrues par of de troupe, changement esprit de milice / esprit militaire

p.51 Guisan

a) troupes frontières 28-29 août 1939

b) mobilisation armée 2 septembre 1939

c) nomination du Général par l'Assemblée fédérale: le 30 août 1939 à 17.00.

p. 52-53 

texte de prestation de serment + paroles d'accompagnement.

p.58 a) alors que cdt 1er Corps d’armée, nommé successeur remplaçant : col Petitpierre pour mob

b) 31 août : organisation d’un EM provisoire

c) 1er septembre séance avec Conseil fédéral

d) 2 septembre à Fribourg : remise acte de cdmt à Petitpierre

p.54 a) successeur : col div Lardelli sera nommé au 1er CA

b) question délicate de mutations en cascade, car successions de changements = proposition “inspecteur d’armée”

p.55 la question d'un inspecteur d'armée

p. 56 a) Général dispose du Service de l'Etat-Major Général

b) recherche d'un adjudant, d'un officier d'ordonnance, d'un secrétaire, d’'un chauffeur

p.57 a) constitution d’un Etat-Major personnel du Général

b) pas prévue dans l’organisation militaire !

c) regards voulus en plus des questions militaires: 1) sécurité du pays; 2) économie du pays; 3) moral du pays.

    Assurer des contacts avec : 1) gouvernements cantonaux; 2) syndics; . 3) organisations économiques

Donc : EM personnel

d) 1er chef EM Guisan : lt-col Gonard

p.58 a) contestations de militaires, selon certains :

EM personnel = écran entre subordonnés et Général

b) récusation de Guisan : le chef EMG avait des contacts directs avec lui à : A) Spiez; B) Gümligen, Interlaken, Jegenstorf

c) séparation géographique chef EMG et Général : en cas de bombardements, éviter concentration des organes de cdmt.

d) nécessité d’avoir des officiers pour contacts civils; un général ne peut pas être “détaché” des “problèmes sociaux du pays”

p. 59 a) rôle de contact : possibilité de se préoccuper du moral du peuple

b) nécessité d'avoir différents regards sur de multiples dossiers (ainsi préparés et résumés, pour faciliter la décision)

c) divergences de point de vue avec chef EMG Huber “du choc des idées jaillit…”

Quatrième entretien : Activités du cdt en chef

p.60 Pourquoi cdmt + cdt hors de Berne :

a) présence étrangère à l'armée au Bellevue (hôtel à Berne, proche du Palais fédéral)

b) tranquillité d’esprit

c) Guisan aime la campagne

p. 61 1) cdmt Hôtel Spiez : trop exposé aux bombardements; cdt en 1 petit chalet : isolé

2) EM A : 3350 Langnau et cdt + EM pers : 3073 Gümligen; distance 20 km; 20' min en vhc; jusqu’au printemps 1941

3) raison “devant le Réduit", transfert à 3800 Interlaken qui appartient au Réduit; avec tout l’EM A, car hôtels dispersés; jusqu'en 1944 (débarquement allié Normandie)

p. 62 4) 3303 Jegenstorf : mi-chemin BE-SO; 15 km de BE et EM A Berthoud

4 stationnements répondant à 4 situations différentes

a) train de cdmt : composition détaillée; auto : voiture découverte !

p.63 a) Guisan - chauffeur : sof Burnens + 1 adjoint (pendant 6 ans)

b) avion mis à disposition - Belp, Interlaken

c) nécessité d’attribuer un avion au cdt en chef (de préférence, un Fieseler-Storch)

d) garde du PC : de la cp EM (-)  par 1 section ! ; les autres à l'instruction.

p.64 a) rythme : 1 jour au PC;1 jour à la troupe;

b) troupe à l'instruction; inspections, visites aux cdt CA, div, rgt;

c) recherche d’une unité dans l’instruction;

d) consultation des OJ (ordres du jour) : si intérêt, le cdt y va !

Processus pour décisions stratégiques :

A) renseignements - appréciation situation

B) conférences : | chef EM A, || CA

situation militaire : fournie par chef EM A, selon rapports service rens à son ordre

exposé situation : par chef EM A, en présence chef S rens, chef sct op.

p.65 a) chef sct op : effectifs de nos troupes, état; dispo; degré  d’instruction

b) effectifs très variables /jusqu’à -50 % : en faveur de l’économie du pays

c) plan Wahlen

d) apprécié et populaire : o du jour et o d’armée

     moral de la troupe : fêtes et situations particulières

p.66 a) mode de rédaction : cdt : rédige notes et petites fiches; ensuite, remises au chef EM personnel; Premier : col Gonard; dès juin 40 : Barbey; ensuite discussion commune, rédaction finale.

b) Justice militaire, fonction de l'Auditeur en chef de l’armée :

1) droit peine disciplinaire : 20 jours arrêts rigueur

2) recours contre punitions disciplinaires données par sub directs

3) droit de dégradation d’un officier : CP militaire

4) recours si retrait cdmt sof

5) engagement de l’autorité judiciaire civile contre militaire en service; 7'000 cas à trancher

p.67 c) droits de grâce : 5’000

- préavis d’un juriste - préavis Auditeur en chef;

1) droit de grâce pour condamnation à mort : Assemblée fédérale

2) accord d’audiences au subordonné : - particulière - collective; nomination, avancement, retrait de cdmt

p.68 1) volonté de voir le chef à la troupe par le cdt

2) fautes ou failles d’instruction : discussions directes avec responsables; objectif : uniformiser instruction.

3) questions limites de secteur (Righi) (voir Barbey)

4) exercices stratégiques organisés par cdt

p.69 photos : saboteur D; paquet explosifs

p.70 photos : juin 40 : internement, sdt français; “roulante”

p. 71 Exercice stratégique

- exercice à double action

- jeu de guerre

- sur cartes, sans troupe : - parti CH Bleu - parti adverse Rouge

 - thème (le +probable sur CH)

Objectifs :

- réflexions sur mesures à prendre dans chaque cas de figure *

- tests pour les plans d’A avec : soit modifications aux plans, soit corrections des fautes des participants *

- mise en évidence : mesures à prendre et décisions judicieuses *

p. 72 1) inspections du Cdt :

1. 1ère div, août 1940 : obstacles + emploi armes automatiques; Ormonts, région Château d'Oex : défense de la Tine et défense antichars (selon crainte des blindés engagés dans la Campagne de France); entrée du réduit : facilités de défense contre  chars et avions

p. 73 2. Br mont10

3.  6ème div du col cdt C Constam : modèle de défense; importance des armes automatiques et bon usage du terrain.

2) assister aux défilés reportage radio 5.12.44 (Gafner) 2ème div à Bienne

p. 74 3) visites aux ER (Ecoles de recrues) : constat d'exagération de certains instructeurs pour le «staccato» (chaque syllabe scandée) et cdt : retour à un langage nature

4) concours : - performance physique, individuelle, sportive, surtout esprit de solidarité; - patrouille

5) manœuvres: rgt/bat instruction; mobilité de la troupe (voir Barbey); esprit d’initiative des chefs.

a) février 1942 : 7e div, expériences tirées : éviter accumulation hommes et  véhicules

p.76 b) CA septembre 1940 : attaque et défense d’un secteur réduit nouveau; risque d’espionnage

c) CA hiver 1944 : grippe faisait rage, “manœuvres hiver comme été”

p.77 d) novembre 1944 : la Wigger, avec 3 div

formé deux cdt div : Brunner et Gonard

- exercer des div combinées 

- attaque de 2 div contre 1.

Note : Il serait bon de consulter leçons conclues, selon les manœuvres réalisées en b) et d) (Archives fédérales).

Cinquième entretien : Activités du cdt en chef (suite)

p. 78 1) inspections concernant la défense proprement dite; dès 1940 : destructions planifiées, fortifications *

p. 79 2) assister entrée troupes françaises en Suisse : 45e C français avec 2e Div polonaise et 67e Div française, 2e Br de Spahis.

Région du Gothard :

a) mise à disposition d'une automotrice au cdt pour vérifier tunnels et garde

b) inspection des destructions préparées sur la ligne Gothard : retard pour l’ennemi de 1 année (sans parler des tunnels !); ennemi n'aurait jamais eu intacts les passages des Alpes

p.79 1) contrôle d’un agent rens en mission à l’étranger; visites à Bâle et en Argovie

p.80 2) travail du col br Masson : “précieux collaborateur” car cdt “toujours informé à temps”

3) atterrissage avion Luftwaffe Dübendorf; Messerschmitt 110 - 1944 et avion détruit en présence d’Allemands

p.81 Visites dans les zones frontières :

1) A) 1944 : Damvant, 1ère Armée française : véhicule français, cap blessé, avance rapide des troupes américaines, pipe-line construit pour alimenter en carburant. B) obus tombé à quelques mètres du cdt (Fahy), obus français.

2) Bâle : montée dans les silos, tours, industries de Bâle, voir combats en Alsace; hiver 44-45 : troupe à Bâle, ambiance autre car vision des combats.

p. 82 1) Tyrol autrichien : réduit allemand

2) Internés : contacts de Guisan avec général Daille, cdt du 45e Corps français; avec général Prugar, le Polonais : contacts utiles pour instruction de la troupe; Polonais : sur l'Aar, Lyss - Büren et Français : Saint-Gall

p. 83 a) Présence attachés militaires étrangers en Suisse

b) Participation à certains types d'exercice alternativement Axe et Alliés, pour démontrer préparation + instruction de l’armée suisse.

p. 84 c) Noëls: 1940 Bâle Régiment 86, compagnie du 179 et Nünningen Cie frontière 1/128

1941 Fribourg Bataillon recrues

1942 Aarberg Rgt léger 2

1943  Airolo Rgt territorial Sarine; Wassen Bat rgt thurgovien 31

1944 Bâle Rgt infanterie montagne 5

p. 85 multiples activités extra-militaires : avec autorités politiques et économiques

p. 86 contacts officiels et officieux avec Conseil fédéral; contacts avec autorités cantonales

p.87 photos : troupes de montagne : transport, bivouac

p. 88 photos : Guisan - Huber; Guisan - état-major personnel

p. 89 a) …… "Je suis très fédéraliste et partisan d'une large autonomie de nos cantons, seul moyen d'empêcher une trop grande centralisation."

b) anecdote : Appenzell, prise en charge de 2 choristes; simplicité et cordialité

p. 90 a) contacts avec de Lattre

b) "Le général de Lattre, devenu Maréchal à titre posthume, a été à l'égard de notre pays un véritable ami."

c) pour éviter les violations de frontière : Ajoie : frontière en dents de scie; pour régiment de Marocains = écusson fédéral en lieu et place de panneaux écrits.

p. 91 a) rencontre à Stein-am-Rhein (CH) en mai 1945, à Constance (D) en juin 1945

b) - contacts avec aumôniers d'armée

    - Visite aux ouvriers de Zürich (Sulzer), de Baden (Brown-overi), de Genève.

p. 92  - envoi de musiques de rgt pour concerts

  c) remerciements aux Suisses de l'étranger pour leurs dons généreux (chercher renseignements à ce sujet) 

d) importante correspondance civile (Lire choix dans "Cœur à cœur” de B. Vallotton)


p. 93 a) préoccupations des épouses

p. 94 a) envoi d'une paire de souliers 1) à un enfant et 2) à de Lattre (!)

p.95 anecdote du "Fuchs" : "Gardez père, oncle, mais rendez le cheval !"

Sixième entretien (Le service actif)

p. 96 a) Service actif : 2 septembre 1939 - 10 mai 1945

b) préparatifs de mobilisation par l'Etat-major général : rapidité 5 - 6 jours; chaque homme : habillement, équipement et armement à la maison. Pendant Service actif : munitions en plus.

p. 97 c) mise sur pied de l'armée — protection des troupes frontière

d) mobilisation sans accroc: 440'000 hommes; 18'000 véhicules

e) Ordre du jour 2 septembre 1939

p. 98 a) première relève de 385 jours

b) intentions avec 1er dispositif, citation (voix de Guisan):

“Le premier dispositif de l'armée est celui que nous appelons le dispositif de mobilisation ou mieux, d'après mobilisation. C'est un dispositif de neutralité ou d'attente. Il ne faut pas que nos voisins puissent avoir l'impression que nous mobilisons contre l'un ou l'autre d'entre eux, comme ce serait le cas si nous mettions par exemple l'armée en ligne face au nord, face à l'ouest, à l'est ou au sud. Il importe en effet de ne leur donner aucun prétexte quelconque d'intervenir chez nous.”

c) dispositif d'attente

p. 99 a) absence de plan d'opération

b) réalisation du commandant : 6 plans d'opération

Cas N : automne 1939

Cas O (3 variantes) : hiver 1939/1940; 1942 et 1944.

Cas S : 1939/1940

Cas E : 1945.

p. 100 Guisan s'accuse en tant que membre de la Commission de défense nationale (CDN), il était "persuadé que ces plans d'opérations existaient"

p. 101 a) citation du Rapport p. 6-7 (lu par Gafner) : 

“Dès le 30 août 1939, je compris que le rôle de l'armée était d'offrir à chacun des partis belligérants un obstacle suffisant pour que, ajoutant la force de l'argument militaire à celle des arguments politiques et économiques, elle décourageât tout dessein d'agression et assurât au pays une marge de sécurité aussi grande que possible. Les dispositions que je devais adopter à cet effet en les ajustant aux fluctuations incessantes de la situation extérieure d'une part, aux besoins de l'économie nationale d'autre part, furent celles-là même qui eussent permis à l'armée d'affronter l'épreuve de la guerre.”

 b) alerte de novembre 1939 : crainte française d'une offensive allemande par partie OUEST de notre pays pour contourner fortifications de Belfort.

p. 102 a) certains officiers français pensaient entrer en Suisse pour anticiper leur défense contre l'Allemagne (voir p. 116)

b) mise en évidence du "casus belli" qui mettrait la Suisse avec l'Allemagne. Elément décisif : notre neutralité militaire.

c) souvenir de Gafner novembre 1939

p. 103 Noëls

p. 104 a) Ecoles de recrues : appel des jeunes de 19 ans (décision 1939 et application 1944) motifs : études, apprentissage

b) crise des effectifs en 1944 : visites sanitaires complémentaires (dès 1939)

20 - 40 ans: + 100'000 (DCA surtout, services auto) + 100'000 (services complémentaires)

p. 105 a) services complémentaires : janvier 1940 : 250'000 hommes; fin Service actif : 285'000 hommes; 17'000 services complémentaires féminins

b) création des gardes locales (Conseil fédéral : 7 mai 1940); uniquement engagement de volontaires 

c) 100'000 hommes; 2'800 gardes locales; 530 gardes d'entreprises (avec 8'500 hommes)

d) engagements contre saboteurs, troupes aéroportées, blindées

e) renforcement de l'armement en 1940 : 2 axes : défense antichars et contre avions

p. 106 a) Armes antichars en 1939 : 835; 1945 : 5'834 

     Armes D.C.A. : en 1939: 44; 1945 : 3'639

b) constitution d'un 4ème Corps d'armée pour faciliter réalisation des dispositifs

c) mise en place de "destructions"

p. 107 a) cas de coopération : forces alliées, Wehrmacht

b) hommes suisses mobilisés : sans combattre alors que le sort de la Finlande bascule

quel moral ? excellent; quelle occupation ? travaux de fortifications, instruction.

p. 108 a) troupe occupée =  bon moral

b) indices réunis par Masson : Allemagne contre Norvège; Eloge du travail de Masson : " … il faut, une fois de plus, rendre hommage à son service et au choix qu'il avait fait de ses agents de renseignements …"

c) leçons à tirer pour une attaque surprise du territoire

p. 109 a) message du général du 18 avril 1940

b) sabotage : actes commis en avril 1940 : activation du service de contre-espionnage

p. 110 Mme et M. Guisan : bourgeois d'honneur de Mézières 

Tout ce que Guisan doit à Mézières.

Septième entretien : Alerte mai 1940; le Réduit national

p. 112 a) préoccupations militaires mai 1940 : préoccupations françaises : intox allemande fonctionne bien.

p. 113 a) erreur de Gamelin, convaincu d’une attaque allemande par la Suisse (19 divisions sont ainsi mal placées)

b) 3ème paragraphe intéressant : officier du bureau des opérations allemand : "L'importance de la Suisse ne s'accrut pour nous qu'après l'entrée en guerre de l'Italie".

c) concentration de l'attention sur Bâle : Division du Gempen (renforcée d'artillerie); plateau de Gempen domine Bâle

p. 114 a) remobilisation de l'armée : 10 mai 1940 (Allemagne contre Hollande et Belgique)

b) 450'000 hommes

c) Ordre d'armée du 11 mai 1940

p. 115 a) attaque éclair Sedan + Ardennes, 13 - 16 mai 1940 : "Jamais nous ne fûmes si près de la bataille"

b) bon fonctionnement de notre Service de renseignements Masson - Jaquillard

c) alerte du 14 mai : "Page peu glorieuse de notre histoire !" "Tous les appartements disponibles de l'Oberland bernois et de la région de Montreux avaient été retenus"

p. 116 a) officiers français de la 27e division persuadés de la prise de Bâle par les Allemands; 15 mai, à Lucelle, entrée en Suisse refusée !

b) nécessité de résister sur place, citation :

“Les expériences des plus récents combats montrent que là où quelques hommes seulement auraient pu empêcher avec succès la progression ennemie, leur défaillance a permis à l'adversaire de s'engouffrer dans la brèche ainsi créée, de l'élargir avec rapidité et de foncer. La progression journalière étonnante de certaines troupes n'a pas d'autre explication. Je répète que c'est le devoir de chacun de résister sur place, quelle que soit la situation. Tant qu'un homme aura encore une cartouche à tirer ou son arme blanche, il n'a pas le droit de se rendre. Chacun sait ainsi parfaitement ce qu'il a à faire et quel est son unique devoir : se sacrifier, s'il le faut, sur la parcelle du sol natal qui lui a été confiée.”

c) la percée des Ardennes a évité la guerre à notre pays

p. 117 a) "La configuration de notre terrain nous donne des avantages  qui n'existent pas en Belgique, en Hollande, ni dans le nord de la France."

b) Ordre d'armée : uniquement à la troupe; Ordre du jour : troupe, presse (étrangers au courant)

c) Ordre du jour 3 juin 1940 - passages choisis

p.118 d) celui qui a eu "le plus d'écho dans le pays"

a)              1. entrée en guerre de l'Italie : 10 juin 1940

                 2. liquidation des troupes alliées encerclées près de la Manche

                 3. phase : Campagne de France

p. 119 a) bombardements des Alliés : Daillens, Genève, Renens. Il serait bon de retrouver témoins survivants.

b) violations territoire de la CH par avions alliés

c) combats de notre aviation juin 1940 : Messerschmitt abattus

d) AVIATION + DCA : SEULES UNITES ayant connu le BAPTEME DU FEU

e) saboteurs allemands + explosifs : découverts grâce à observations d'un contrôleur de train

f) réfugiés français 19 juin 1940 : internement du 45e Corps (général Daille) : 67e division, 2e division polonaise, 2e brigade Spahis. Troupes de Gamelin sur frontière suisse contournées par blindés allemands de Guderian.

p. 120 a) premiers blindés allemands 19 juin à Pontarlier

b) Armistice : 25 juin 1940

c) concentration :

OUEST : 2 corps d'armée, secteur Delle - Besançon; Guderian et Schmidt + 4 divisions blindées

NORD :  2 autres armées : List, Dollmann.

d) violentes campagnes de la presse allemande contre la Suisse; réaction de la population : armistice signée = démobilisation troupes suisses

p. 121 photos : auto + train du général: général + ouvrier d'usine

p. 122 photo : Noël à Mariahilf

p. 123 e) "A quoi bon ?" réaction générale : réponse de Guisan avec Ordre d'armée du 2 juillet "L'armistice n'est pas la paix. La guerre continue entre l'Allemagne, l'Italie et l'Angleterre." Lutter contre le défaitisme

f) 7 juillet : démobilisation; plan Wahlen; satisfaire besoins de l'économie et de la campagne

g) recherche d'un nouveau dispositif : le principe du réduit prend corps

p. 124-126 Pourquoi, qu'est-ce, comment : le Réduit

p. 126-128 Rütli + Ordre d'armée du 26 juillet.

Huitième entretien : Du 1er août 1940 au 8 novembre 1942

Période puissance de l'Axe jusqu’au débarquement allié en Afrique.

p. 130 Quelles mesures ?

2 phases A et B : Ambiance : action isolée possible - hors théâtre principal des opérations; - à but idéologique et politique plus que militaire; - troupes de l'Axe toujours aux frontières avec des effectifs à tenir en compte.

p. 131 A : être sur ses gardes d'août 1940 à avril 1941 : Suisse : une anomalie au cœur de l'Europe :

Dans un rayon de 100-200 km : 20 à 30 divisions; printemps 1941 : fortes menaces

Troupes Axe pour Balkans dans région Ulm - Munich

Troupes pour occupation de la France : plateau de Langres

Troupes pour l'Italie vers le Brenner 25 divisions !

allocution du général du 31 décembre 1940

p. 132 extraits du message

p. 132 B avril 1941 (attaque des Balkans) à juin 1941 (Russie) : soulagement pour la Suisse

p. 138 a) cependant réserve Forêt-Noire subsiste

b) grande habileté allemande dans l'art du camouflage

c) été 1942 : augmentation des concentrations de troupes allemandes

d) abandon position avancée du Réduit : avril 1941; protection des entrées du Réduit; «bouchons» de régiments combinés

e) Plan d'opérations N° 13; présentation au Conseil fédéral le 8 mai 1941; défense souple, mobile, adaptée au moment.

f) Suisse tire leçons Balkans, Russie : méthodes d'attaques sont étudiées : leçons et applications pour 1) entrées du Réduit 2) aérodromes 3) passages des Alpes.

p. 134 a) entrées Réduit : goulots et bouchons de régiments combinés

b) troupes mobilisées : moins de 50 % effectif de l'armée engagé

août 1940 : 145'000 hommes

juillet 1941:  170'000 hommes

octobre 1941: 130'000 hommes

octobre 1941 à été 1942 : - de 100'000 hommes

effectif le plus faible : juin 1942 : 70'000 hommes.

p. 135 a) période de violations aériennes : raids en haute altitude sur Milan, Turin; bombardements de Bâle, décembre 1940 et Zürich idem; Bürglen, octobre 1941: plusieurs tués et dégâts matériels importants.

Chute d'un bombardier allemand : novembre 1940

b) contacts avec représentant anglais : expliquer notre neutralité

p. 136 a) adapter l'instruction aux expériences de guerre

b) notion plus agressive de la défensive

c) lutter contre la «mentalité béton» au profit de la contre-attaque, le contre-assaut et la patrouille

Note Antoine Schülé : consulter les brochures «Expériences de guerre» et 3 titres particulièrement : - défense antichars; - défense agressive; - défense à outrance dans l'encerclement. Objectifs : travailler au plus près de la réalité.

p. 136 Guisan : "On à souvent trop tendance chez nous à sauter de l'autre côté de la selle, en voulant trop bien faire"

p. 137 a) juillet 1942 : "Directives sur instruction infanterie"

b) privilégier le terrain à la caserne

c) entraînements poussés; risque : contamination des prés par fumigènes à Uri (été 1940; empoisonnement de bétail) = plusieurs milliers de bêtes abattues et 5 à 7 millions d'indemnités.

p. 138 a) certains officiers sensibles à l'Axe; enquêtes d'armée mai - juin 1940: 100 officiers frontistes; 7 contrôlés plus à fond.

b) 20 septembre 1941 : bourgeoisie d'honneur à Pully.

p. 139 photo : Guisan discute avec 2 soldats

p. 140 photo : défilé à Lausanne

p. 141 création d'"Armée et Foyer"

p. 142 nécessité de "renforcer" le moral des soldats, du peuple

p. 143 nécessité d'une information objective sur les questions essentielles tout en ménageant les secrets - ou les silences  nécessaires à notre défense.

p. 144 650e anniversaire Confédération : août 1941

p. 145 un soldat = une vie = une famille

Neuvième entretien - 8 novembre 1942 - 6 juin 1944

p. 146 souvenir du 8 novembre 1942 du débarquement allié Afrique du Nord au débarquement allié Normandie.

p. 147 Renversement de situation militaire

p. 148 a) notre pays reprend son intérêt militaire face aux retraits des Forces de l'Axe : utiles points de passage

b) novembre 1942 : l'accès à la Méditerranée est fermé !

c) appréciation situation 6 janvier 1943

p. 149 Février 1943

a) troupes mobilisées sur les points stratégiques sur |les ouvrages préparés à la destruction

b) deux lignes Masson à Berlin, dont Viking : le cas suisse préoccupe l'OKW; nos préparatifs intéressent rassurent les Allemands; le passage des Alpes prend une importance prépondérante

p. 150 a) nos ouvrages préparés à la destruction ont dissuadé toute attaque

b) entrevue avec Schellenberg (général SS au service de renseignements politiques allemand)

c) "Schellenberg agissait en véritable ami de notre pays"

d) craintes du Führer quant au passage des Alliés par la Suisse.

p. 151 Discussions Schellenberg - Guisan

p. 152 a) 18 mars 1943, nervosité : - état-major allemand;  - presse; - mobilisation de troupes en Allemagne du sud

b) ligne du Brenner bombardée jour et nuit par Anglais

c) Menace précise : général Dietl (celui de la campagne de Norvège),  spécialiste de la guerre en montagne, à Munich, préparatifs pour “opération suisse”;  détachements  de parachutistes et troupes motorisées ), avec pour objectif forcer les entrées du Réduit.

p. 153 a) Mesures d'urgence

“Ces deux rapports, et le contrôle incessant de notre Service de renseignements, nous permirent de prendre toute une série de mesures de sécurité, telles que : occupation des P.C. de guerre, réduction des congés, préparation de la mobilisation de guerre, rappel des brigades frontières, soi-disant pour des exercices, etc., etc. Mais nous ne primes aucune mesure générale, partant de l'idée que si "l'opération . suisse" était décidée, nous le saurions à temps. C'était l'économie d'une nouvelle mobilisation générale, mais peut-être aussi le plus gros risque que nous primes de toute la guerre. D'autre part, les entrées du Réduit étaient barrées par des régiments combinés et les compagnies de garde des ouvrages étaient sur pied d'alerte.”

b) divergences allemandes quant à opération suisse

c) 27 mars : "Fall Schweiz abgeblasen"

d) menaces de faire sauter les tunnels ont dissuadé les Allemands

p. 154 a) réfugiés du front sud à la chute de Mussolini, en Valais,  au Tessin

b) nombreux plans sont étudiés

c) coup de main de l'Axe sur Hongrie,  20 mars 1944

p..155 a) incident d'atterrissage d'un nouveau Messerschmitt 110 (équipé pour vol de nuit)

b) destruction assurée par la Suisse en échange de 12 Messerschmitt 109

p. 156 a) réserves des magasins d'armée

b) les militaires ont moins souffert des restrictions  alimentaires que la population

p. 157 a) préférence du général pour la tunique à col rabattu

b) service postal

c) malades à la troupe : 4 à 6 % des effectifs mis sur pied

p. 158 a) militaires morts en mobilisation : + ou - 4'000 dont 968 accidents (armes à feu, noyades, circulation, aviation, montagne, suicides); environ 3'000 cas de maladie (cœur, poumons, tumeurs)

b) roulement des congés

p. 159 promotion de Sempach (28 décembre 1943)

Dixième entretienAprès Normandie

p. 161 (2ème paragraphe) : a)  situation de la Suisse face au débarquement . de Normandie

p. 162 b) mesures prises : renforcement de mobilisation s'impose

c) refus du Conseil fédéral : acceptation d'une mobilisation uniquement pour brigades légères, aviation, DCA.

d) nouvelle demande au Conseil fédéral (1 exemplaire pour chacun des conseillers fédéraux)

e) accord pour troupes frontières (mobilisation par carte postale - plus longue ainsi)

p. 163 a) vision militaire diverge vision politique

b) euphorie dangereuse en Suisse, alors que 30 divisions allemandes sont autour du pays

p. 164 c) ordre du jour de Guisan rappelle la situation exacte

d) que va faire l'armée allemande du général Blaskowitz sur front sud ?

p. 165 a) situation très dangereuse pour la Suisse

b) 220'000 hommes mobilisés

p. 166 apprentissage pour nos troupes de la défensive en montagne: bonnes expériences

p. 167 a) garder une souplesse d'esprit

b) septembre 1944 : des troupes se battent à nos frontières

c) bombardements américains : gares, trains, - gare de Delémont : un train de ligne Soleure - Moutier direct Zürich - Bâle (à Pratteln),  Morgins, postes frontières

p. 168 a) déplacement de nos troupes à mi-septembre 1944 (en fonction avance alliée et armée Blaskowitz)

p. 169 a) précisions sur renforcements pris

b) bons contacts avec de Lattre, Béthouart : situation novembre 1944 (dernier paragraphe)

p. 170 a) 22 février 1945 : 11 bombardements pour 18 morts et 50 blessés à Stein-am-Rhein, Ruf

      4 mars 1945 : Zürich, Bâle bombardés : nombreux morts et blessés

b) promotion des Rangiers

c) observateurs militaires suisses à l’étranger :

Montfort 1940 — front français

Nager — front finlandais

Montmollin 1944 — 7e armée américaine, Alsace

Corbat + 10 officiers CH février 1945 — front d'Alsace

Rihner + 10 officiers CH — offensive Rhin-Danube

p. 171 René Payot (lien Guisan - de Lattre)

p. 173 photo : Guisan - Sempach promotion; Idem  - 1er août

p. 174 emblème Suisse + franchissement français du Rhin

Onzième entretien (Le Commandant en chef dépose sa charge)-

p. 176 Moyenne durée du Service actif :

bat inf élite :  828 jours

Landwehr :  652 jours

bat ter : 452 jours

Gr art, bat 6, troupes légères, aviation : 700 - 750 jours

p. 176-177 grand développement de notre aviation

p. 172 espionnage en Suisse : politique et militaire;  Suisses engagés soit pour raisons idéologiques, soit pour raisons pécuniaires.

p. 178 questionnaire allemand

p. 179 Espionnage : tribunaux militaires, jusqu'en 1945 :  19 condamnations à mort (14 Suisses, 1 Allemand, 3 Liechtensteinois, 1Français); 33 condamnations détention perpétuelle; 203 condamnations réclusion; 11’500 enquêtes ouvertes.

p. 180 contacts Guisan - de Lattre (anecdote du réveil)

p. 181 témoignage de reconnaissance à de Lattre

p. 182 démission du général

p. 183 remerciements de l'Assemblée fédérale

p. 184-185 cérémonie de l'hommage aux drapeaux

p. 189 fin du Service actif ( beau texte 2e para.)

p. 189 exposition des drapeaux (scène mère - garçon : père mort en - mob)

p. 190 appel à la vigilance :

“ Enfin, les courants, les forces qui s'attaqueront, à travers le monde et dans notre pays, à la valeur que vous représentez, affecteront des formes diverses, mais également redoutables. On vous en voudra de ce que vous êtes, de ce que vous faites, de ce que vous pouvez, et en même temps - paradoxe ou injustice - de ce que vous n'êtes pas, de ce que vous ne faites pas, de ce que vous ne pouvez pas.”

p. 191 photos : Jegenstorf / Guisan - de Lattre

p. 192 idem :" Guisan - Minger / Gafner - Guisan

p.193 quitter l'esprit de caserne

Douzième entretien  (Au lendemain du service actif)

p. 196 a) rédaction du rapport

b) conférences

p. 197 a) présidence du Don National Suisse - membre direction de la Croix-Rouge Suisse - Comité international de la Croix-Rouge - "Fonds de secours du Général"

b) retour à la terre : bêche, pioche

c) "Fondation Général Guisan"

p. 198 création de la Fondation Général Guisan

p. 199 voyages

p. 200-201 paroles à l'Université de Lausanne aux étudiants

p. 202 le général Duffour (ancien commandant de l'Ecole supérieure de guerre de Paris)

p. 206 (dernier paragraphe) : paroles aux jeunes.

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Vous trouverez d’autres articles en consultant la bibliographie du site  antoineschulehistoire.blogspot.com 

Thèmes traités : Histoire médiévale et contemporaine; Histoire de la guerre et de la sécurité (de l’antiquité à nos jours); Géopolitique; Histoire de la vallée de la Cèze (Gard, France); Littérature; Poésie; Spiritualité (chrétienne et autres); Maurice Zundel. 

Pays traités plus spécialement : Suisse, France, Allemagne, Europe.

Lien : 

https://antoineschulehistoire.blogspot.com/2024/04/bibliographie-du-blog-antone-schule.html


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jeudi 18 juin 2026

Document de 1862 : reconnaissance pour la défense du défilé de Chillon (Suisse, le Léman)

 Document 1862 : Défense du défilé de Chillon

présenté par Antoine Schülé.


Plusieurs articles de mon blog (Léman et la guerre, Défense ouest de la Suisse, Neutralisation de la Savoie, Plan suisse et français de défense de la Savoie) ont suscité des demandes de mes lecteurs. Principalement, deux secteurs géographiques suscitent vos questions ou le désir d’en savoir plus : Chillon et Saint-Maurice. Ancien officier d’infanterie des troupes de forteresse, je souhaite vous répondre par un nouvel article sur ce blog, en me basant sur un document de 1862 qui révèle une analyse géographique et militaire du défilé de Chillon. Pour Saint-Maurice et Dailly, je vous réserve un autre article ultérieur.

Chillon est une modèle défensif sur le temps long, car depuis le Moyen Age jusqu'à la Seconde guerre mondiale, ce site a connu de multiples extensions, en raison de sa position stratégique.

Trop souvent, un château est apprécié uniquement pour sa beauté esthétique, ses caractéristiques architecturales, le prestige de ses possesseurs. Par contre, il s’oublie trop facilement que l’implantation d’un château-fort s’inscrit dans une défense territoriale qu’il convient d’apprécier. L’idéal serait de se rendre sur le terrain et constater par soi-même la pertinence ou la non-pertinence des conclusions tirées des observations établies par des hommes de guerre. Actuellement, nous avons l’avantage d’avoir des vidéos sur les zones concernées et je vous invite à les rechercher sur Internet. Ce type d’analyse militaire ne repose pas sur une croyance, mais sur un constat visuel précis. Un exemple pratique me paraît préférable à toute théorisation et c’est la raison pour laquelle je vous livre le document qui suit. Il représente aussi une illustration de ce qu'est la géographie militaire.

En 1862, E. Cuénod (Premier sous-lieutenant du Génie fédéral) a établi un rapport de reconnaissance, riche en informations aussi bien pour un officier de nos jours que pour un curieux de géographie militaire : analyse du terrain, choix de positions d’artillerie avec croisements des feux et travaux de génie pour l’implantation de batteries.

Une fois de plus, je vous invite à lire cet article avec une carte, pour ce sujet celle au 25 000 serait préférable. Il s’agit d’un document manuscrit (dont on remarque la beauté calligraphique) avec des plans fort précis (voir le cliché).




Archives fédérales (Berne), Fonds E27 N° vol : 12 775



Rapport spécial sur la défense du défilé de Chillon


Deux défilés sur la route du Simplon 1° Saint-Saphorin 2° Chillon.

Entre Lausanne et Villeneuve, la route du Simplon longeant le bord du lac Léman au pied de monts escarpés, forme deux défilés.

Le premier de ces défilés s’étend entre Cully et les Gonettes sur une longueur d’environ une lieue. Il est formé à gauche par les escarpements du Jorat, à droite par le lac, dont les eaux viennent battre en plus d’un endroit les murs de soutènement de la route. Le seconde défilé se trouve entre la colline des Bassets et Villeneuve. Il a une lieue et demie de longueur; les montagnes élevées qui le dominent ne permettent pas de le tourner aussi facilement que le premier. C’est aux abords du château de Chillon qu’il est le plus resserré; en cet endroit, comme on le verra plus loin, il n’y a place entre la montagne et le lac que pour la route et le chemin de fer.


Moyens de tourner le défilé de St. Saphorin

Le premier défilé, que j’appellerai défilé de St. Saphorin, du nom du village qui occupe à-peu-près le centre, peut être tourné de deux manières :

1° Par le chemin montueux, il est vrai, mais praticable à toutes les armes, qui de Cully conduit par Epesses à Chexbres où l’on rejoint la route cantonale de Moudon à Vevey.

2° En prenant dès Lausanne la route de 2eme classe qui se dirige sur Oron et rejoint aux Cornes-de-Cerf la susdite route cantonale, d’où l’on redescend sur Chexbres et Vevey.


Sa défense n’est pas nécessaire.

Par ces deux moyens on rejoint à une demi-lieue de Vevey la route du Simplon, le point de jonction de cette route avec celle de Moudon étant aux Gonettes, c.à.d. au débouché du défilé. Sa défense n’est donc pas nécessaire. Elle l’est d’autant moins que c’est le défilé de Chillon qui est le plus exposé à être attaqué et que dans ce cas il serait beaucoup plus probablement secouru, depuis l’intérieur de la Suisse, par Fribourg que par Lausanne. Or la route de Fribourg à Vevey atteint celle du Simplon à l’ouest de Vevey, à l’entrée de la ville et laisse par conséquent le défilé de St. Saphorin entièrement de côté.


Batteries aux Gonelles et à l’Arabie

Mais si le défilé lui-même n’est que d’une faible importance, son débouché, voisin de ceux des routes de Fribourg et de Moudon, en a beaucoup. Je proposerai donc d’user aux Gonelle des moyens de défense dont on peut se dispenser entre ce point et Cully, et d’assurer les communications entre les Gonelles et Vevey par l’établissement, dans ces deux localités, de deux batteries de côtes, armées chacune de 4 à 6 pièces de fort calibre. La première batterie serait placée aux Gonelles même, où l’on est à portée des chemins de retraite sur Chexbres et sur Corseaux. La seconde profiterait de la saillie que fait le rivage à l’embouchure de la Veveyse, au lieu dit en L’Arabie. Ces emplacements sont d’un accès facile et s’approprieraient aisément à notre but. Chaque batterie aurait deux faces, l’une tirant au large, l’autre croisant ses feux avec la face correspondante de la batterie voisine, serait à même de tenir l’ennemi à 2 kilomètres environ de la route.


Description des rives entre Vevey et Villeneuve Examinons maintenant la côte et les moyens de communication entre Vevey et Villeneuve :

Sur ce parcours le rivage présente une série de promontoires. D’abord ceux de la Pointe de Peilz et des Bassets, puis ceux que forment les cônes d’éboulement des quatre torrents suivants: la Baye de Clarens, la Baye de Montreux, la Veraye et la Tinière.


Communications entre Vevey et la Baye de Clarens

De Vevey à la Baie de Clarens, le pays quoique fort accidenté, est cependant assez ouvert pour offrir, dans la direction de Montreux et de Villeneuve, un certain nombre de chemins. Ce sont :

1° La route du Simplon, peu exposée jusqu’à Merlet, mais qui depuis cet endroit est en défilé jusqu’au-delà des Bassets, à quelques cent pas de la Baie de Clarens. Ce petit défilé des Bassets peut être aisément tourné par

2° le chemin qui de Merlet va traverser la Baie de Clarens sur le Pont de Tavel. Ce chemin complètement à couvert est praticable à toutes les armes.

3° le chemin de fer, assez éloigné et élevé au-dessus du lac pour n’avoir que peu à redouter d’une flottille ennemie.

4° le chemin de la Tour de Peilz à Tavel par Burier.

5° Celui de la Tour à Chailly par la Doge, qui rejoint le précédent non loin du sus-dit pont de Tavel.

Ces derniers chemins sont plus longs que la route mais complètement hors de la vue et d’un ennemi qui occuperait le lac et, de plus, capables de suppléer à la grande route. Enfin, ils sont rejoints, à ce même hameau de Tavel, par le chemin qui depuis Châtel-St-Denis passe sur la rive gauche de la Veveyse, longe le pied des Pleïades et se dirige depuis la Chiésaz (St Légier) par Chailly sur Clarens.


Pas de travaux de défense entre Vevey et la Baie de Clarens

Il résulte de là: que non seulement le défilé du Bassets, mais toute la portion de route entre Vevey et la Baie de Clarens peuvent être tournés, qu’il serait par conséquent inutile d’y faire des travaux pour la défense des côtes, qu’enfin ce n’est qu’aux abords du village de Clarens que commence le défilé de Chillon.


Communications entre Clarens (Tavel) et Villeneuve

Les voies de communication depuis cette localité dans la direction de Villeneuve deviennent de moins en moins nombreuses et faciles. Outre la grande route, assez exposée en certains points où elle s’abaisse jusqu’au niveau du lac, et le chemin de fer qui ne commence à l’être qu’au-dessous de Veytaux, il n’y a qu’un seul chemin par lequel on pourrait éviter le bord du lac. C’est celui qui depuis Tavel conduit à Montreux par le Haut de Vernex (Vuarennes). A Montreux il se bifurque: un rayon récemment construit va rejoindre la route du Simplon vers le Passage à niveau du cimetière de cette paroisse tandis que l’autre branche passant par Collonge va à Veytaux pour de là se confondre près de Chillon avec la route qui depuis ici, comme nous l’avons dit, est avec le chemin de fer le seul passage par terre qui conduise à Villeneuve. Le seul moyen de tourner ce défilé serait de prendre les sentiers longs et difficiles de Jaman, de l’Hongrin et du col de Chaux, moyen que nous ne discuterons pas.


Les mesures défensives s’étendront sur la partie de côtes comprise entre Clarens et les environs de Villeneuve.

C’est donc sur cette portion du défilé que nous concentrerons nos forces, non seulement parce que c’est le seul passage praticable, mais aussi parce que c’est là que la route et le chemin de fer sont le plus exposés, vu leur peu de hauteur au-dessus du lac. En outre, comme le chemin de Tavel à Veytaux, par la hauteur, est trop étroit pour satisfaire à tous les besoins de la circulation, il importe de nous le conserver dès le village de Clarens, par la grande route, en établissant une batterie à Clarens même, point d’ailleurs fort important comme débouché de tous les chemins qui depuis Vevey viennent aboutir au Pont de Tavel et de là rejoindre la grande route.


Conditions pour le choix d’emplacements de batteries de côtes.

Les lignes qui suivent donneront le résultat de l’examen que j’ai fait de cette portion de côtes au point de vue de l’établissement de batteries. J’ai choisi les emplacements les plus favorables tant par leur position avancée que par la configuration du sol, la facilité d’accès et leur position réciproque. Je me suis placé aussi bas que possible pour faciliter le tir à ricochet, tout en restant hors des atteintes des eaux du lac. Enfin j’ai compté pour déterminer les points de croisement de feux sur une protée de 1200 mètres au moins et de 2000 mètre au plus.


Positions proposées pour des batteries de côtes.

Les points saillants du rivage qui m’ont paru remplir le mieux toutes les conditions sont :

1° L’endroit appelé La Raisse, entre Clarens et l’embouchure de la baie de ce nom.

2° La pointe appelée Le Trait de Baye, formée par l’embouchure de la Baie de Montreux et située immédiatement au-dessus de ce village.

3° L’emplacement du château de Chillon (sauf la condition de hauteur).

4° La position des Grangettes, sur la seule partie non marécageuse des rives entre le bourg de Villeneuve et l’embouchure du Rhône.

Les trois autres points, des Bassets, de la Veraye et de la Tinière ou ne se prêtent pas à l’établissement de batteries ou ne sont pas nécessaires à la défense du défilé. Aux Bassets, en effet, le rivage est inabordable. A la Veraye, le terrain est trop escarpé au bord du lac et la position est plus reculée que Chillon. Enfin pur l’occupation des Grangettes, la Tinière perd beaucoup de ses avantages et est rendue inutile.

Examinons maintenant chacun des emplacements de batteries proposés.


Description des positions

Voir le levé N° 1 Batterie de Clarens (la Raisse)

L’emplacement le plus favorable est situé un peu à l’ouest du village à moitié distance entre celui-ci et l’embouchure du torrent, dans une propriété qui fait une légère saillie sur le rivage. On y arrive depuis la grande route par un chemin de 3.60 m de largeur, légèrement en pente, qui peut être considéré comme la continuation du chemin de Billardens (voir le plan) par lequel la retraite devra s’effectuer si elle se fait sur Tavel. Notre emplacement n’est qu’à 1500 mètres de distance directe de la pointe du trait de Baye et fort bien placé pour protéger tout le golfe de Vernex en croisant les feux de sa batterie avec ceux du Trait, ainsi que pour battre le lac au large. L’épaulement que l’on construirait ici devrait donc avoir deux faces, tirant dans ces deux directions et chacune d’elles devra avoir assez d’étendue pour permettre de placer en ligne les 4 pièces dont je propose d’armer cet ouvrage.

Voir le levé N° 2 Batterie du trait de Baye (Montreux)

La localité ainsi nommée est la pointe la plus prononcée de toute cette partie de la rive. Cette positon avancée offre un terrain presque horizontal, près du lac, où l’on arrive par deux bons chemins de 3 m à 3,60 m de largeur, aboutissant à la route du Simplon, éloignée du rivage environ de 150 m. Ces avantages, joints à la proximité de Chillon, c’est-à-dire de la partie la plus faible du défilé, feront d’une batterie établie en ce point l’ouvrage le plus important pour sa défense. Il devra être armé de 6 pièces au moins et avoir trois faces, l’une pour croiser devant Chillon, l’autre pour battre le large dans la direction de l’embouchure du Rhône; la troisième croiserait avec la face correspondant avec de la batterie de Clarens. L’emplacement choisi est indiqué sur le croquis; il est à peu-près à mi-distance de l’extrémité des 2 chemins d’accès, dans les vignes du bord du lac qui en sont séparées par un mur de soutènement de 1.50 m de hauteur au-dessus des eaux moyennes. On est donc à l’abri des eaux du lac et l’on a la vue découverte dans toutes les directions.

La premières des faces de la batterie du Trait tire dans la direction de celle des Grangettes. Le feu de ces deux ouvrages jouera vis-à-vis de la position de Chillon le même rôle que les flancs des deux bastions vis-à-vis de la courtine du front dont ils font partie. Mais comme les Grangettes sont à 4000 mètres du trait, les deux faces en question ne seront capables de fermer complètement l’entrée du golfe qu’à la condition que leur portée efficace atteigne 2000 mètres. Or cette distance étant le maximum de portée que j’ai admis, il est nécessaire de battre l’intervalle qui resterait libre et qui serait de 1000 mètres en supposant une portée moyenne de 1500 mètres. C’est à quoi je destine la

3° Batterie de Chillon

D’autres motifs militent encore en faveur de l’établissement d’une batterie en ce point. Comme il l’a déjà été dit, c’est là que la route et le chemin de fer sont le plus exposés, c’est là que, ce dernier surtout est le plus près du niveau du lac, par conséquent c’est aussi sur cette portion des rives que se dirigeront les coups de l’ennemi; enfin, par cette même raison, c’est de cette position que l’on pourra répondre le plus directement aux bordées de ses bateaux.

L’artillerie de Chillon occupant le fond du Golfe n’aura à tirer que dans une seule direction principale. La ligne de feu de l’épaulement sera donc simplement une ligne droite, normale au rayon qui passe à mi-distance entre le Trait et les Grangettes.

Le seul emplacement que j’ai trouvé propre à recevoir quelques pièces de canon consiste en cette plateforme située à l’ouest du château, au niveau du chemin de fer, entre celui-ci et le lac. Encore présente-t-il, outre l’inconvénient d’être à 5 m au-dessus du lac celui d’avoir le champ de tir restreint par la saillie que fait le château sur le rivage. Enfin l’on ne pourrait y mettre commodément que 4 pièces de canon en batterie. Quant à l’accès, il est facile depuis le château en suivant l’emplacement de la seconde voie du chemin de fer. Il conviendrait d’examiner s’il y aurait moyen de mettre le château lui-même en état de défense du côté du lac, en pratiquant dans ses murs des embrasures à fleur d’eau.

4° Batterie des Grangettes

Ce qui a été dit de cette position en parlant des deux précédentes, fait suffisamment ressortir son importance ainsi que le rôle qu’elle a à jouer comme second bastion de la partie de côtes comprise entre Montreux et Villeneuve. Le choix de cet emplacement a été déterminé par le fait que le terrain qui avoisine les fermes des Grangettes se trouve être le seul endroit non marécageux entre Villeneuve et les embouchures du Rhône. La batterie sera de même force que celle du trait, à laquelle elle fait pendant; elle sera donc armée de 6 pièces de canon. La longueur de chaque face sera comme à l’ouvrage de Trait de Baye, calculée de manière à ce que chacune d’elles puisse au besoin recevoir les 6 pièces. La face du milieu sera parallèle à celle du Trait qui lui correspond. A droite il y en aura une dirigée sur Chillon de manière à battre en-dedans de la ligne Trait-Grangettes et à prendre en revers toute embarcation qui aurait forcé le passage de cette ligne. Enfin en troisième face battre au large dans la direction de la pointe du Bassets.

Le feu sera très rasant, le terrain étant élevé de 1.20 m tout au plus, au-dessus des eaux moyennes. L’emplacement est à 200 m environ à l’est des deux premières maisons ou fermes, sur une saillie du rivage protégée par un reste de mur. Lorsque les eaux sont basses on y arrive directement depuis Villeneuve, à travers le marais, par un chemin qui pourrait à peu de frais être rendu praticable à l’artillerie. Dans le cas contraire il faut fire le détour par Noville. Le chemin sera en tout cas celui de la retraite sur Bex et Saint-Maurice. Aussi l’établissement d’une batterie aux Grangettes n’est-il admissible que dans la supposition où sa retraite sera assurée par un ouvrage fermé, indépendant, placé à proximité ou bien par une tête de pont à la Porte du Scex, destinés à s’opposer au passage de l’ennemi sur la rive droite du Rhône.

Il résulte de ce qui précède que l’armement des batteries de Clarens, du trait de Baye, de Chillon et des Grangettes exige un minimum de 20 pièces d’artillerie en y compreannt celles des posiitons des Gonelles et de l’Arabie (Vevey), d’une importance incontestable pour la défense de la contrée dont nous venons de nosu occuper.

Genève, le 20 mars 1862

E. Cuénod

Ier sous-lieutenant du Génie fédéral

Vu et approuvé

Genève 22 mars 1862

Le colonel fédéral Inspecteur du Génie

L. Aubert

Fin du document.

Conclusion

La stratégie est un art et la tactique un autre.


Pour tout officier, même de nos jours, l’importance d’une reconnaissance précise du terrain est soulignée par ce document. Evidemment, il me sera objecté que ce document date et, avec raison, qu’il n’est pas adapté aux armements actuels. Ce raisonnement est bon pour l’artillerie, mais pour un officier d’infanterie, il est encore utile: postes d’observation (en plus de ceux de la forteresse -même désarmée- ou du château de Chillon lui-même), positions d’armes anti-char engageables et dommageables pour des bateaux, axes à contrôler, points de barrage envisageables, axes de repli à ménager, zones à contrôler par des drones contre le sabotage des routes et du chemin de fer... tout en sachant que l’appui de l’armement nouveau existe à un niveau supérieur aussi pour la défense !


L’axe autoroutier actuel est fragile militairement avec ses piliers et ses tunnels, mais il est facile d’intégrer ce paramètre dans la réflexion.


J’y ajouterai deux éléments : les corrections actuelles des eaux du Léman à date régulière, ainsi que les variations des eaux de façon plus précise; les conditions climatiques (comme le brouillard favorable à l’attaquant), limitées cependant avec des nouveaux moyens de surveillance. En amont, la maîtrise des barrages alpins est capitale pour le Léman comme toute la vallée du Rhône.


De toute façon, il faudra toujours des hommes sur le terrain. N’oublions pas que la Suisse possède une configuration géographique très favorable à la défense pour qui sait l’utiliser judicieusement, hier comme aujourd’hui.


Antoine Schülé

La Tourette, le 31 mai 2026

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Thèmes traités : Histoire médiévale et contemporaine; Histoire de la guerre et de la sécurité (de l’antiquité à nos jours); Géopolitique; Histoire de la vallée de la Cèze (Gard, France); Littérature; Poésie; Spiritualité (chrétienne et autres); Maurice Zundel.

Pays traités plus spécialement : Suisse, France, Allemagne, Europe.

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mercredi 29 avril 2026

Le Léman et la guerre : histoire et document de 1893.

 Le Léman et la guerre

par Antoine Schülé, historien


Le Léman

Le Léman est actuellement un lac franco-suisse de 582 km² dont le 41 %, soit 239 km², appartient à la France. Son pourtour est de 156 km dont 113 km sur la rive suisse. Il se divise en trois zones dénommées: le Haut-Lac qui s’étend de Villeneuve à la transversale Lausanne-Evian; le Grand-Lac, de Lausanne-Evian à Nyon-Yvoire; le Petit-Lac, de Nyon-Yvoire à Genève.

Étymologiquement, le nom “Léman” est formé sur une racine indo-européenne “lem” signifiant “lac ”: dire le lac Léman est donc un pléonasme, favorisé par les auteurs latins, César notamment! Dès le IIe siècle, les attestations écrites sont pour ce croissant d’eau: lac de Lausanne (lacus lausonius). Au XVIe siècle, les Bernois reprennent l’expression “lac Léman”. 


Château de Chillon 

Dans l’Antiquité et même bien avant, le lac a été utilisé par les hommes. Le Musée romain de Vidy (Lausanne) nous livre quelques beaux objets qui témoignent d’antiques activités nautiques. Commençons en musique avec ce sistre employé rythmiquement pour le culte d’Isis. Cette déesse égyptienne était vénérée en tant que protectrice des marins et des ports, dans le monde romain. Une corporation de bateliers est attestée au Lousonna, au premier siècle de notre ère. L'instrument est un bronze de 21 cm.


Sur ce même site archéologique, des amphores gauloises à fond plat servaient au transport du vin. Ci-dessous, vous en avez une de 63 cm et l'autre de 85 cm, avec une capacité respectivement de 35 l et de 48 l et d’un poids à vide de 9 kg et de 15 kg. Ils sont datés du Ier au IIIe siècle après J.-C.


Possessions diverses du Moyen Âge à nos jours

Historiquement, le Léman, depuis le XIe siècle avec les comtes de Savoie, se trouvait intégré presque totalement dans ce qui est devenu plus tard le duché de Savoie, jusqu’en 1536. Les fortifications sont: Chillon, Évian, Thonon (village fortifié) et Ripaille (place forte en 1579), Morges (château de Louis de Savoie, sire de Vaud, vers 1286). Les ports principaux sont Villeneuve, Vevey, Morges et Genève. 

Le château de Chillon est une construction savoyarde du XIIIe siècle et Villeneuve, à proximité, est le port de péage. Yvoire est une place forte du XIVe siècle: Amédée V, comte de Savoie s’oppose au comte de Faucigny (famille traditionnellement attachée aux comtes de Genève); son château, élevé sur une presqu’île, domine le lac et le village est entouré de remparts. 

En 1476, lors des guerres de Bourgogne, Berne prend possession du Chablais sur la rive droite du Rhône. En 1536, le Pays de Vaud, le Chablais savoyard (entre Monthey et Thonon) et le pays de Gex sont conquis par les Bernois, après des luttes sans pitié: ainsi, plus tard, le château d’Yvoire sera incendié par les Bernois en 1591. Le Valais s’emparera du Chablais jusqu’à Thonon. Soutenu par Philippe II d’Espagne, le duc de Savoie récupère la rive sud, de Saint-Gingolph à Genève, avec le Traité de Lausanne (30 octobre 1564) où Berne garde le Pays de Vaud, en se retirant du sud du Léman et du pourtour genevois, et le Traité de Thonon (1569), où le Valais (ayant possession, depuis 1536, des bailliages d’Évian, du pays Gavot et de Saint Jean d’Aulps) se retire jusqu’à Saint-Gingolph en gardant Monthey et le Chablais valaisan actuel. 

De 1798 à 1803, le canton du Léman est l’un des cinq cantons formant la “République rhodanique”, organisée par le général français Brune en mars 1798. Le département français du Léman portait le numéro 99. Enfin 1815, les cantons de Genève, du Valais et du Pays de Vaud trouvent leurs frontières, sans oublier des corrections ultérieures données à celles-ci (Val des Dappes notamment, sans parler des zones franches). 

Quelle frontière sur le lac ? L’article 20 du Traité de Lausanne mentionne que le milieu du lac constitue la frontière. Ce qui sera confirmé en 1815. Le Traité de Turin, du 16 mars 1816, entre le Royaume de Sardaigne et Genève le confirme à nouveau: la limite se trouve “au milieu de la largeur du lac”. Sur le papier, cette frontière semble suffisamment définie, mais il lui manque des repères physiques et précis. Il faudra attendre la Convention du 25 février 1953 pour fixer une délimitation franco-suisse, basée sur les coordonnées de 7 points, selon graphique ci-dessous.

Décision de l’Assemblée fédérale du 23 décembre 1953 (BBl 1953 III 71), 

carte des 7 points pour établissement de la frontière franco-suisse sur le Léman.


Navigation commerciale et touristique

Le Léman a connu essentiellement une navigation commerciale: principalement, les transports de bois (par flottage), de pierres (provenant de la carrière de Meilleirie et servant à la construction, en belles pierres apparentes à la base de nombreux bâtiments de Lausanne, de Vevey) et de sable (dragué sur le delta du Rhône). Grains, vins, sel et fromages y transitaient aussi.

Jusqu’au XVIIIe siècle, le moyen de navigation prédominant est la Nau ou la Naue (du latin “navis”): il s’agit d’une barque à fond plat, disposant d’une voile unique carrée, sans gouvernail, mais à rames directrices. Il faut attendre le XIXe siècle, pour voir apparaître la voile triangulaire et, en même temps, le bateau à vapeur. 

Château de Chillon et bateau de transport

La construction navale locale est protégée par des corporations. Généralement les bateliers sont aussi les constructeurs. Ils produisent des bateaux pour la pêche, les bateaux marchands (à fond plat) et des bacs. Le canton de Berne a eu recours à des constructeurs hollandais.

En 1823, le “Guillaume Tell ” sera le premier vapeur suisse assurant un service régulier sur le Léman, avec une vitesse de 13 km par heure: la coque de bois est de France et la chaudière d’Angleterre. A Zurich, en 1835, l’atelier Escher, Wyss & Cie monte le premier vapeur à coque métallique le “Minerva”, construit au Angleterre et inauguré sur le lac de Zurich. En juin, 1837, l’Aigle est lancé sur le Léman: 80 chevaux, il peut atteindre une vitesse 20 km heure. De 1836 à 1914, cette entreprise a construit 300 vapeurs pour l’exportation.


De 1896 à 1927, Sulzer frères SA, entreprise établie à Winterthur, a produit 12 grands bateaux salons, pour notre lac et sa Compagnie générale de navigation (la CGN). Le Léman a encore connu deux premières: le premier bateau au diesel du monde, la “Venoge”, mis en service en 1905; en 1934, le premier diesel-électrique avec 2 roues à aubes. Je signale pour les passionnés suisses de navigation qu’en 1954, un hydroptère est entré en fonction sur le Lac Majeur.

Avant la création de quais d’embarquement, les opérations de débarquement et d’embarquement se faisaient avec des bateaux à rames.

Une concurrence partielle parfois et aussi une complémentarité en d’autres cas s’établissent avec les développements des lignes de chemin de fer: ligne Yverdon-Morges en 1855, Lausanne-Genève (Lyon) en 1858, et Lausanne-Villeneuve (et Sion) en 1861.

Dès le XXe siècle, la navigation régulière entre Evian et Lausanne permet le travail de nombreux Savoyards en cette ville.


Winkelried I

Winkelried II en rade de Genève, 2 cheminées


Le “Winkelried II ”, mis en service en 1871, mesure 60 m de long et embarque 1100 passagers. Sa vitesse était de 28,5 km par heure. Il dispose d’un pont arrière surélevé au-dessus d’un salon avec des sabords (ouvertures rectangulaires). En mars 1871, il transporta à Genève pour leur rapatriement 14 500 soldats de l’Armée française de l’Est, internés en Suisse à la fin de la guerre franco-allemande de 1870. Le 22 juillet 1873, le Conseil fédéral y reçut le shah de Perse, pour effectuer un tour du lac. 


Guerre lacustre

Face au lac et avec ses montagnes à l’horizon, le clapotis des eaux bruissant à vos oreilles, il s’oublierait facilement que cette étendue d’eau a occupé l’esprit de chefs de guerre. Cet aspect est peu connu. Je n’épuiserai pas le sujet en ces quelques lignes, mais je signale qu’une étude globale pour la Suisse lacustre serait un beau sujet de mémoire (licence ou doctorat), sans oublier en complément la flotte maritime suisse passant par le Rhin. 

Les voies d’eau de la Confédération naissante ont servi militairement surtout pour le transport de troupes, généralement avec des embarcations civiles (les chalands). L’emploi de radeaux par l’infanterie n’est pas rare. En 1375, Berne assiège le château de Nidau avec des armes de siège établies sur des barques. En 1422, le contingent lucernois de 400 à 500 hommes se rendant à Arbedo, a traversé le lac des Quatre-Cantons au moyen de 7 chalands. 

1478 Chronique bernoise de Diebold Schilling

En novembre 1440, les cantons confédérés de Schwytz (drapeau ici rouge au fond) et de Zurich(drapeau blanc et bleu) se disputèrent pour la possession de la partie supérieure du lac de Zurich (Uznach, March et Gaster), suite à la mort du comte de Toggenburg (Frédéric VII). Les Zurichois (désireux de s’assurer la route commerciale des Grison et de l’Italie) ont dû se retirer pour échapper à la poursuite des Schwitzois (voulant se ménager la seule extension territoriale qui leur était possible). Ci-dessus, vous avez l'illustration de l’expédition zurichoise devant Pfäffikon : les bateaux armés de canons (probablement des arquebuses) sont zurichois. Je doute de l’emploi de l’artillerie du vaisseau au premier plan : il faut penser au poids total de 5 canons et au recul d’un canon en cas d’emploi; 8 rameurs seulement pour diriger et propulser une telle charge! Le deuxième vaisseau est plus vraisemblable quant à son armement, mais l'absence de rameurs surprend. 

Des pays ont des côtes sur des mers ou des océans et ils doivent exercer une puissance navale sur ceux-ci. Il se trouve qu’en Suisse, il y a des lacs frontaliers dont la défense mérite notre attention. Le lac de Constance ou Bodensee et le Léman ont des frontières communes les plus longues, avec respectivement l’Allemagne au Nord et la France au Sud. Avec l’Italie, mais sur de courtes distances (étroites et transversales), nous avons le lac de Lugano et le Lac Majeur. 

En janvier 1798, les troupes françaises d’invasion (certains parlent de libération, mais ce terme est inapproprié) ont débarqué à Nyon et à Lausanne: ce qui était tactiquement intelligent pour couper l’accès d’une défense confédérale à Genève. 

Faisons un retour sur la passé, avant d’aborder le XIXe siècle. 

Savoie

Au Moyen Âge, le Léman a présenté un intérêt stratégique lors des guerres contre le Valais, lors des sièges de Genève et pour la défense de la Savoie.

Les chantiers navals étaient Villeneuve (Suisse) et Ripaille (France). 

Depuis la seconde moitié du XIIIe  siècle, les comptes du Comte de Savoie attestent l’existence d’une flottille de guerre. Elle avait pour buts de compléter la défense de son château de Chillon et de l’étroit défilé qui le jouxte, de transporter - sur tout le Léman - des troupes et des machines de siège ou des armes et d’assurer la logistique pour ses hommes d’armes. Il s’évitait des combats d’infanterie dans l’approche de son objectif, donc gain de temps, et se donnait l’effet de surprise par la rapidité de son déplacement. 

L’atelier de construction de ses galères de guerre (galea) se trouvait à Villeneuve où les deux frères Ponteys sont aidés par des Génois qui assurent la construction, le calfatage et la conduite. Le maître en construction est nommé “magister”, le capitaine de la galère “rector”. 

Deux Génois étaient présents pour les construction et réparations: ils étaient assistés de 49 hommes et de 32 charpentiers. De Pontarlier, provenaient la poix livrée en tonneaux. De Milan, les étoupes, les ferrures et les clous. Suif, cordes, outils divers et voiles sont aussi achetés. En 1316, pour deux grands galères et deux petites, 235 boulets de pierre sont taillés.

En 1286, pour la prise de Hauteville, les comptes font état de 33 matelots, de 37 rameurs (pour 36 rames), de 58 à 60 hommes d’armes (dont des archers). 

Cette flottille savoyarde comptait, à ses débuts, deux grandes galères et une petite. Elles étaient surveillées nuit et jour. La traction était fournie par des rameurs et des voiles. L’une d’entre elle était munie d’une galerie en bois (nommée “chat”) couverte de bardeaux pour protéger l’approche de remparts en cas de siège. 107 à 117 matelots étaient nécessaires pour en manœuvrer une. 

Le 16 août 1320, la flottille a ravitaillé 6137 hommes et 18 nobles portant bannières pour le siège et la destruction du château de la Tour de l’Ile à Genève.

En 1343, suite à un incendie à Villeneuve, une seule galère sur quatre échappe au feu. De 1347 à 1348, la flottille est reconstituée. 

Genève, Berne et Zurich ont développé la construction navale au XVIIe s. et XVIIIe siècle, afin de contrer cette flottille savoyarde. Berne a possédé deux galères réputées: le Grand Ours (27,20 m de long; 5.40 m de large, grand mât de 19,40 m; 32 rames à deux rameurs chacun; 8 canons; transport de 150 hommes) et le Petit Ours (20,40 de long, 4,50 m de large; 2 mâts de 18,50 m; 26 rames à 2 rameurs chacune; 8 canons; transport de 140 hommes). Genève a disposé d’une galère de 10 pièces d’artillerie et des brigantins (dont l’un était nommé Le Soleil ). Le brigantin est un vaisseau, souvent à deux mâts, bien plus petit de taille qu’une galère, plus facilement manœuvrable en raison de la voile à l’extrémité arrière du navire.

Pour la prise du château de Chillon en 1536, Berne a eu besoin de la flottille genevoise, pourtant moins forte. Cependant, de Beaufort réussit à rompre le blocus de château de Chillon, avec sa galère et en emportant toutes les valeurs et les pièces d’artillerie, sauvant ainsi une partie des avoirs savoyards. En 1600, la flottille de Savoie réfugiée à Villeneuve, composée de deux galères et de deux brigantins capables de transporter 800 hommes, se rendit aux Bernois: 1 galère, de 30 m de long et 5,80 m de large, de 40 rames, chacune à deux rameurs; 1 galère, de 29,20 m de long et de 5,50 m de large de 34 rames, chacune aussi à deux rameurs; chacune des galères à 3,20 m de profondeur; 2 brigantins, chacun avec 16 rames, à un rameur. 

Berne conservera longtemps deux galères et deux brigantins pour s’assurer le contrôle du lac. Le port militaire et commercial de Morges sera achevé en 1695. La flottille bernoise sera désarmée en 1793.

Réplique 2001 d'une galère du XVIIe s. de l' AVLLL

Document 1893 : lac Léman en guerre, planification

Sur mon blog, vous avez pu connaître un plan d’opération de la défense Ouest de la Suisse, un engagement aussi bien français que suisse sur la Savoie. Il m’a paru utile pour les passionnés de questions militaires de présenter cette étude originale sur la défense du Léman, appelé ici improprement lac de Genève.

En 1892, le Capitaine Revillod a étudié l’engagement de la marine sur le lac Léman en cas de guerre. Le Lieutenant-colonel Theodor Schaek (de Genève, chef du Nachrichten-Abteilung du Bureau d’État-major du DMF (Département militaire fédéral qui serait appelé en France Ministère de la Défense) en a établi un résumé le 10 janvier 1893. Pour les passionnés par ce sujet, il serait d’ailleurs intéressant de retrouver le rapport Revillod complet. Je vous offre ici la transcription du manuscrit Schaeck qui se trouve aux Archives fédérales sous la cote E27/12 782

Le texte qui suit ne fournit pas les tableaux récapitulatifs mentionnés. L’analyse se décompose en deux parties : le résumé d’un mémoire du capitaine Revillod et les observations, parfois critiques, comme les propositions du lieutenant-colonel Schaek. Je livre ce document sans considérations personnelles sur leurs analyses.

Vue aérienne utile

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1. Résumé du rapport du capitaine Revillod

Chapitre I : Les bateaux du lac avec les tableaux

1. Les bateaux de la Compagnie générale de navigation (CGN)

2. Les yachts de plaisance

3. Barques. Ce dernier tableau est fait d’une manière peu soignée. 

Les yachts les plus importants, à l’exception de 4, appartiennent à des étrangers principalement des Français. Les 3 meilleurs : St Frusquin, Romania et Gitane sont à des étrangers (Anglais, Russe, Français).

Les barques ont une capacité moyenne de 100 tonneaux et peuvent être fort utiles pour les transports; elles peuvent toutes être remorquées. 

Le tableau n° 4 donne la liste des ports et débarcadères, cette liste devrait être complétée et vérifiée sur le terrain. 

Chapitre II : Le personnel

a) Le personnel de la Cie générale de navigation, composé en majorité de citoyens suisses.

b) Le personnel des yachts, dont environ la moitié est de nationalité étrangère (française).

c) Le personnel des barques, dont environ les 9/10 sont de nationalité étrangère. 

Le capitaine Revillod proposant plus loin la création d’une flottille de guerre avec les bateaux de la Compagnie générale de navigation, étudie ici l’organisation du personnel nécessaire.

Il serait utile de l’augmenter, soit au moyen du personnel des yachts, soit au moyen du personnel des lacs de Thoune et de Constance. 

De plus, il prévoit pour chaque bateau un personnel militaire, composé d’un officier et d’un garde militaire de fusiliers du Landsturm. Tout ce personnel serait placé sous les ordres d’un commandant supérieur qui se trouverait aussi à bord. 

Chapitre III traite du régime des vents.

Chapitre IV: Mesures que les Français peuvent prendre pour s’emparer de la navigation du lac.

a) Retenir les bateaux à vapeur pendant leur séjour dans un port français, sous un prétexte quelconque.

b) Le personnel français de certains bateaux peut, pendant leur séjour dans les eaux françaises, au moyen d’un petit accident facilement réparable, les mettre dans l’impossibilité de continuer leur route.

c) Les Français peuvent facilement transporter par chemin des fer des torpilleurs de 3e classe. Leur lancement pourrait aussi avoir lieu rapidement. Leur vitesse est de 32 à 38 km à l’heure, mais leurs qualités rustiques sont médiocres. Grâce à ces torpilleurs les Français pourraient être en peu de temps maîtres du lac. 

Chapitre V : Avantages pour les Français à s’emparer du lac

a) Débarquement d’un corps de troupe à Vevey.

b) Débarquement de troupes à Villeneuve.

c) Assurer le flanc droit d’un corps français marchant de Genève sur Lausanne.

d) Assurer les communications et faciliter les transports de l’armée. 

En tenant le lac nous apportons de grands obstacles à la marche de l’armée française soit par la côte de Savoie, soit par la côte suisse.

Chapitre VI : Quelles sont les mesures que nous devrions prendre pour empêcher les Français à s’emparer du lac ?

A. Mesures à prendre en temps de paix

1. Draguage du port de Morges.

2. Meilleur entretien des débarcadères.

3. Construction d’un débarcadère spécial près des bains de Morges.

4. Améliorer le matériel à bord des bateaux.

5. Exiger de la Compagnie générale qu’au moins les capitaines commandant, les pilotes, les mécaniciens soient de nationalité suisse.

6. Faire donner aux pilotes les plus intelligents une instruction sur l’emploi de la boussole.

7. Faire augmenter le volume des soutes à charbon des vapeurs.

8. Organiser un service de renseignements à Grenoble, Aix-les-Bains et Lyon.

9. Instruire quelques hommes dans le service des signaux.

      B.     Mesures à prendre à la première alerte et à la déclaration de guerre.

1. Donner l’ordre à la Cie générale de ne plus laisser ses bateaux passer la nuit en territoire français.

2. Prévenir les capitaines suisses des dangers que leurs bateaux peuvent courir.

3. A la déclaration de la guerre, assurer deux ou trois vapeurs qui doivent chercher sur la côte de Savoie, toutes les embarcations, amener les unes, couler les autres.

4. Chercher à opérer un débarquement à Thonon et à Évian, évacuer le ponts de la compagnie, faire sauter le pont de chemin de fer sur la Drance.

5. S’emparer de plusieurs barques avant la déclaration de la guerre. 

6. S’emparer de plusieurs yachts étrangers.

7. Pour empêcher le transport de torpilleurs français, faire sauter le pont d’Etrembières sur l’Arve.

8. Obstruer les ports d’Évian et de Thonon.

Nous pourrions de cette manière retarder beaucoup l’occupation complète du lac par les Français.

Chapitre VII : Armement de nos vapeurs.

1. Armer le yacht (français) la Gitane comme contre-torpilleur.

2. Les bateaux à vapeur ayant une vitesse inférieure à celle des torpilleurs, il faut avoir la supériorité du nombre et constituer une flotte en armant les grands vapeurs.

L’armement aurait lieu au moyen du canon de 37 mmm ou des canons de 8,4 cm avec un affût spécial facile à établir.

Il faudrait blinder une partie de ces bateaux avec du métal ou des matelas.

Chapitre VIII : Armement des côtes

1. Batterie de côte de 4 pièces de 12 cm à Villeneuve.

2. Batteries des côtes à Vevey 2 batteries de deux pièces de 10 cm.

3. Batterie de côte à Morges.

4. Défense mobile au moyen de Landsturm.

Chapitre IX : Torpilles Emploi des torpilles pour défendre certains ports et manière de les construire.

Conclusion :

1. La possession du lac est un tel avantage pour l’armée française tentant de pénétrer en Suisse par le bassin du Rhône, que la France fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’emparer du lac.

2. Nous pouvons en luttant sur le lac retarder et gêner considérablement le mouvement de l’armée française, soit qu’elle s’avance par l’une ou l’autre des rives, soit qu’elle marche sur les deux à la fois.

3. Nous pouvons par nos batteries de côte, nos torpilles, retarder la prise de nos côtes. 

2. Observations et Propositions

Il est hors de doute que la possession du lac de Genève [sic], serait d’un grand avantage pour les Français, en leur permettant :

1. de s’opposer à la mobilisation des troupes vaudoises, en canonnant l’arsenal de Morges.

2. d’empêcher l’évacuation des ressources militaires du canton de Genève, soit par chemin de fer, soit par bateaux à vapeur.

3. d’empêcher le transport par chemin de fer des troupes genevoises.

4. d’empêcher la marche des trains et des bateaux à vapeur entre Villeneuve et Morges pour les transports de troupes de renforts dans le Bas-Valais.

5. d’empêcher la marche de nos troupes de Chessel par St Gingolph sur Thonon, dans le cas d’une occupation de la Savoie suivant les traités. 

6. De couvrir la marche des Français de Thonon par la route du lac et faciliter le passage du Rhône entre Chessel et le Bouveret.

Tous ces avantages que la France retirerait de la possession du lac sont autant de dangers pour nous. Si nous étions maîtres du lac, l’avantage que nous en retirerions serait précisément de pouvoir parer à ces dangers et d’assurer nos communications avec Genève, le Bas-Valais et la Savoie.

Quelles mesures pouvons-nous prendre pour nous assurer la possession du lac ? La seule mesure, qui à mon avis pourrait être efficace, serait le lancement sur le lac d’une canonnière, armée d’un à deux canons de 10 à 12 cm, avec quelques canons à tir rapide d’un calibre de 3,7 à 5,3 et dotée d’une vitesse aussi grande que possible.

Nous ne pouvons malheureusement pas penser prendre cette mesure, parce que je crois que, dans la situation actuelle, jamais nos Conseils ne voteraient les 300 000 à 400 000 francs nécessaires à cette acquisition.

De plus, la France, qui actuellement n’est pas très bienveillante à notre égard, pourrait considérer le lancement de cette canonnière comme un acte d’hostilité et à son tour établir sur le lac, malgré les traités, quelques canonnières ou quelques torpilleurs plus forts que celles que nous aurions mises, de sorte que nous nous retrouverions alors encore plus dans un état d’infériorité certaine.

Quant à armer, comme le propose le capitaine Revillod, plusieurs des bateaux à vapeur de la Cie générale, ce serait, quel que soit son armement, se livrer à de dangereuses illusions que de croire que ces bateaux pourraient servir contre des torpilleurs ou autres bateaux ennemis. Le premier obus qui atteindrait leur coque suffirait pour les couler; le feu de l’infanterie est aussi suffisant pour percer une partie des tôles de leurs chaudières et les mettre hors de service. Ce serait envoyé à une mort inutile, mais certaine, les hommes qui les monteraient. Ces bateaux à cause de leur faiblesse ne pourraient nous rendre aucun service dans le cas d’une déclaration de guerre; ils ne pourraient servir que, pendant la première concentration des troupes, pour faire la police du lac, mais dès que les hostilités seraient déclarées et que le lac serait occupé par des torpilleurs ennemis, il faudrait les rentrer dans leurs ports d’où ils ne devraient plus sortir. 

Les mesures à prendre pour les bateaux du lac sont les suivantes :

A. Pendant la mobilisation et aussi longtemps que nous sommes en paix avec la France :

1. Les bateaux à vapeur et les barques pourront être employés pour des transports de troupes et de matériel. Ceci est du ressort de la Section des Chemins de fer. 

2. Il faudra pour la circulation des voyageurs sur les bateaux à vapeur, les mêmes mesures que l’on prend pour la circulation des voyageurs sur les autres frontières. Ceci est en partie du ressort de la Section des chemins de fer, en partie du ressort du Commandant du détachement d’observation des frontières.

3. Il faudra interdire aux bateaux à vapeur de passer la nuit dans des ports de la côte de Savoie (section des ch. de fer)

4. Rendre les capitaines des bateaux à vapeur attentifs aux manœuvres que les bateaux français pourraient employer pour s’emparer des bateaux (commandant du dét. d’obs. des frontières).

5. Armer un ou deux bateaux de quelques fusiliers pour faire la police du lac (comm. du dét. d’obs.).

6. Interdire aux propriétaires de yachts de toucher à la côte de Savoie, et exercer une surveillance spéciale sur eux (comm. du détachement d’obs. des frontières).

7. Interdire aux propriétaires français de yachts habitant en Suisse de faire quitter à leurs bateaux leurs ports. Les rendre responsables dans le cas où ceux-ci tomberaient entre les mains des Français (comm. du dét. d’obs.).

8. Exercer une surveillance spéciale sur les barques et éventuellement interdire aux barques suisses de toucher la côte de Savoie (comm. du dét. d’obs.). 

9. Étudier quels sont les points où des batteries de côte pourraient être utilement placées (travail à faire d’avance par le bureau d’État-major) et faire établir ces batteries (comm. du dét. d’obs.).

10. Faire préparer les moyens de mise en état de défense de certains ports (torpilles, etc.) (comm. du dét. d’obs.).

B. Après la déclaration de guerre ou lorsque les hostilités auront été ouvertes.

1. Chercher à s’emparer de toutes les embarcations qui se trouvent sur la côte de Savoie; les ramener dans les eaux suisses ou les couler (comm. du dét. d’obs.). 

2. Chercher à obstruer l’entrée des ports d’Évian et de Thonon en y coulant des barques chargées de pierres, et éventuellement chercher à faire au moyen de la dynamite des brèches dans les jetées et les brise-lames de ces ports (comm. du dét. d’obs.).

3. Employer un plus grand nombre de bateaux à vapeur pour la police du lac, en donnant à leurs capitaines l’ordre d’éviter tout ce qui pourrait exposer les bateaux à l’action de l’artillerie ennemie (comm. du dét. d’obs.). 

4. Confisquer tous les yachts appartenant à des Français (comm. du dét. d’obs.). Même mesure pour les barques.

5. Ramener dans un des ports du Haut-Lac Morges, Ouchy, tous les yachts appartenant à des étrangers neutres et les soumettre à une surveillance spéciale (comm. du dét. d’obs.). Mêmes mesures pour les barques.

6. Mettre les ports en état de défense au moyen de torpilles, etc. (comm. du dét. d’obs.).

7. Établir et armer les batteries de côte (comm. du dét. d’obs.).

8. Faire surveiller avec soin toute la côte suisse au moyen du landsturm (comm. du dét. d’obs.).

9. Chercher à s’emparer, dès le début, de la gare d’Annemasse et détruire autant que possible ses installations (comm. du dét. d’obs.).

10. Chercher à faire sauter le pont de chemin de fer d’Etrembières et éventuellement aussi le viaduc du Viaison (comm. du dét. d’obs.).

Telles sont les mesures qui pourraient servir à empêcher les Français de s’emparer de la navigation du lac et de faire des débarquements sur la côte suisse; suivant les circonstances du moment, on décidera s’il faut prendre toutes ces mesures ou seulement une partie d’elles et aussi de quelle manière on pourra les modifier.

Il serait cependant utile que le Bureau d’État-major fasse faire une reconnaissance détaillée du lac pour pouvoir compléter le rapport du capitaine Revillod et déterminer quels sont les points qui se prêtent à un débarquement et quels sont ceux qui doivent être défendus par des batteries de côte.

                                                 Berne, le 10 janvier 1893  Signé : Schaeck Lt-Col

***

Mots de la fin

La défense lacustre a préoccupé les responsables de l’Armée Suisse encore au XXe siècle. Ceci est un autre sujet. Pour informations, je signale ce qui suit :

Depuis divers forts du côté suisse, des tirs d’artillerie pouvaient être engagés sur le Léman et ses rives.

Des vedettes sont utilisées par la police, la douane et l’armée, depuis 1940. En 1942, une flottille militaire est constituée de 9 patrouilleurs armés et d’environ 50 bateaux réquisitionnés. Une compagnie sera créée en 1947. En 1961, trois compagnies sont organisées pour la Suisse : Léman, Lac de Constance (Bodensee) et lacs tessinois. En 1980, il y aura 10 nouvelles unités. En 1995, cette force aura sa propre école de recrues. 

Le Léman pacifique

Une dragueuse de sable sillonne toujours le lac de l’embouchure du Rhône jusqu’à Ouchy. 

Les bateaux de la CGN assurent des liaisons quotidiennes pour les travailleurs frontaliers réguliers et pour les touristes avec la possibilité de déguster des perches du lac, arrosées d’un vin blanc sec, provenant des coteaux suisses et avec son petit goût caractéristique de pierre à fusil. 

La Suisse avec drapeau français CGN

Malheureusement, de vieilles munitions ont été liquidées (ce verbe s’impose) dans le lac. Le raisonnement économique n’est pas toujours idéal.

Munitions au fond du Léman

Les Pirates d’Ouchy entretiennent amoureusement et symboliquement la “Vaudoise”, une barque de transport à voile des années 1930. Ouchy (d’un mot gaulois olca signifiant “terre labourable”; il désigne de bonnes terres pour le plantage, donc une surface plus grande qu’un jardin) se revendique comme une commune libre depuis 1934 (renaissance d’une communauté attestée par une franchise donnée au XIIe s.) et donc à ne pas confondre avec Lausanne. Y ayant vécu mon enfance et ayant fréquenté les deux écoles (École de la Croix-d’Ouchy et l’École de la Navigation, celle-ci devenue Poste de Police) qui s’y trouvent, je peux me dire être un Oscherin (dans les années 70, on disait oscheran; il ne me manque que le passeport). De plus, j’aimais jouer près des cabanes de pêcheurs devant lesquelles pendaient leurs filets et sauter sur les barges au bord de quai (pour goûter aux frissons de l’interdit et se sentir, l’espace d’un instant, le seul maître à bord !). Le nouveau port a réduit mes images d’enfance à quelques souvenirs qu’il m’est encore agréable de me remémorer.

La Vaudoise, fierté des Pirates d'Ouchy, ancien transport à voile

Cet exposé ouvre de multiples pistes qui restent à explorer : il serait d’ailleurs utile d’établir une étude comparative avec des sources françaises, allemandes et italiennes pour les lacs cités au début de cet article. Je souhaite de bons succès à la personne qui se lancera dans cette belle aventure qu’est toute recherche en histoire. 

Antoine Schülé

La Tourette , avril 2026

Contact : antoine.schule@free.fr

Bibliographie :

Archives fédérales : cote E27/12 782Lt-Col Schaeck : Lac de Genève résumé du rapport du capitaine Revillod.

De Bonnefoux et Paris : Dictionnaire de la marine à voile. 1856. Réed. 1987. Ed de la Fontaine au Roi. Paris et Vésenaz (CH). 776 p.

Albert Naef : La flottille de guerre de Chillon aux XIIIe et XIVe siècles. Lausanne. 1904. 80 p.

Edouard Meystre, Richard Edouard Bernard et René Creux : Bateaux à vapeur du Léman. Ed. Fontainemore. Paudex (Suisse). 1976. 124 p.

Sites Internet

ww.cgn.ch

www.pirates-ouchy.ch

http://www.avll.ch 

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Vous trouverez d’autres articles en consultant la bibliographie du site antoineschulehistoire.blogspot.com

Thèmes traités : Histoire médiévale et contemporaine; Histoire de la guerre et de la sécurité (de l’antiquité à nos jours); Géopolitique; Histoire de la vallée de la Cèze (Gard, France); Littérature; Poésie; Spiritualité (chrétienne et autres); Maurice Zundel.

Pays traités plus spécialement : Suisse, France, Allemagne, Europe.

Lien :

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