lundi 23 février 2026

Introduction à la géopolitique

 Introduction à la géopolitique

par Antoine Schülé

En 2026, je publie cette conférence, donnée le 19 mai 2011, pour répondre à des demandes qui m’ont été faites, suite à deux conférences déjà publiées sur mon blog, celle sur Zbigniew Brezinski et celle sur Jordis von Lohausen. Je vous invite à lire cet article avec un bon atlas géographique ou, au minimum, avec une carte du monde. De nombreuses illustrations sont à être considérées en prenant le temps de les comprendre. 

Introduction

Le sujet de cette communication a été fixé en septembre 2010 et je ne pensais pas que les actualités de ce début d’année 2011 et de ces derniers jours (Fukushima, Ben Laden, Lybie, Tunisie, Israël, Etats-Unis) rendraient ce sujet aussi opportun, voire même nécessaire.

Pourquoi ai-je eu très tôt un intérêt certain pour la géopolitique? Ma passion pour l’histoire en est certainement la cause. L’historien réunit des faits, les évènements: cette tâche n’est pas si facile, car il faut distinguer le faux du vrai, le faux dit de bonne foi possède des accents de vérité et cela reste trompeur parfois durablement: pour des gouvernants, défendre le faux est leur seule façon de lutter contre le vrai, afin de conserver si n’est pas la confiance des électeurs, au moins un semblant de légitimité à leurs yeux. Je ne fais bien sûr aucune allusion à l’actualité. Parfois, il est dangereux, même très dangereux, de dire la vérité découverte ou connue de cette  minorité qui refuse d’être aveugle ou sourde : elle nuit à des constructions savamment préparées et avec des objectifs précis à atteindre. Le travail d’un historien s’apparente souvent à un travail de détective et, s’il n’est pas vendu à une idéologie ou acheté par une fonction officielle, il peut y avoir de bons détectives.

Mes origines françaises, suisses, allemandes et hongroises, avec de la famille aux Etats-Unis, font que je n’ai aucun parti pris pour ou contre ce que ces pays ont vécu ou vivent. Tous ces pays ont eu des pages sombres, glorieuses ou des zones grises. Une remarque critique se veut chez moi constructive et, en aucun cas, ne voudrait exprimer un anti-quelque chose ou anti-quelqu’un…  De même, il ne m’est pas possible de donner raison à une personne qui a tort très souvent sans le savoir ou, pire, qui ment effrontément et en toute conscience.

Qu’est-ce que la géopolitique ?

La planète Terre est devenue un petit village, mais avec toutes ses complexités, insoupçonnables à première vue. Lorsque vous arrivez en un lieu nouveau, normalement, vous désirez comprendre les gens et les motivations qui les animent dans leurs choix. Il existe en chaque village une géopolitique interne. Ayant étudié en France l’histoire de deux villages, La Roque sur Cèze et Saint-Gervais, en plus de quelques villes en Suisse, je peux en témoigner. Pas un village, pas une localité ne ressemble à l’autre. A chaque lieu habité, correspondent des configurations internes particulières. 

Les biens fonciers en milieu rural sont comme des territoires; les luttes des clans familiaux ou politiques n’ont rien à envier à des luttes entre Etats; oui, il y a aussi des guerres fratricides, des alliances d’intérêt, toutes temporaires qu’un évènement peut modifier un jour, pour changer encore le surlendemain en fonction des besoins du moment; il y a des pacificateurs et des belliqueux à côté de la mase des indifférents et encore de celles et ceux qui ne veulent rien savoir, les aveugles ou sourds volontaires pour, surtout, ne pas devoir décider ou choisir; il y a des luttes pour le paraître au lieu d’être tout simplement; il y a le respect ou le non respect d'autrui; inévitablement, il y a les motivations qui animent les uns et les autres soit pour, soit contre. Pour un observateur de la vie d’un village, il n’est pas tellement besoin de cartes, quoique l’étude d’un plan cadastral avec des références précises sur les propriétaires réels du foncier communal apporte bien des explications. 

Assister à un conseil municipal ou participer aux activités associatives d’une commune fournissent des indications précises pour connaître un lieu, afin de vivre soit avec des personnes choisies, soit afin de décider une nécessaire prise de distance avec des êtres foncièrement toxiques. Dans ce microcosme qu’est un village, vous reconnaissez le macrocosme qu’est la planète: une terre et des hommes, avec leurs besoins et leurs passions. Par contre pour cette planète, des cartes sont bien nécessaires pour synthétiser les multiples données qui nous permettront une analyse identique, seulement avec un changement de dimensions.

Géopolitique

Ce mot a été longtemps galvaudé, spécialement en France. L’emploi idéologique de la géopolitique a jeté un discrédit sur elle. Ce qui est aussi ridicule d’accuser le couteau de cuisine comme étant la cause du crime commis, alors que le couteau peut être un instrument utile pour la vie quotidienne ! Des mains ont tué: ce n’est pas en coupant toutes les mains que les tueries seraient supprimées ! Des mains peuvent œuvrer pour la paix, pour atteindre des objectifs dignes de l’humain et non pour satisfaire des principes inhumains.

La géopolitique est plus qu’une science, car c’est aussi une réflexion sur les données réunies, permettant d’établir une prospective: ce mot m’est important, car l’histoire comme la géopolitique ne sont pas des pratiques pour se faire plaisir, mais pour, si ce n’est pas préparer le monde demain, au moins afin de l’envisager avec réalisme, autant que faire se peut. De grandes décisions politiques ne peuvent être prises qu’en fonction de ces deux disciplines, sous peine d’agir pour le court terme sans efficacité et non dans la durée pour en cueillir les meilleurs bénéfices. 

Nous pourrions affirmer que la géopolitique est une histoire de la géographie humaine : cette formule, quelque peu lapidaire, exprime peut-être le mieux ce que je crois.

 

Critères géopilitiques

En un seul aperçu sur le cliché qui précède, j’ai tenté de figurer tous les éléments qui forment un regard géopolitique. Chaque mot pourrait faire à lui seul l’objet d’une communication en soi ! Aussi, je vous demande de bien vouloir m’excuser de pouvoir ne vous donner que quelques aperçus en 60 minutes.

A la base, nous avons les espaces géographiques et l’histoire démontre amplement des différences de développement – création d’empires ou de puissances culturelles – selon la situation géographique. L’Angleterre doit beaucoup à son insularité. Tout simplement en fonction d’un contexte géographique différent l’Autriche, sans côtes maritimes, a évolué différemment de la France, ouverte sur la Méditerranée et l’Océan Atlantique.

Porter des regards géopolitiques, c’est vouloir comprendre le monde et les hommes qui l’habitent. La géopolitique m’a permis d’assouvir mon désir de découvrir ces différentes civilisations et sociétés humaines qui évoluent avec des pages sombres et glorieuses, mais formant chacune une entité bien identifiable.

A la base, il y a des espaces, des territoires, des hommes et des populations : arrêter son attention sur ces seuls aspects, c’est faire de la géographie politique. C’est réunir des constats, des statistiques, des données. Il n’y pas de grands risques dans cette démarche : de nouveaux moyens technologiques affinent des données toujours plus précises dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit. 

La géopolitique base ses réflexions bien entendu sur des cartes et les données de la géographie politique. Mais cela ne lui suffit pas. La géopolitique englobe de nombreux paramètres qui se complètent et s’éclairent les uns et les autres: histoires, mémoires, représentations, cultures, démographie, mesures de défense, économies, projets stratégiques des Etats, diplomaties, religions, langues, zones d’influence, l’eau, les matières premières, les énergies, les rapports de forces militaires, etc.  

Les développements technologiques mettent en évidence des phénomènes propres à notre temps : la Cyberdéfense comme la Cyberguerre, la guerre de conquête de l’opinion publique prennent plus de poids, avec les nouveaux procédés d’édition, avec les journaux, la radio, la Télévision et Internet. Maintenant, nous suivons en direct des informations provenant de lieux éloignés: cela peut créer des chocs culturels (un nomade du désert découvre avec étonnement la vie d’un urbain de New York). L’Occident a une relation avec le temps qui est complètement différente de celle de l’Orient: un Afghan a tout le temps devant lui pour attendre la victoire, mais, pour l’occidental, le temps c’est de l’argent. La relation avec la mort est tout autre aussi: un Européen a une grande peur de la mort; pour un Afghan offrir sa vie pour les siens est le plus beau sacrifice qu’il puisse faire et sa famille tout en le pleurant s’en réjouit, car son nom restera dans la mémoire d’Allah pour la postérité. 

Une autre différence culturelle dont les Européens n’ont pas conscience : en France, l’Etat et la Nation ont du sens, que l’on soit d’extrême gauche ou d’extrême droite, centriste ou indifférent à la politique. Mais en Lybie, au Pakistan, au Yémen ou dans plus d’un pays du continent africain: l’Etat ou la nation, ces deux mots n’ont aucun sens: cela ressemble à des singeries occidentales ! Pourquoi ? Dans ces pays, une personne appartient à une famille, à un clan, à une tribu ou une ethnie, c’est le premier facteur d’importance. Le reste ne l’intéresse pas et, la plupart du temps, il l’ignore dans la mesure où il n’est pas directement concerné. Le deuxième facteur qui compte encore pour lui et qui lui permet de se sentir appartenir à une dimension qui lui est la plus grande: c’est la religion. 

Mais sur ce dernier facteur, ne tombons pas encore dans les facilités occidentales: nous parlons de Musulmans comme de Chrétiens, ce qui est une erreur. Mais l’Islam a de nombreux visages, il n’est pas un, comme on le croit. Il y a non seulement les Sunnites, les Chiites, mais encore de nombreuses autres variantes, comme les Chrétiens ont des Catholiques, des Protestants, des Orthodoxes, des Evangélistes (chacune de ses entités ayant encore de sous-groupes)... Le regard d’un Evangéliste ou d’un Chrétien d’Orient sur Israël  n’est pas du tout le même ! Les Musulmans ne font bien sûr parfois pas plus de distinctions à l’égard des Chrétiens que les Occidentaux en ont pour eux. L’opinion publique vit selon des clichés qui peuvent être facilement manipulés selon les circonstances: l’actualité nous le démontre.

Cette notion de tribus ou d’ethnie est capitale encore pour une autre raison: il est parfaitement inutile de vouloir leur imposer une démocratie ! Le système tribal est leur façon multiséculaire, et souvent au prix de beaucoup de sang versé, de faire vivre ensemble des minorités, certes pas toujours justes selon nos critères, mais il y a une entente construite sur un temps long. Vouloir leur imposer la démocratie, comme si ce système est la panacée universelle, est le plus sûr moyen de réveiller les plus grandes guerres civiles que ces pays n’ont peut-être pas encore connues ! Ces propos peuvent choquer  mais pourtant nous sommes là au cœur de l’analyse géopolitique que je peux faire aujourd’hui. 

La suite de ma communication abordera quelques cas concrets sans les aborder tous. Mon but est de vous donner goût à cette démarche d’analyse que vous pouvez poursuivre selon vos centres d’intérêt.  

En Europe, notre vision du monde est selon ce cliché ci-dessus: Etats-Unis à gauche, Australie à droite ; Europe au centre. Inconsciemment, cette image, certes juste, fausse notre regard sur le monde: pour progresser, observons d’autres regards.

Ce cliché, avec l’Australie à gauche et les Etats-Unis que l’on ne voit pas sur la droite, change déjà votre regard. Une meilleure carte vous mettrait en évidence les îles par contre qui parsèment cet Océan dit “Pacifique”, mais nous y reviendrons.  

Voici une vue depuis le pôle Nord qui présente un grand intérêt et je vous rends pour l’instant surtout attentif aux distances séparant les Etats-Unis avec l’Alaska notamment, et le Canada de l’URSS ou de la Russie actuelle. Les distances entre l’Europe (avec le Groënland) et l’Amérique du Nord sont aussi plus réelles que celles si évidentes du premier cliché traditionnel.

Maintenant, faisons un peu d’histoire et voyons deux géopoliticiens anglo-saxons : Mackinder et Spykman.

Parmi les différents empires, russe, autrichien, allemand, français ou des empires plus anciens, celui des Romains ou de l’Espagne, de la Chine ou de l’Empire Ottoman, j’ai retenu l’empire britannique, car les théoriciens anglo-saxons ont prédominé quant à l’emploi de la géopolitique, valable pour leur pays, mais ne s’imposant pas à d’autres. Nombreux sont ceux qui ont contré ou justifié, développé ou contesté des principes de ces théoriciens. Par exemple, je pense au géopoliticien autrichien Jordis von Lohausen qui reste la plupart du temps un inconnu, même des spécialistes et je vous invite à le découvrir par ce lien

Je vous laisse regarder cette carte qui illustre l’empire britannique avant la Première guerre mondiale. Elle est tirée de l’excellent livre de géopoliticien français Chauprade. Il a fait scandale, car il ose dire ce qu’il pense dans la République, prônant la liberté de pensée. Tout simplement, il a été suspendu de ces fonctions d’enseignant, au nom de cette “liberté chérie”, sans aucun doute ! 

Mackinder

Étudiant les conditions nécessaires au règlement d'une paix durable pendant la Première Guerre mondiale, Mackinder a achevé une théorie géopolitique, déjà exposée devant la Société royale de géographie en 1904 et lors d’une conférence intitulée «Le Pivot géographique de l'histoire». Il y soutenait que l'Asie et l'Europe de l'Est (heartland) étaient devenues le centre stratégique du monde. Il partait d’un constat: le déclin relatif de la mer comme lieu de pouvoir, par rapport à la terre, en même temps que le développement industriel et économique du Sud sibérien. Il a développé cette thèse dans son ouvrage “Democratic Ideals and Reality”, publié au début de l'année 1919, alors que se tenait la Conférence de la paix de Paris

Selon lui, l’Angleterre et les États-Unis se doivent de préserver l'équilibre entre les puissances en compétition, pour le contrôle du heartland. Il propose ainsi la création d'une série d'États indépendants entre l'Allemagne et la Russie, ces Etats tampons que nous retrouvons aujourd’hui après la chute de l’URSS. 

Ce même livre contient également des considérations, qui devaient se révéler prémonitoires, sur lanotion d'un monde unique (ce qui, normalement, ne veut pas dire uniformisé), sur le besoin d'organisations régionales regroupant les puissances mineures (nous assistons au retour des régions; certaines d'entre elles pouvant être transfrontalières et ceci est le phénomène peut-être le plus original de notre temps) et sur le fait que le chaos au sein d'une Allemagne vaincue conduirait inéluctablement à la dictature (Hitler a concrétisé cela). 

Ce livre est passé presque inaperçu en Angleterre car nul n’est prophète en son pays. Par contre, il a suscité non seulement de l’intérêt aux États-Unis, mais a constitué encore la base de sa politique internationale. 

Toutefois, il a eu une conséquence inattendue: le concept de heartland est employé dans les années 20 et 30 par le géopoliticien allemand Karl Haushofer pour affirmer le rôle décisif que pourrait prendre l’Allemagne. Ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale, Mackinder fut accusé d'avoir inspiré Hitler à travers Haushofer. C’était ignorer l’emploi que l’on fait d’un instrument d’analyse de l’analyse elle-même. Il a fallu attendre presque les années 80 pour démontrer l'absurdité de cette accusation. La théorie de MacKinder a été reconnue comme particulièrement stimulante pour comprendre la stratégie au niveau mondial.

Ayant retenu les leçons de la Grande Guerre, MacKinder souhaitait, dès 1924, la création d'une communauté atlantique, qui devint une réalité après la Seconde Guerre mondiale, avec la naissance de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (O.T.A.N.). Il est en effet persuadé que le pouvoir de l'Eurasie pouvait être compensé par celui de l'Europe et de l'Amérique du Nord, lesquelles constituent à plus d'un titre, selon lui, une «communauté de nations unies». 

L’actualité vous démontre la justesse de son analyse des années 20, je vous le rappelle: les Etats tampons entre l’Europe et la Russie car, pour les Etats-Unis, la multiplication de ces états tampons est importante et il leur importe peu que ces Etats aient des conflits entre eux ou à l’intérieur de leurs frontières artificielles (ne tenant pas en compte les peuples qui habitent depuis des siècles ces territoires), dans la mesure où cela ne gêne pas ses intérêts. Ainsi, la Turquie est un espace essentiel, car la Turquie est un Etat tampon entre la Russie et la Méditerranée. Un constat: l’Amérique du Nord entend être l’Etat dominant (force économique) et l’Europe se contente de former un groupe d’Etats dominés (où la force verbale cache ses faiblesses latentes).

Spykman

En pleine Seconde Guerre mondiale, Nicholas John Spykman (1893-1943), Américain d'origine néerlandaise, professeur de Sciences politiques, s'est efforcé de définir ce que doit être la géopolitique des États-Unis, une fois le conflit terminé. Mackinder publiait au même moment, en 1943, un article-testament sur le même thème, aux conclusions proches de celles de Spykman, mais quelle est l’originalité de cet auteur ? 

Pour Spykman, la zone pivot se trouve dans les terres du bord: le Rimland. Le Rimland est une zone intermédiaire entre le Heartland et les mers riveraines, un espace charnière, un enjeu vital entre puissances de la mer et puissances de la terre. 

Le Rimland de l'Eurasie comprend l'Europe côtière, les déserts d'Arabie et du Moyen-Orient et l'Asie des moussons. C'est bien là qu'à l'issue de la guerre aura lieu l'affrontement entre les deux vainqueurs devenus ennemis, les États-Unis et l'Union soviétique. L'Europe doit «être organisée sous la forme d'une société régionale des nations, avec les États-Unis pour membre non européen». N'est-ce pas, encore là, la préfiguration de l'Alliance atlantique ? 

En ce qui concerne la zone Asie-Pacifique, Spykman manifeste la même clairvoyance: à l'issue de la guerre, «la Chine émergera comme l'État le plus grand et le plus puissant de la région», c'est-à-dire comme l'État le plus redoutable pour l'hégémonie américaine dans cette zone. Et Spykman de conclure : «Si un équilibre de puissance en Extrême-Orient doit être maintenu dans l'avenir comme dans le présent, les États-Unis devront adopter une politique de protection du Japon tout comme celle déjà poursuivie envers la Grande-Bretagne.». Telle est bien la ligne suivie par les États-Unis depuis 1951 avec le pacte nippo-américain de sécurité, toujours reconduit. De même, depuis la fin du XXe siècle, la Chine a-t-elle été identifiée par les Etats-Unis comme la principale menace pour l'ordre mondial selon ses vues américaines et surtout pour l'ordre asiatique pouvant inquiéter la prédominance américaine... 

Maintenant, voici à nouveau le cliché de l’empire britannique qui a mis plusieurs siècles pour se créer. Il y a bel et bien une continuité dans cette volonté anglo-saxonne de dominer le monde:  elle n'est même pas cachée, mais hautement considérée en Europe! 

Obscurcir

Dans la mesure où la géopolitique étudie l’espace et le temps, elle a recours à l’histoire et à la géographie. Elle est utile pour l’étude des relations internationales, les diplomates et les décideurs politiques. Je souligne que la plupart du temps, ces derniers n’ont aucun formation géopolitique lorsqu’ils arrivent au pouvoir, mais ils apprennent vite, ainsi que les évolutions de discours d’avant et d’après campagnes électorales le démontrent. La qualité des relations internationales dépend de leurs conseillers: il y en de deux sortes, ceux qui savent et ceux qui croient savoir. Les deux sœurs cadettes de la géopolitique sont pour les militaires, la géostratégie, et pour les économistes, la géoéconomie.

La géopolitique met en évidence les facteurs incontournables d’un pays (en parlant de pays, je veux bien discerner le pays de l’Etat). Certains facteurs sont inscrits dans la durée: localisation, données orographiques, gabarit du territoire, position d’enclave ou d’exclave avec des facteurs climatiques, hydrologiques, biogéographiques, etc.). D’autres facteurs sont plus instables dans la longue durée et relèvent de la géographie humaine et de l’histoire: les ressources naturelles, les comportements démographiques à long terme, les structures politico-sociétales ou géoéconomiques.

L’histoire met en évidence les brutales perturbations que peuvent subir ces facteurs durables que je vous ai énoncés: un coup d’Etat peut, en quelques heures, faire basculer une démocratie dans le camp des dictatures, mais l’inverse est aussi possible; une intervention extérieure destinée à éradiquer des pandémies peut modifier drastiquement des données démographiques séculaires. L’exemple de Ceylan, aujourd’hui Sri Lanka, illustre bien mon propos: en 1947, le taux de mortalité était de 2,5 % ; en 1949, il est passé sous la barre des 1 % ! Pourquoi ? L’armée américaine, pour protéger les GI’s dans ses bases militaires, en cours d’installation dans le pays et face au danger communiste, avait modifié le monde rural cinghalais par une utilisation massive de DDT. Est-ce que le Sri Lanka a été indemnisé par les Etats-Unis pour cet acte ? Un avocat devrait s’y intéresser !

La discipline géopolitique est partagée entre deux tendances :

Première tendance : elle consiste à ne considérer que les tendances lourdes et, tout particulièrement, les données géographiques : par exemple, l’implantation d’un territoire dans un contexte géographique physique précis. Sous cet aspect, au XXe siècle l’importance des voies terrestres et maritimes est privilégiée. Elle considère essentiellement l’espace et ses contraintes. Ainsi, l’accès à la mer, notamment, a constitué une condition sine qua non pour l’expansion d’une nation. Le rôle tenu par la Mare Nostrum dans l’Antiquité, le mariage séculaire de l’Océan et de la puissance britannique ou encore la course à la mer d’un Pierre le Grand comme la tentative de l’URSS de se créer une voie d’accès à la mer par l’Afghanistan en témoignent. 

C’est dans ce contexte aussi qu’apparaît la place historique des détroits et des isthmes: les détroits ont un double intérêt, stratégique et économique, points d’ancrages et points d’escales, illustrés en particulier par la Sonde, le Bosphore, les Dardanelles, Gibraltar ou le Sund ; les isthmes (Corinthe, Schleswig), souvent revitalisés par la politique d’aménagement des canaux transocéaniques de la seconde moitie du XIXe siècle (Suez, Panama).

Seconde tendance : refuser d’octroyer un rôle de premier plan à ces tendances lourdes en raison de l’apparition ou de l’épanouissement de certaines variables contemporaines. Depuis un demi-siècle et l’emploi de deux bombes nucléaires par les Etats-Unis et  bien que l’argument concerne moins la géopolitique que sa sœur cadette, la géostratégie, il est à souligner que l’emploi de la force nucléaire, toujours possible au vu des nombreux Etats qui en sont détenteurs, ignore la taille d’un territoire comme sa position, la présence ou l’absence de littoraux ou d’obstacles orographiques. Ainsi, l’arme nucléaire a par exemple a diminué le rôle de l’important défenseur de la Russie, le Général Hiver.

Actuellement, la géopolitique accorde la prédominance à trois thèmes majeurs :

1) l’universalisation des facteurs économiques et idéologiques (les facteurs culturels et les religions - trop souvent instrumentalisées - n’occupent plus le premier plan, cela doit être remarqué); 

2) les séquelles (encore tenaces) du double processus historique de colonisation et de décolonisation, Moyen Orient, Afrique, Amérique du sud;

3) la multiplication des «facteurs variables»: démographie montante ou déclinante selon les Etats, les variations climatiques (fonte des pôles, montée des eaux, pénurie d’eau, catastrophes naturelles comme sécheresse et tremblements de terre, révolutions, coups d’Etat, nouveautés technologiques - qui réduisent les distances entre les hommes aussi bien pour communiquer que pour se faire la guerre -, etc.).

La situation géopolitique s’établit selon les constantes intangibles, qu’on peut appeler les «tendances lourdes» et la prise en compte des «variables contemporaines»: vous avez là, tout simplement dit, la méthodologie de la recherche en géopolitique.

La puissance d’un Etat repose sur quatre critères : économique, technologique, militaire et culturelle.

Les Etats-Unis, aux origines européennes pour la plus grande part, et il ne s’agit de ne pas l’oublier, a su de façon remarquable allier les maîtrises de la technologie, de la communication, de l’information, du commerce et de la finance pour son seul et plus grand profit. 

Avant de poursuivre, il me paraît nécessaire de distinguer différentes formes de puissance. 

Continentale Allemagne, Ancienne Russie

Maritime Angleterre, Etats-Unis, Espagne

Equilibre des empires France, Autriche

Militaire URSS, Etats-Unis

Culturelle Chine, Inde, Europe, Moyen Orient

Economique, technologique Etats-Unis, Chine, Japon

Le Français François Thual a mis en évidence l’approche historique et géographique pour établir une distinction utile entre les Etats centres et les Etats périphériques.

Ces quelques exemples illustrent bien sa théorie.

Le critère le plus pertinent est celui de l’enclavement : une tendance lourde qui pèse sur pays. La Suisse en sait quelque chose et il est probable que cet enclavement explique le fait que des cultures fort différentes aient dû s’entendre pour résister aux grandes puissances voisines. Elle s’est désenclavée au moyen de la diversité de ses engagements économiques tout le long de son histoire, du moins avant d’être enclavée dans l’Europe de Bruxelles qui veut l’enchaîner. Les campagnes militaires étaient menées d’abord pour le contrôle d’axes commerciaux vitaux: la ville de Bâle, bien avant Zurich, cette capitale économique actuelle pour la Suisse, l’a démontré. Toutefois, le désenclavement passait autrefois la plupart du temps par le besoin d’une domination territoriale: conquête, annexion, etc.

Angleterre

Avec l’exemple anglais, nous devons parler de l’insularité: la raison de ses victoires sur l’Espagne, la Hollande, la France et l’Allemagne; son contrôle des voies maritimes lui donne les alliés qu’elle choisit en fonction de ses intérêts.

Mais, dans cette Europe qui vit une amnésie historique, souvenons-nous que la possession d’îles en Méditerranée a permis que la France ne soit pas une terre musulmane. Malte (qui partage le bassin occidental de celui oriental de la Méditerranée), Sicile, Crète, Chypre, Rhodes: leur non conquête par les Arabes est cause de l’insuccès de leur tentative de conquête de l’Europe Sud.

Et il ne fait pas croire que demain, il en ira autrement, mais pour d’autres motifs. Les fonds marins, en eaux internationales ou appartenant selon des règles juridiques anciennes, éveillent des appétits : non seulement pour les zones de pêche, mais encore pour des ressources minérales ou énergétiques que des évolutions climatiques et technologiques redent exploitables. Il y aura des guerres probables pour la possession d’îles: Iles Kouriles, Malouines (Falkland), une dizaine au sud de l’Argentine, Iles entre le Japon et l’Australie, Petites Antilles sans vouloir être exhaustif.

Je vous invite à comparer les deux cartes qui suivent: 

Cliché 15

Les îles du Pacifique ont été d’une importance capitale pour les Etats-Unis. Il faut le souligner car cela n’est pas sans importance que ces îles se trouvent entre deux anciens dominions britanniques: Australie et Canada. Dans un premier temps, les Etats-Unis y ont vu un moyen militaire stratégique contre l’Angleterre (querelle fratricide en sorte) et ce n’est que plus tard que cela est devenu une nécessité géostratégique contre l’Asie, come vous pouvez le constater dans ce cliché 15.

Cliché 17

Actuellement, entre la Chine et l’Australie, il y a des îles qui vont jouer un rôle encore plus important dans l’avenir.

Je vous signale que dans cette zone de la mer d’Oman, Mer de Bengale, océan indien et Mer de Chine méridionale, nous avons les actes de piraterie les plus nombreux avec ceux de la Mer des Caraïbes et du golf de Guinée. Le cliché 17 vous donne les besoins chinois pour assurer sa sécurité. 

Le mot géopolitique n’est apparu qu’en 1900 et il est d’usage de dire que le juriste suédois Rudolf Kjellen en est l’inventeur. Il a développé en 1916 sa théorie dans un ouvrage de 1916, intitulé L’Etat comme forme de vie. Cependant depuis 1886, c’est un géographe allemand Friedrich Ratzel qui, influencé par les théories de Darwin, a pratiqué une analyse du rapport entre le territoire et la politique de manière théorique et organique. Dès 1869, Etre et devenir du monde organique, il y développe un déterminisme qui est rejeté actuellement, mais ce qu’il faut retenir ce sont ces tendances lourdes qui pèsent sur la création des Etats, l’affirmation des puissances, les dominations de tribus sur d’autres.


Ainsi, la théorisation appelée géopolitique est datée de la fin du XIXe siècle. Par contre la pratique est aussi ancienne que l’existence de l’homme ! Des analyses ont été faites par des historiens du Moyen Age qui pratiquaient de la géopolitique, comme maître Jourdain faisait de la prose sans le savoir !

Alexandre le Grand a effectué en 10 ans ce qu’une grande puissance militaire occidentale ou une coalition occidentale n’a pas réussi à faire. Il y a des solutions à trouver pour le présent dans la façon dont Alexandre le Grand a réussi à maintenir de son vivant sa puissance, comme il y a des expériences utiles à exploiter pour savoir pourquoi son empire n’a pas subsisté.  

Charlemagne a compris, sans suivre une école spéciale, sans avoir fait l’ENA, l’importance de dominer les territoires recouvrant, pour faire simple, les Pays-Bas, la France et l’Allemagne actuelles. Est-ce que l’existence de l’Emirat de Cordoue ne lui a pas été un puissant stimulant dans sa réflexion géopolitique?


La découverte de l’Amérique du Nord a été déjà fait par les Vikings en l’an 1000, mais cela avait été oublié. Ils ont découvert des terres où il y avait de la vigne : le Vinland ! Mais revenons à l’actualité géopolitique.

De nombreux conflits existent dans le monde. En parler et chacun pense à la guerre, mais il en est bien d’autres. Guerres économiques bien sûr, mais encore guerres de l’information: il devrait y avoir une “déontologie de l’information”, mais les actualités démontrent qu’il y en a plusieurs qui varient selon les pays, selon leurs cultures et selon les faits. Ces deux guerres travaillent la plupart du temps en binôme. La plupart du temps, la presse justifie la guerre économique. Autrefois, une ville était assiégée jusqu’à ce qu’elle se rende lorsqu’elle avait épuisé ses moyens de subsistance. Maintenant, des “sanctions économiques”, pour ne pas dire “blocus économique” aboutissent au même résultat, sauf qu’au lieu d’une ville, ce sont des populations qui souffrent, dans une indifférence européenne la plus totale, il faut bien le reconnaître.

Depuis 1945, le monde a connu la paix: quel mensonge et observons cette carte qui n'est pas exhaustive. 

Le nombre de victimes : vous avez là une estimation de qui varie du simple au double. 23 millions de morts, c’est l’estimation la plus basse et elle ne tient pas compte des victimes en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Des sources avancent même un total de 60 millions, mais il ne s’agit pas d’ouvrir une querelle d’experts. Tout au plus, ces chiffres tragiques nous rendent conscients de la nécessité de comprendre pourquoi ces tragédies humaines existent. 

Les droits de l’homme.

Savoir relativiser. Vous avez un tableau officiel. Les Etats-Unis sont en bleu mais avec Guantánamo est-ce encore réaliste, avec les guerres sans respect du droit international, sans le respect des peuples ? Avec les exécutions sans procès, hier d’un Ben Laden, demain d’un Kadhafi, ou avec un procès à la Saddam Hussein, sommes-nous encore dans des Etats de droit ? N’approchons-nous pas parfois d’une solution dont Ceausescu a été un des premiers exemples dans ce passé proche? Les spécialistes en droit international, si brillants dans leurs discours, sont bien silencieux en ces instants-là. Les donneurs de leçon de morale détournent l’attention du public sur d’autres sujets où il retrouvent toute leur verve, leur vigueur pour dénoncer l’infâmie qui leur convient !

Il y a des juridictions internationales et c’est aussi bien nécessaire qu’utile : toutefois, le droit de veto de certains Etats rend l’ONU impuissant ; la protection inconditionnelle d’un Etat ne respectant pas le droit international, comme Israël, empêche d’être crédible auprès d’autres Etats qui ne bénéficieraient pas de la protection des Etats-Unis : cela est une évidence. 

Les lois internationales proclamées n’ont pas été respectées par les Etats qui se veulent les défenseurs de ce droit international, cependant si nécessaire ! Vous trouvez même des représentants de ces Etats pour juger ceux qui n’ont pas respecté le droit international, alors que leurs Etats d’origine ne l’ont eux-mêmes pas respecté ! 

Je plains les enseignants qui doivent expliquer à leurs élèves que nous sommes dans des Etats de droit alors que c’est la loi du plus fort qui domine ! Je préfère la lucidité d’un Jean de La Fontaine nous disant «La raison du plus fort est toujours la meilleure !» face à ce que je n’hésite pas à considérer bien souvent comme des hypocrisies juridiques ! 

Rien de nouveau sous le soleil ! Dans le Cinquième livre (chap. XII, p. 434), attribué à Rabelais, Grippeminaud, parlant de son île, affirmait déjà : « [… N]os lois sont comme toiles d’araignées. […L]es petits moucherons et petits papillons y sont pris ; […] les gros taons malfaisants les rompent […] et passent à travers. ». La fiction de Rabelais devient une des réalités géopolitiques de nos jours ! 

Disant cela, je serais peut-être considéré par certains d’entre vous comme un hérétique, non cette dénomination n’a plus cours dans le pays de la laïcité, alors plutôt comme un mal pensant ou un politiquement incorrect, ce qui est la suprême injure dans les milieux dits intellectuels. Cela ne m’empêchera pas de penser ce que je dis et de dire ce que je pense. N’est-ce pas là le fondement même de la liberté qui ne doit pas être un mot vide de sens !


L’ONU existe et c’est bien. C’est une structure complexe que le grand public connaît mal et qui est figurée dans ce cliché qui précède. La question est de savoir quelle est sa force face à de grandes puissances qui permettent d'ignorer ses décisions.

Les forces déployées par l’ONU: plus de 18 missions dans le monde.

Depuis la Chute du mur de Berlin, la puissance militaire ne suffit pas: le cas de l’Afghanistan l’a démontré avec l’URSS et le démontre une nouvelle fois avec l’engagement des forces occidentales principalement. Nous assistons à de nombreuses répétitions de ce qui sera retenu par l’histoire de demain comme des exemples d’impuissance de la force armée.

L’Afghanistan est une union de tribus et l’Occident y agit comme si cela est un seul et même Etat: les tribus sont réelles et incontournables, mais l’Etats afghan est une fiction. Partant de ce principe, il serait possible d’envisager des solutions durables qui ne passent en aucun cas par des relations de force ou des démonstrations de puissance, mais par des discussions: les Orientaux aiment de longs dialogues où chacun se donne le temps de réfléchir, de discuter avec d’autres, d’écouter les anciens. Ils ne cultivent pas la dictature d’un seul homme sensé les incarner tous. Oui, il y a probablement chez eux plus de démocratie que dans des cités occidentales où certaines personnes investies d’un pouvoir, aussi modeste soit-il, sont des nains dictateurs ! 

L'eau

L’eau: sa possession est la plus grande source de guerre. Le pétrole a motivé et motive bien des interventions armées, mais l’eau sera sans aucun doute la pomme de discorde entre les peuples. 

Il convient de considérer les liens de dépendance que crée l’eau : cette carte est éloquente. Lorsque vous observerez une zone frontalière prenez la peine de vous procurer une carte orographique.


Sécheresse (Sahel), assèchement des lacs (Tchad), barrages pouvant créer des pénuries d’eau en aval (Chine), inondations, pollution, élévation du niveau des eaux de mer (côtes maritimes), fonte des glaciers (pas seulement aux pôles mais ceux en amont de fleuves importants), détournement de cours d’eau, accès à l’eau, exploitation de réserves souterraines… 

Les eaux polluées seront encore un facteur aggravant. Je pense spécialement à ces sous-marins atomiques enterrés en eau profonde et dont les effets néfastes surviendront inévitablement à l’avenir, en causant de graves dommages à la vie humaine. Il y a aussi les pollutions chimiques et industrielles en Europe et pas seulement humaines, comme pour le Gange.


Monde et l’eau : il y a des dépendances vitales. Trois aspects différents.

Israël, le Litani du Liban comme exemple.

Le Litani est un fleuve libanais, du Sud Liban, qui se jette dans la Méditerranée. Mais une carte orographique démontre que le Litani alimente pour une part les eaux des sources Nord du Jourdain: Israël s’inquiète de la façon dont le Liban peut gérer cette eau du Litani, car les sources du Jourdain pourraient tarir. L’autre source du Jourdain est le Banias qui a sa source en Syrie. La seule source du Jourdain en territoire israélien est le Dan. Voyez la consommation d’eau d’Israël et vous comprenez qu’il n’y a pas que des relations politiques qui pèsent, mais aussi des réalités géographiques !

Réchauffements climatiques


Diverses conséquences : certaines négatives et d’autres considérées comme positives cela dépend des centres d’intérêt: la vie humaine ou l’exploitation de ressources.

Voies maritimes


Prenons la peine de considérer les voies maritimes actuelles et les conséquences directes d’un réchauffement climatique qui ouvre deux nouvelles voies maritimes par le Pôle Nord.  

Sans compter, les ressources rendues plus facilement exploitables en raison de la fonte des glaces. Cet espace deviendra inévitablement un enjeu géostratégique. Voilà une grande mutation de voie navigable qui s’annonce avec le passage de Béring. Souci canadien, appétit des Etats-Unis et désirs russes: .

Les frontières.


Chacun d’entre vous a le souvenir de ces frontières du continent africain: des lignes tirées au cordeau par de bons géomètres sans aucun doute mais ne respectant ni les ethnies, ni les tribus, ni les populations: c’est un scandale inscrit dans les frontières. Il est évident que si l’on compare la façon dont l’Europe a conçu ses frontières dans la longue durée et ce qui a été imposé aux Africains, il faut s’interroger sur la crédibilité que peut accorder un Africain à ces frontières qui expriment des volontés d’anciennes puissances, mais qui n’ont aucune réalités dans leur quotidien ! L'Europe centrale est constituée d'Etats-tampons aux frontières ne correspondant à rien: Ukraine, c'est un conglomérat russe, hongrois, roumain et polonais!

En Europe, je reste déjà bien souvent songeur sur les frontières dites naturelles : connaissant bien le bassin rhénan : pour celui qui habite la rive droite du Rhin et se promène sur les hauteurs, Strasbourg fait aussi partie de son paysage ! Les populations de la rive gauche et de la rive droite commerçaient tranquillement avant que des nationalismes viennent changer les relations !   

La question des frontières est un aspect essentiel: la carte de l’Afrique démontre une méconnaissance totale des peuples, demeure une source de conflits. Actuellement, des solutions sont rendues plus difficiles en raison des richesses du sous-sol, cette Afrique qui pourrait par ses richesses être un Continent encore plus puissant que l’Inde ! 

L’Afrique a connu la conquête occidentale, mais elle connaît une nouvelle conquête à la façon chinoise. L’Occident voulait imposer sa culture et ses dépendances économiques. Les Chinois veulent s’assurer des ressources vitales : la seule raison - ou certains diront le pragmatisme - économique domine. 

Ainsi nombreux sont les pays dont les frontières ne sont pas établies et il y a là souvent un effet trompeur des cartes: Israël n’a que deux frontières établies; celles avec la Jordanie et l’Egypte (cette dernière acquise par les armes), mais les autres sur nos cartes ne sont que des lignes de cessez-le-feu. Ceci n’est pas pareil. Voilà un Etat non avec un territoire mais de désirs de territoire: il s’agit de ne pas officialiser ces désirs comme des réalités ! Une mutation de gouvernement en Egypte peut remettre en cause les accords signés. Il y a des partisans pour ceci, mais n’apparaît dans nos actualités des grands media. C’est pourtant essentiel.

Mais voyons encore le Caucase ! Il a fallu attendre des constructions ou des projets d’oléoduc pour que l’Europe s’intéresse à ces minorités ou à ces Etats qui jouxtent la Turquie, l’Iran et la Russie.


Le Nord de l’Inde : le moindre changement de rapports de puissance entre les Etats peut réveiller de nombreux conflits qui sont encore des plaies ouvertes.

Avec le projet d’incorporer le Maroc à l’Europe, l’intention est bonne sans aucun doute mais est-ce que l’Europe pourra trouver une solution à la question du Sahara occidental ?

Si la Turquie entre dans l’Europe : selon moi, la Turquie fait partie de l’Europe économique et de la défense américaine, mais comment l’Europe peut résoudre le problème des Kurdes : regardez la carte ! Si la Turquie entre dans l'Union européenne, Bruxelles héritera de tous les problèmes figurant sur cette carte, soit de plusieurs guerres pour des siècles. 

Fragmentations des Etats

Fragmentation des Etats: le cas du Soudan est le plus actuel. Le souvenir de l’esclavage arabe pèse dans les esprits du Sud qui ont gardé les mémoires de ces villages ayant alimenté ce trafic humain, contre leur volonté ! Les richesses du sous-sol compliquent les résolutions de conflits qui perdureront!

Dans le monde il y a deux phénomènes que nous vivons sans vraiment le réaliser: la fragmentation des Etats existants (Tchéquie et Slovaquie, Serbie, Croatie, etc.) et renouveau de régionalisations, plus pour des raisons économiques que politiques. 

Pour la fin de cette communication, je veux insister sur les Tribus et non les Etats ou les Puissances, ces colosses aux pieds d’agrile au regard de l’histoire. Au Yémen tout passe par les tribus : il convient de les respecter et vouloir agir sans elles, cela est vain.


Au Pakistan comme en Afghanistan, nous avons encore des tribus et les deux présidents de ces Etats n’ont pas un grand poids auprès des chefs de tribu.

Les révolutions ou rébellions.

Pour le XIXe siècle, voilà un tableau global des révolutions et il en manque comme vous le constatez vous-mêmes. Avons-nous encore en mémoire ces révolutions ? Quels changements ? A part les exemples de Gandhi, de Mandela, mais en Inde ou en Afrique du sud, de vieilles guerres civiles sont en train de renaître et cela doit nous conduire à réfléchir avec des réalités et non des fictions. Des révolutions comme des dictatures ou même des démocraties ont toute la fragilité humaine…

Les Révolutions arabes :


La presse française spécialement a fêté ces révolutions comme si elles reproduisaient 1789. Un historien reste prudent: quand la Révolution française a-t-elle abouti ? lorsque Louis XVI a été guillotiné, lors de la Terreur, lors du sacre de l’Empereur Napoléon, lors des diverses républiques que la France a connues? Oui la France a une démocratie aujourd’hui, mais à quel prix ? La démocratie vécue en Suisse ne ressemble en rien à celle vécue en France, en Angleterre ou Allemagne ou en Suède ou encore aux Etats-Unis ou en Chine! Il existe plusieurs formes de démocratie qui conviennent à l’Europe, mais qui ont mis du temps à être ce qu’elles sont maintenant. Et nous voudrions que du jour ou lendemain, la démocratie s’impose dans des pays qui en ont qu’une vague idée ou de bien mauvaises visions dans les faits en Occident ! L’Union européenne est l’illustration d’une fausse démocratie. Ses dirigeants ne respectent pas la constitution qu’elle-même s’est donnée et qui a été imposée aux peuples de certains pays: la France notamment.

Il convient de ne pas s’illusionner quant à ses révolutions arabes. Pour différentes raisons :

Il est impossible de dire qui seront les bénéficiaires de ces révolutions. Il y a des récupérations, c’est certain. Pour l’instant, il y a des conjonctures assez imprécises et variant d’un pays à l’autre: chaque pays fait sa lecture des évènements. Il y a un peu de vrai dans tout et surtout beaucoup d’imagination. Oui, il y aura des notions de démocratie dans les discours, mais, dans les faits, cela sera beaucoup moins certain. En Syrie, les minorités ont des statuts bien définis, mais, avec la démocratie, la majorité musulmane risque d’éliminer ces statuts favorables aux minoritaires et cela est valable pour tous les Chrétiens d’Orient comme d’autres minorités. 

Les dictatures sont éphémères et ont la durée de vie de la puissance du dictateur tant que sa puissance n’est pas remise en cause. Dans les phases de chaos qui suit sa disparition, tout est possible: un nouveau dictateur (probabilité en Egypte), des luttes fratricides pour le pouvoir avec des guerres civiles (probabilité pour la Syrie), une expression véritable de la démocratie mais qui peut oppresser démocratiquement des minorités (certitude pour Syrie et Egypte); des pays ingouvernables comme le Liban peuvent surgir dans tout le Moyen Orient; des partis politiques n’ont pas de représentation au gouvernement malgré le nombre plus qu’important de leurs adhérents et alors que cela ne choque pas les citoyens européens, pour le peu qui en a conscience !

La vision de la démocratie par un Arabe n’est pas celle d’un Occidental. Certaines monarchies africaines, nous le remarquons avec le Cameroun, respectent plus les peuples que la Démocratie populaire de Chine : cela est certain ! 

Egypte: deux variantes, un régime militaire ou un régime comme celui de l’Iran. Entre ces deux variantes extrêmes, il y a toutes les possibilités : un chef falot manipulable établi par les puissances influentes. Regardez dans nos sociétés: il est des personnes se prétendant être des décideurs, mais qui ne décident rien et qui restent de serviles exécutants. A la tête des Etats, il en va de même. 

Un Moyen Orient démocratique, donc plus à l’écoute de la voix des peuples, ne facilitera pas les relations internationales: Israël serait ainsi sûrement appelé à respecter les accords internationaux et les lois internationales, ce qui paraît improbable, car ce pays préfère la guerre.  

Que les révolutions arabes ne nous fassent pas oublier touts les conflits du Sahel: les mutations que nous vivons ces jours auront des incidences sur ces conflits pour les augmenter ou les résorber, seul l’avenir nous le dira. 


Et si nous redescendons encore plus dans le continent africain, nous voyons que le travail est encore grand avant que la paix règne dans le monde.


Avec la chute de Ben Laden, un symbole est tombé, mais il y a divers courants qui adoptent la même ligne de conduite, sauf qu’ils travaillent de façon autonome. Ces mouvements recrutent leurs membres aux Etats-Unis et en Europe. Il apparaît que les candidats sont souvent issus de milieux aisés et convertis à l’Islam de façon récente. Certains ont bénéficié de l'aide financière états-unienne pour déstabiliser des Etats qui n'obéissait pas à leurs contraintes économique: ceci mériterait un meilleur écho dans les grands media européens.

Pour comprendre ce monde de l’Islam, gardons en mémoire que l’Islam ne forme pas un tout, à être considéré comme dangereux: la Syrie s’est opposée à l’Irak; l’Arabie saoudite à l’Iran; le Maroc à l’Algérie… Des liens unissent l’Occident (Europe et Etats-Unis) avec la Turquie, l’Indonésie, le Pakistan, l’Egypte, la Jordanie. Il n’y a pas que l’Iran, la Libye ou le Soudan !

Au sein des Sunnites et des Chiites il y a encore des différences. 

Pour ma part, les conflits du Caucase, dont les media parlent le moins, sont les plus dangereux pour l’Europe: un basculement en Russie, en Chine ou au Moyen Orient peut avoir des conséquences directes dont il faut prendre conscience.

Guerre électronique

La géopolitique s’occupe des guerres de l’information. Cela passe par Internet. La Chine ou la Libye ont empêché les communications Internet. Des partisans de Wikileaks ont attaqué le site Internet de la Poste Suisse; Israël avec l'appui des Etats-Unis ont saboté les centrales nucléaires iraniennes. C’est une réalité. La guerre de l’information passe par la diffusion de nouvelles de propagande, mais aussi par le sabotage des moyens de transmission ou de conservation de données.

Nos courriels comme nos communications téléphoniques peuvent être écoutées. Il y a de grandes oreilles ou de grands yeux électroniques. Des mots codes sont automatiquement détectés et vérifiés. Cela se fait au nom de la lutte antiterroriste et, bien entendu, pour garantir votre liberté, quitte à vous censurer si nécessaire... Le champ dit de la sphère privée rétrécit petit à petit, mais c’est pour le “bien commun”: oseriez-vous en douter ?  Pour le lecteur qui ne l’aurait pas compris, la question est bien ironique.

Lors d’un colloque spécialisé sur le Renseignement, j’ai connu un responsable des écoutes pour l’Elysée lors que Mitterrand était président. M. Petermann me disait qu’il ne comprenait pas que l’écoute d’une communication téléphonique puise gêné un citoyen qui n’a rien à se reprocher.  Ceux qui ont été mis sur écoute avaient peut-être un avis différent ! 

Chacun d’entre nous peut être une victime de la Cyberguerre et peut-être l’avez-vous déjà été par une simple cyberattaque !

Chinafrique

Par manque de vision géopolitique, l'Europe a perdu son influence sur l'Afrique. Alors qu'elle possédait les meilleurs connaisseurs de ces Etats africains, elle a laissé la Chine établir des liens solides avec ceux-ci. La Chine n'impose pas des doctrines politiques, elle pratique du commerce qui est à l'avantage de chacune des parties. Elle s'occupe de voies de chemin de fer, d'aéroports, de ports, de ponts et de routes. L'Eurafrique est en train de disparaître: c'est la faute d'une Europe incapable de penser une géoéconomie qui lui serait bénéficiaire.

Idées fausses sur les relations économiques

Les gouvernements européens ont une idée spéciale du pouvoir des échanges économiques: cela arrange bien ces entreprises dites innovantes qui ne veulent pas s’embarrasser de “déontologies” pouvant compromettre la création d’un nouveau marché et de larges bénéfices financiers. Il y a des aveugles volontaires: des élus tout ce qu’il y a de plus “républicains” dans cette région, ne cachant pas leur admiration pour le maoïsme, ont choisi d’être des aveugles volontaires. 

Les retombées économiques prévisibles expliquent ces contorsions intellectuelles et morales pour lesquelles certains politiques démontrent une capacité spectaculaire de souplesse ou d’adaptation selon les circonstances. Faisons un peu d’histoire: en 1913, les échanges économiques entre la France et l’Allemagne étaient considérables; la Grande Bretagne était la seconde cliente de l’Allemagne et le premier fournisseur de l’Allemagne ! En 1941, avant Pearl Harbour, le Japon était le premier partenaire économique des Etats-Unis !  Aussi vous pourrez me dire que l’Europe, grâce à Jean Monnet, avec son pacte du charbon et de l’acier a permis la création de l’Europe, mais en consacrant sa dépendance aux Etats-Unis! 

Il y a une nécessité pour l’Europe de penser à une Eurasie et à une Eurafrique. Le but ne serait pas de dominer l’Asie ou l’Afrique. Cela serait stupide. L’idéal serait de laisser à ces pays les institutions, les cultures qui leur sont propres comme leurs religions, mais en s’unissant en des liens particuliers où chacun serait solidaire de l’autre, selon le principe de subsidiarité. Imposer notre démocratie, nos schémas culturels annuleraient tous les efforts de pacification. 

L’action des Etats-Unis a été très forte pour détacher l’Ukraine de l’URSS: 52 millions d’habitants en moins; l’Azerbaïdjan avec ses réserves d’hydrocarbure (depuis 1991, la société pétrolière Amoco a effectué de gros investissements); l’Ouzbékistan présente un grand intérêt pour le transport de ces hydrocarbures, gaz et pétrole du Turkménistan et du Kazakhstan. 

Laissons à ces peuples leurs régimes politiques et les idées doivent combattre d’autres idées sans passer par les armes. La géopolitique met en évidence nos interdépendances : faisons en sorte que cela soit pour trouver des solutions de paix et non l’ouverture de guerres prochaines. 

Conclusion

Un tel sujet ne peut pas se conclure. Rappelons quelques grandes lignes :

La géopolitique est un moyen d’anticiper les conflits possibles : elle est un instrument de paix, lorsqu’elle n’est pas au service d’une propagande.

Le passé a consacré des frontières qui ne signifient rien dans certains continents : il y aura de nouveaux Etats. 

En Europe, nous avons de nouvelles régions qui se forment.

De nouvelles frontières se définiront soit par des accords, soit par des guerres.

Englober le Maroc et la Turquie imposerait à l’Europe d’avoir les capacités militaires et politiques de régler des conflits anciens : Sahraouis et Kurdes. Est-ce que l’Europe en a les moyens ?

La question de nouveaux Etats soulèvent celle de leur autonomie vivrière et économique.

La démocratie, qui a de multiples visages, ne peut être que le fruit d’un long passé exprimant cette volonté de la posséder. Il a fallu plusieurs générations pour que l’Europe en connaisse des formes diverses. La démocratie n’est pas la panacée universelle : respectons d’autres formes de hiérarchie dans les peuples. 

Nécessité de respecter les tribus et les ethnies sous peine de ne rien avoir compris au XIXe siècle comme aux mouvements dits de libération des années 60  à nos jours.

Vouloir un droit international, mais reconnaître que les forces occidentales le prônent en fonction de leurs intérêts, pour l’ignorer totalement suivant l’Etat auquel il faut l’appliquer ou tout simplement pour l’appliquer à soi-même !

Le monde ne vit pas en paix: nous vivons des guerres économiques, sans pitié, et nous vivons des guerres de l’information sans même en avoir toujours conscience: s’emparer de nos esprits critiques est peut-être la guerre la plus sournoise et qui fait le plus de victimes, les vérités – et, non la Vérité car cela n’est humainement pas possible de La détenir et c’est peut-être mieux ainsi- en sont les premières victimes.

Il n’y a pas de quoi être dans un pessimisme apocalyptique ou dans un optimisme béat en raison du Progrès. Tout au plus, j’espère vous avoir souligné l’intérêt qu’il y a à porter un regard sur ce village qu’est devenue la planète Terre et l’intérêt que chacun a de percevoir les enjeux qui se cachent derrière les sourires diplomatiques et les déclarations politiques. 

Qu’il me soit permis d’exprimer deux vœux, des vœux pieux : pourvu que les seules intérêts économiques ne décident pas de l’avenir de l’humanité et pourvu que l’image de l’homme garde encore sa dignité. Je reste disponible pour 30 minutes de questions et je vous dis déjà merci, en tous les cas, pour votre attention. 

Antoine Schülé

Contact: antoine.schule@free.fr 

(Conférence donnée à l’Académie de Lascours, le 19 mai 2011)

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Vous trouverez d’autres articles en consultant la bibliographie du site antoineschulehistoire.blogspot.com

Thèmes traités : Histoire médiévale et contemporaine; Histoire de la guerre et de la sécurité (de l’antiquité à nos jours); Géopolitique; Histoire de la vallée de la Cèze (Gard, France); Littérature; Poésie; Spiritualité (chrétienne et autres); Maurice Zundel.

Pays traités plus spécialement : Suisse, France, Allemagne, Europe.

Lien : 

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