dimanche 4 janvier 2026

Suisse, Seconde Guerre mondiale, Rapport du Général Guisan.

Cette synthèse est utile pour comprendre ce que fut l’Armée suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Pour le Centre d’histoire et de prospective militaires (abrégé le CHPM), à Pully, dans la propriété du Général Guisan, j’ai donné cette conférence le jeudi 24 novembre 1994.

Rapport du

Général Guisan à l'Assemblée Fédérale

sur le service actif 1939-1945.



Introduction

Il est un livre dont il est souvent fait mention, mais qui est mal connu quant à son contenu. C'est pourquoi, je désire vous faire soit redécouvrir, soit découvrir le Rapport Guisan, comme il est communément appelé.


Juin 1946, un livre de 264 pages, accompagné d’un autre comportant deux annexes de 564 p., soit 828 pages en tout, déchaînent les passions les plus vives au sein des milieux politiques, militaires et médiatiques. Il s'agit du “Rapport du Général Guisan à l'Assemblée Fédérale sur le service actif 1939-1945”. La Suisse a su gagner la paix pendant tous les conflits de la Seconde Guerre mondiale, mais, suite à la parution de ce rapport, elle connaîtra d'un côté, une guerre des chefs, là je dis qu'il s'agit de l'anecdote humaine, et d'un autre côté, elle bénéficiera d'une réflexion nouvelle quant au renouveau de l'Armée d'après-guerre. Cette nouvelle réflexion ne sera pas seulement une simple reprise des enseignements que donne le général, mais plutôt une analyse objective qui adopte ou rejette ou adapte ce que le général a perçu, et au travers de son expérience de commandant en chef, et en fonction des multiples travaux qu'il a élaborés avec ses collaborateurs. Le rapport n'est pas une narration sèche et aride des évènements, mais une présentation très fine de l'aventure humaine et militaire de l'armée suisse pendant le second conflit mondial du XXe siècle.


Cinq chapitres forment le rapport:

- 1. Les grandes décisions stratégiques

- 2. La doctrine et les moyens

- 3. L'appréciation des cadres

- 4. Le moral de l'armée

- 5. La mission du Général et l'exercice du commandement en chef.


Ce rapport a surpris à plus d'un titre: - par le désir d'objectivité de Guisan en s'exprimant sans détours et en laissant ses subordonnés directs formuler une opinion qui puisse diverger de la sienne; - par sa diffusion car Guisan veut donner un maximum d'écho à son rapport. Il n'ignorait pas que celui-ci allait soulever des problèmes délicats, mais il ne s'attendait pas aux attaques qu'il aura à subir de ses proches subordonnés; - par sa volonté de reconnaître les erreurs et de les signaler, afin que des mesures soient prises pour en éviter leur répétition; - par son choix délibéré de sortir de la réserve d'usage dans les milieux politiques et militaires, au risque de porter atteinte à son image publique, mais, et cela doit être constaté, elle n'en souffrira aucunement.


L'ouvrage a nécessité huit mois de travail de toute une équipe. Il est faux de dire que Guisan a travaillé seul, dans son coin, le rapport. Celui-ci a été rédigé sans vouloir subir de pression extérieure ou sans être sous influence politique. Il a choisi les thèmes qu'il voulait traiter.

Il a demandé à Barbey, dont il appréciait l'aisance littéraire qui s'était moulée comme un gant à sa façon de penser, un plan de rédaction. Gonard a participé à la rédaction de ce qui a trait aux plans d'opération. Le major EMG Daniel (qui mériterait d’être mieux connu) a apporté sa contribution quant à l'analyse des différentes menaces contre la Suisse durant le conflit. Denis van Berchen, quant à lui, a assumé la correction stylistique de l'ensemble. Guisan a ainsi pu fidèlement reproduire, grâce à ses proches collaborateurs lors des moments difficiles, sa pensée et les raisons profondes de ses choix.

En apposant sa signature à son écrit, il était prêt à prendre la responsabilité pleine et entière du contenu de son rapport et il est un faux débat que d'attribuer une paternité de l’œuvre à Barbey: affirmation que les faits réfutent. Ayant pu lire plusieurs écrits de Guisan, consultables aux Archives Fédérales, avant qu'il ait connu Barbey, tout lecteur, quelque peu attentif, perçoit très tôt ses pôles d'intérêt, son style et sa démarche intellectuelle. Le rapport est un condensé de tout ce qu'a dit et a pensé le général: de fréquents extraits de ses propos de guerre étayent cette affirmation. Barbey a mis sa plume au service des idées du général: en tant qu’officier d’état-major, il avait toute qualité pour cela, puisqu'ils avaient travaillé pendant cinq ans ensemble sur tous de très nombreux dossiers délicats.


S'il me fallait résumer le rapport en quelques mots, je vous dirais qu'il signale 5 erreurs et forme 5 propositions.


Les 5 erreurs sont: 1. l'absence de plan d'opération préétabli; 2. l'impréparation de l'armée aérienne; 3. les difficultés de relation entre le Conseil Fédéral et le Commandant en chef de l’Armée; 4. les difficultés du général à se séparer de collaborateurs directs, mais ne voulant pas travailler dans sa perspective de l'instruction; 5. l'incapacité du Conseil Fédéral à contrôler les informations données par la presse (propagation de rumeurs; informations à ne pas divulguer en temps de guerre; parti pris systématique de certains organes de presse).


Les 5 propositions sont: 1. l'établissement de plans d'opération dès le temps de paix; 2. une instruction hors des casernes; 3. donner une place plus importante à l'aviation; 4. nommer un responsable en temps de paix de l'armée; 5. élargir le recrutement des cadres de l'armée selon les compétences et surtout selon le caractère et la personnalité du candidat.


Quant au rapport lui-même, il souleva 5 questions au sein des partis politiques et des media : 1. le Général ainsi que les auteurs des annexes avaient-ils violé des secrets militaires ? 2. Guisan avait-il le droit de publier le rapport avant que le Conseil Fédéral se détermine quant à son contenu ? 3. Guisan a-t-il voulu porter atteinte à l'activité du Conseil Fédéral ? 4. Guisan voulait-il faire son apologie au détriment de ses subordonnés directs ? 5. Guisan avait-il le droit de porter un jugement sévère sur la classe bourgeoise qui détenait le pouvoir politique ?


Il y aurait encore bien d'autres sujets que Guisan aborde, mais il n'est pas possible, en si peu de temps, de les traiter tous et je crois qu'une équipe de travail devrait se créer pour approfondir les nombreuses pistes de recherche qu'offre ce rapport. Il constitue une clef utile pour cerner toutes les questions essentielles de notre armée lors du Second conflit mondial et cela que le lecteur soit en accord ou en désaccord avec les propos du Général.



Le Rapport


Maintenant que le décor est planté, parcourons ensemble cet ouvrage et je m'efforcerai de signaler les points essentiels et d'attirer votre attention sur des aspects de la pensée du Général qui sont trop souvent restés dans l'ombre.


Dans son introduction, Guisan s'attache à bien situer le rôle de notre armée durant le conflit où la Suisse a dû défendre sa neutralité avec l'argument militaire, mais il précise bien que cet argument, n'étant pas unique, venait s'ajouter aux arguments politiques et économiques. Notre armée a été engagée pour décourager tout dessein d'agression et pour assurer une marge de sécurité aussi grande que possible à notre pays. Deux contraintes ont pesé sur l'engagement des troupes: - les fluctuations incessantes de la situation extérieure; - les besoins de l'économie nationale.

Guisan ne cache pas son admiration pour le conseiller fédéral Minger (d'origine terrienne tout comme lui) qui avait osé soutenir politiquement des réformes importantes de l'armée. Lors des entretiens Gafner-Guisan, ce-dernier dit de Minger: "Il était parti du principe suivant: Je suis le fournisseur de l'armée. Le futur général, lui, le consommateur. Il faut donc que je lui prépare un outil dont il puisse se servir avec efficacité." (p. 42) Cette citation est intéressante à plus d'un titre, car elle révèle le type de langage que privilégie Guisan: expression concise d'une idée forte.


D'autre part, Guisan souligne l'originalité de la situation militaire que la Suisse connaît en 1939-1945, et plus particulièrement fin juin 1940 : - l'encerclement de l'Allemagne; - la victoire allemande sur l'ensemble des forces terrestres de l'occident; - une seule opposition existe encore: les forces aériennes et navales de l'Angleterre; - les forces que peuvent engager les Etats-Unis ne sont que virtuelles.

Guisan répète souvent sous une forme ou sous une autre qu'il est de première nécessité de se préparer intellectuellement face à la menace militaire.

L'expérience la plus intéressante et qui devrait retenir l'attention des instructeurs d'Ecole centrale: le général reconnaît qu'en temps et en moyen, nous n'aurions pas toujours été prêts à 100 %. Il faudrait entraîner ce principe qui consiste à conduire sa mission, au mieux, avec moins de moyens et comportant des imprévus véritables par rapport à la sacro-sainte planification.


Les grandes décisions stratégiques

Ce chapitre débute en précisant que le dispositif de mobilisation qui est mis en place au début du conflit n'est pas un dispositif stratégique, mais il est un stationnement d'attente. Il s'agissait de pouvoir opérer une concentration des forces soit contre le Nord, soit contre l'Ouest. Pour le front Sud, il n'y avait que des mesures de surveillance et/ou de couverture.


* L'absence de plans d'opération.

Ce sujet pourrait faire l'objet d'un exposé à lui tout seul. Permettez-moi donc de résumer le débat et la polémique qui l'accompagna.


Guisan aurait souhaité qu'à partir d'une décision stratégique défensive, notre Etat-Major général (EMG) ait établi différents plans pour répondre, même sous une forme sommaire, à des hypothèses de base. Le débat qui suivit cette critique du général dévia: pour certains, il y avait une mise en cause des activités du Commandant de Corps (Cdt C) Labhart, le chef de l'EMG d'avant-guerre. Il est vrai que Guisan n'appréciait pas Labhart comme chef EMG, mais qu'il l'a apprécié comme Cdt C: la démonstration serait facile à faire. Pour ma part, je ne crois pas qu'il faille réduire tout cela à une affaire de personne, dans la mesure où Guisan reconnaît aussi sa part de responsabilité.

Pour Guisan, il y a la réalité du combat qui distingue ce qui est phase de préparation, pour le meilleur usage possible des moyens, et phase d'improvisation, adaptation aux aléas et aux incertitudes de la guerre. Il s'attache au principe qui n'est pas uniquement valable pour les questions militaires: le besoin de prévoir sans disposer à l'avance. La concentration rapide de 500'000 hommes ne s'improvise pas, face à un ennemi qui prend l'initiative du combat et qui peut perturber les transports par des bombardements, alors que notre aviation en septembre 1939 aurait été incapable de riposter efficacement: il est évident qu'une étude préalable de plusieurs dispositifs, en pesant le pour et le contre de chacun, était d'une première nécessité.


Relisant les débats autour de cela, je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a une part de mauvaise volonté de certains officiers supérieurs qui minimisaient cette évidence. Le cas de la Pologne ne pouvait que justifier la reconnaissance de cette erreur. Une planification n'a jamais nui à une improvisation au combat. Je ne parlerai pas des différents plans d'opération qui ont été établis durant les années 39-45 puisque ceux-ci ont déjà fait l'objet d'un exposé. Je me bornerai juste, à titre de rappel, de mentionner les menaces que connut la Suisse et les mesures prises pour y répondre car, en ces temps où l'on oublie vite, il est bon de cultiver la mémoire.


* Les menaces

Menace 39: violation du territoire pour porter un coup improviste à l'adversaire, soit la France contre l'Allemagne, soit Allemagne contre France.

Menace 1940: l'exode de Suisses en Suisse romande, à juste titre critiquée par Guisan, avait eu lieu en raison de la crainte d'une manœuvre complémentaire des forces allemandes par le territoire suisse; cette crainte augmenta lorsqu'en juin l'Italie rentra sur la scène militaire et qu'en juin, la VIIIeme armée française se trouva coincée à notre frontière alors que le corps Guderian risquait de poursuivre son élan offensif contre notre frontière; Il n’était d'autre part pas évident d'interner les 30'000 à 40'000 hommes du 45eme CA de Daille : désarmer, trier, escorter, ravitailler et interner.

De plus, il faut garder à l'esprit l'impact de la connaissance de ces faits sur le moral et des soldats au contact de ces hommes et celui de la population civile qui prend connaissance de ces évènements.


La Suisse étant encerclée, Guisan adopta le Réduit. Il ne prétend pas à l'originalité de l'idée qui est ancienne, mais il faut lui rendre justice, ainsi qu'à ces collaborateurs, d'avoir adapté cette idée au mieux de la situation nouvelle que subit le pays encerclé. La mise en place du réduit nécessitait du temps, des travaux particuliers, une tactique de défense en profondeur selon la nature du terrain et qui était la seule tactique à opposer aux méthodes offensives allemandes. L'Armée suisse devait démontrer, sans ambiguïté, qu'une guerre contre elle serait longue et coûteuse : la dissuasion, c'est çà.


Il faut avoir une idée claire du Réduit en réalisant que ce mot recouvre : un échelonnement en profondeur des forces armées, en créant trois échelons de résistance:

1. Les troupes frontière qui maintenaient le dispositif qu'ils avaient déjà adoptés et 2. Une position avancée ou de couverture entre le lac de Zürich, le massif de Gempen, le Jura bernois et neuchâtelois, Morat - La Sarine jusqu'à la trouée de Bulle. Mission simple: barrer les axes de pénétration vers l'intérieur du pays.

3. Tenir la position des Alpes ou le réduit national entre les trois zones fortifiées de Sargans, St. Maurice et le Gothard. Mission: tenir sans esprit de recul avec des approvisionnements maxima.

Le tableau sera complet, si je précise qu'entre ces trois échelons, il est prévu tout un système défensif intermédiaire, dévolu à des détachements légers et aux troupes territoriales en coopération avec les gardes locales, pour créer des nids de résistance, les méthodes de combat à adopter étant ceux de la guérilla. La défense antichars devait être l'élément fort des troupes engagées avec une défense antiaérienne Il est évident que ce dispositif était conçu pour garder en main les passages alpestres et pouvoir menacer tout adversaire de la destruction de ceux-ci, ce qui aurait mis un terme à une phase de résistance.

Ce plan de Réduit ne doit pas se concevoir comme figé mais comme comme étant adaptable aux variations de la menace extérieure en prenant conscience des avantages de notre terrain et en tirant une application immédiate des enseignements de la guerre.


Il est surprenant d'apprendre que Guisan a dû renoncer à une réserve terrestre d'armée. Pour cela, il invoque trois motifs: le compartimentage extrême du terrain, le nombre restreint de voies de rocade en terrain montagneux et le manque de moyens de transport motorisés.


Les Corps d’Armée (CA) possédaient des réserves tactiques ne dépassant pas la valeur d'un régiment combiné. La seule réserve du Général était l'aviation, une aviation de chasse sans bombardier; en cas de coopération avec l'adversaire de notre attaquant, la Suisse semblait compter sur un appui aérien dans un premier temps, plus que sur un appui de forces terrestres (artillerie surtout). 


En 1941, c'est le répit pour la Suisse en raison de la campagne de Russie. Le dispositif des troupes frontière est amélioré. À l'intérieur du pays, il y a une garde permanente:

- des grands passages alpestres du Gothard, du Lötschberg et du Simplon;

- des destructions préparées des ouvrages d'art, ouvrages ferroviaires;

- des grandes portes du Réduit;

- des principaux dépôts et magasins.


et suivant la situation internationale:

- de tous les terrains d'aviation ou une partie d'entre eux, ainsi que les zones pouvant être considérées comme des points d'atterrissage.


Pendant cette période de 1941-42, l'effort principal est porté sur l'instruction où il faut lutter contre une idée de combat statique, au profit de: la contre-attaque, du contre-assaut et de la patrouille.


Un travail énorme, et encore utilisable partiellement de nos jours, a été réalisé pour élaborer des brochures “Expériences de guerre". Il y a trois titres qui méritent l'attention des jeunes officiers: la défense antichars, la défense agressive et la défense à outrance dans l'encerclement.


Je profite de faire une parenthèse pour dire que le CHPM se doit de continuer dans cette voie qu'avait lancée M. le col Reichel dans la recherche des expériences de guerre actuelles. C'est un travail qui se poursuit, dans le même esprit, la recherche des expériences de combat.


Menace 1943: menace allemande qui aurait pu avoir intérêt à une occupation préventive de la Suisse, afin de maîtriser un territoire que son adversaire pourrait utiliser contre elle, double objectif:

- pour s'assurer la maîtrise des passages du Jura et des Alpes;

- disposer des voies de communication importantes pour ses arrières sur notre territoire surtout dans le cas d'un Réduit allemand.

Militairement, il était à craindre un coup de main sur la Suisse. La réaction allemande dépendait de la crédibilité qu'elle accorderait à notre volonté d'empêcher toute attaque de ses ennemis à travers notre territoire. Pour déclarer clairement notre détermination, Guisan prit le risque de l'entretien avec Schellenberger en raison des relations influentes que celui-ci avait à l'OKW.


Menace 1944: 5,6 juin, le débarquement de Normandie. Il y a nécessité de rappeler les troupes frontière, les brigades légères et les troupes DCA. Il y aura une mésentente, là, entre le Commandant en chef et le CF qui lui refuse, dans un premier temps, de mettre sur pied rapidement la couverture frontière par voie d'affiche jaune, mais qui reviendra sur sa décision, le 10 juin, avec une mise sur pied par carte postale, ce qui ralentissait celle-ci de plusieurs jours. Je reviendrai ultérieurement sur cette divergence de point de vue entre le Général et CF. Cependant à ce sujet, je suis persuadé que le CF n'avait pas envisagé une avance si rapide des forces alliées.


Menace août 1944: notre pays risquait d'être une voie rapide pour les Alliés en direction de l'Allemagne. Les combats font rage entre Lyon et le canton de Genève. Les troupes alliées se dirigent sur Besançon. Le territoire de l'Ajoie participait par sa configuration géographique à la trouée de Belfort. Avec Bâle, il y avait des risques de devoir s'impliquer dans le conflit et ceci malgré les assurances données par le commandement français. Un incident de frontière, même involontaire, aurait pu avoir des conséquences difficiles pour la Suisse.

D'autre part, Guisan remarque la résistance particulièrement agressive des allemands à Strasbourg et à Colmar. Les préparatifs allemands en Forêt-Noire et pour le réduit allemand dans l'Arlberg, les Alpes bavaroises et le Tyrol pouvaient être une menace pour notre pays qui géographiquement avait une position intéressante pour l'Allemagne.


Ce tableau rapide des menaces militaires possibles contre la Suisse mériterait d'autres développements, mais, là, je quitterai mon sujet.


* La doctrine et les moyens

Ce deuxième chapitre développe les efforts essentiels que Guisan préconise en faveur d'une instruction mettant en œuvre une tactique adaptée à ses visions stratégiques. Les réalisations en matière d'instruction ont été considérables durant les années 39-45. Aucune arme n'a été épargnée. Les exigences fortes et précises de Guisan avaient pour but de tirer un profit maximum des enseignements de la guerre. Les choix et les volontés de Guisan en matière d'instruction ont été tels qu'il a préféré chercher à se séparer de tout subordonné qui ne percevait pas ou qui faisait obstacle à ce qu'il attendait de l'instruction. Le cas de Bandi et de l'aviation est un exemple typique, mais il y en a eu d'autres et j'y reviendrai ultérieurement.


Toutes les armées découvrent en 1939-45 un nouveau type d'engagement massif des blindés et de l'aviation. La conséquence directe pour notre défense est l'emploi maximum des obstacles que notre terrain peut opposer aux chars, un usage judicieux des couverts pour échapper aux vues et aux tirs des avions. La menace réside aussi dans de fortes poussées ennemies motorisées. C'est pourquoi, il est prévu un dispositif échelonné en profondeur, s'appuyant sur une ligne intérieure, coïncidant avec un obstacle naturel propre à une défense tout azimut.


Ces considérations ont fait que la priorité est accordée:

- à l'organisation du champ de bataille par la finition et le développement des fortifications qui, elles seules, pouvaient donner une pleine valeur défensive au terrain;

- à préparer les destructions pour mener un combat retardateur efficace;

- à adapter notre armée aux nouvelles exigences de la guerre nécessitant des formations et des armes nouvelles (il faut penser tout particulièrement au combat antichar et à la lutte antiaérienne) ;

- à instruire la troupe aux nouveaux procédés de combat;

- à vérifier les dispositions prises;

- à préparer les cadres à utiliser au mieux les moyens dont ils disposent.


Fortifications. Dans l'ensemble de ces efforts, une prépondérance sera accordée au développement des fortifications, car les lignes fortifiées favorisent une certaine économie des forces. Le système fortifié, par trop linéaire, est complété par les troupes frontières qui permettent une profondeur tactique plus importante. Le choix du Réduit a été dicté par une forte artillerie que mettent à disposition les forteresses de Sargans, du Gothard et de St Maurice. De plus, cette artillerie pouvait tirer dans toutes les directions. L'artillerie de forteresse était la mieux préparée au conflit mondial, car l'artillerie de campagne en ce moment accusait une faiblesse en moyens.

Pour mettre en œuvre ce renforcement du terrain dans toute sa plénitude, le chef du Génie de l'Armée est complimenté par Guisan, car de grands efforts ont été accomplis dès le printemps 1940. Il manquait d'hommes et de moyens et les réalisations faites avant l'hiver ont été dignes d'éloge. D'autre part, et il en est peu fait cas, à tort, des abris ont été constitués dans les intervalles pour l'infanterie, afin qu'elle survive aux bombardements aériens: c'est au moyen de toutes ces mesures que Guisan parle d'organiser le champ de bataille.

Il est aussi conscient des différences d'application suivant les secteurs et leurs commandants. D'autre part, il remarque un fait qui est toujours d'actualité: "C'est le tacticien qui devait jouer le rôle du chef, et le technicien, celui de conseiller et d'exécutant." (p. 84) et il regrette que cela n'ait pas toujours été le cas.

Fortifications et destructions ont été sans aucun doute les éléments forts de notre défense et je conclurai cet aspect de la question par deux citations:

notre système de fortification, basé sur les forces naturelles du terrain, ne formant qu'un avec lui, sera peut-être un des seuls systèmes, un des seuls principes de défense susceptibles de résister aux nouveaux moyens révélés à la fin de cette guerre." (p. 86)

Mais il précise bien et je veux croire que notre nouvelle fortification [j’ai écrit cela en 1994] répond à son attente: "Mais cet héritage ne gardera sa valeur que si nous le considérons, non pas pas comme un matériel "magasiné", mais, en quelque sorte, comme un organisme vivant. Le béton, si épais, si résistant soit-il, et le roc lui-même ne vaudront que dans la mesure où les armes qu'ils abritent seront perfectionnées au rythme du progrès." (p. 87)

Il conclut cet aspect par une parole qu'il ne faut pas oublier: "notre armée de milice, ..., ne sera jamais en mesure d'affronter avec succès, en rase campagne, le premier choc d'une armée étrangère de métier, si la valeur du terrain auquel elle s'appuie n'est pas renforcée." (p. 87)


Infanterie. Il est fait mention ensuite des nombreuses adaptations de notre armée. Notre infanterie a dû apprendre: -à canaliser les forces de l'adversaire; -à conduire celles-ci sur un obstacle; -à rechercher le combat rapproché dans des conditions favorables; -à empêcher l'ennemi à déployer son artillerie.

Pour réaliser cela, des instructions précises sont données pour: -l'établissement des obstacles; -l'emploi des mines et des explosifs; -le camouflage des positions; -la construction des abris de campagne; -la lutte à courte distance et même le corps à corps.

Une spécialisation intensive est donnée aux servants des armes lourdes, aux utilisateurs des lance-flammes, des explosifs.

Un grand effort a été réalisé en faveur de la recherche de renseignements par toutes les troupes et à l'établissement des liaisons.

En 1943, une compagnie de grenadiers se trouve dans chaque régiment. Selon Guisan, tout homme de l'infanterie devait pouvoir accomplir le travail des grenadiers, particulièrement dans les coups de main. Je crois qu'il surestimait, là, les possibilités d'une armée ayant plusieurs classes d'âge sous les armes. Il lance un message appuyé pour l'avenir de l'infanterie afin qu'elle soit: "plus mobile, plus combattive, en la dotant de moyens de transport motorisés, au moins pour ses sacs et son matériel et en remplaçant ses moyens de transmission rudimentaire par un emploi généralisé de la radio jusqu'à la section." (p.90)

Face à des moyens supérieurs de l'adversaire, il veut une armée qui rencontre l'ennemi dans des conditions: "où notre connaissance du terrain, la rapidité de nos actions, la sûreté dans l'emploi de nos armes et notre endurance (physique et morale) pourront se déployer."


Instruction. Dès juillet 1942, dans ses "Directives fixant les buts à atteindre pour l'instruction de l'infanterie", Guisan affirme avec force que c'est le terrain qui est le centre de l'instruction et j'en veux pour preuve cette citation: "Ce n'est plus de nos jours, en caserne, ni en chambrée, ni dans les couloirs, ni dans la cour, ni sur les places d'exercice qu'on peut instruire des guerriers, mais dans le terrain, c'est-à-dire dans un milieu qui varie sans cesse avec la saison et qui exige de l'homme un effort d'adaptation continuel." (p. 90)


Pour Guisan, les épreuves sportives militaires se doivent d'imiter de plus près les conditions de la guerre.


Les troupes légères, c'est-à-dire motorisées, sont engagées pour la surveillance des régions exposées à l'atterrissage des forces aéroportées ainsi que pour la couverture, pendant la mobilisation, des entrées du Réduit, et finalement, pour mener le combat retardateur sur le Plateau.


Il est ensuite mis en évidence la faiblesse des moyens de l'artillerie de campagne et il exhorte ses successeurs à prendre des décisions en fonction d'un critère toujours d'actualité: "l'outil doit être choisi moins en fonction de ses qualités techniques absolues que des services qu'on attend de lui." (p.97)


Aviation et CDA. Seize pages sont ensuite accordées à l'aviation et à la DCA. Il s'agit sans conteste des pages qui ont été les plus difficiles à rédiger, car il y a critique et autocritique de l'autorité politique et militaire. Un simple regard sur les moyens au début et en fin du conflit mondial sera suffisamment éloquent:

Moyens d'aviation, en 1939: 86 avions de chasse (D27, quelques Messerchmitt); 121 avions d'observation (C5 et C35);

pour avoir au 20 août 1945: 328 chasseurs monoplace (Messerchmitt, Morane); 202 biplaces C36

Moyens DCA, en 1939, il y a: 7 canons de 7,5 cm; 24 pièces de 20 mn !

pour avoir au 20 août 1945: 270 canons de 7,5 cm; 125 pièces de 34 mm; 1504 pièces de 20 mm.

Ce simple constat, au niveau des moyens, vous laisse imaginer les efforts énormes qu'il fallut réaliser pour non seulement la production de cet armement, mais encore et surtout pour assurer l'instruction de la troupe afin de bénéficier d'un engagement optimal de ces nouveaux moyens.


La faiblesse de notre aviation au début du conflit a fait qu'elle ne pouvait avoir pour mission qu'une police de notre neutralité aérienne, et encore uniquement de jour. C'est ainsi que les aviateurs suisses ont eu l'occasion d'engager des duels avec l'aviation allemande. Ces engagements prouvaient notre détermination et notre volonté de résistance.

En même temps que notre aviation se développe au cours du conflit - je vous rappelle que cette aviation constituait la seule réserve d'armée -, elle pouvait quitter ce qui aurait été initialement sa mission de sacrifice pour, enfin, assurer de façon efficace: -la défense des troupes mobilisant sur les places de rassemblement de corps; -l'attaque des transports aériens et des formations de bombardier adverses; -la coopération à l'action retardatrice des forces terrestres sur les principales voies de pénétration.

Tout au début du conflit, le CF aurait souhaité un engagement nocturne de l'aviation, en raison de nombreuses violations aériennes. Et cette question aura été une nouvelle divergence entre le CF et le Commandant de l'Armée. Les essais et les études démontrèrent l'impossibilité de cet engagement. Nous avions au départ des avions basés sur des terrains mal défendus et il était prévu de pouvoir compter sur eux que pendant le tout début du conflit.


Pour mieux comprendre cette situation, il faut savoir que le commandant de l'aviation était un artilleur, plein de bonne volonté, mais qui n'a pas su s'adapter à une situation dont il n'était pas du tout responsable. Le différend Bandi-Guisan ne tient pas à des conflits de personne, mais sur des questions d'instruction.

Guisan et tous ses collaborateurs qui travaillaient dans son esprit ont porté un grand effort sur le renseignement des expériences de bataille en cours. Et avec une rapidité à peine croyable, ils ont su tirer les leçons et les principes que notre armée devait envisager pour résister de façon avantageuse en fonction de nos moyens. Guisan a cette conscience très forte des nécessités d'adaptation: il veut une instruction adaptée à sa stratégie et pour cela il était prêt à lutter contre les réticences mentales de certains cadres, partagés entre la routine et le scepticisme. Je crois, par rapport à ce dossier de l'Aviation et de la DCA que le désir de bien faire de Bandi a paralysé un bon usage des compétences de subordonnés qui ne demandaient qu'à être utilisées. Une parole, typiquement de Guisan, exprime bien le problème de certains cadres de notre armée. Elle se trouve dans les entretiens Gafner-Guisan: "On a souvent trop tendance chez nous à sauter de l'autre côté de la selle, en voulant trop bien faire." (p. 136)


Au printemps 1941, notre armée est capable de mettre à profit les leçons des Balkans et de la Crète pour l'engagement de la DCA, ainsi: une partie est engagée à la défense des aérodromes et des dépôts d'armée; une autre partie est attribuée aux corps d'armée pour la mobilisation des troupes, les positions du Réduit et nos trois forteresses (Sargans, Gothard, St Maurice).


Les pages 104 et 105 du Rapport comportent un inventaire des lacunes et des manques. Celui-ci ne s'adresse pas à une personne, mais à une situation concrète et terrible: -absence d'une doctrine d'emploi d'arme; -méconnaissance des missions de la part des subordonnés directs; -ignorance des aviateurs quant aux performances des avions étrangers; -une défense insuffisante des aérodromes militaires, par manque de collaboration avec les troupes terrestres; -une réserve de munition manquante.

Il faut dire aussi que le Chef d'arme de l’aviation a dû partir de rien pour établir des engagements complexes, mais il est évident qu'il n'a pas su utiliser efficacement les collaborateurs qu'il avait pourtant sous la main et qui ne demandaient pas mieux que d'apporter leur savoir: Rihner, Primault pour parler des aviateurs; à un autre échelon, Gonard, qui, lors de son Ecole de Guerre à Paris, avait réuni une documentation intéressante quant aux engagements de l'aviation.


Je profite de ces propos pour signaler cette capacité assez exceptionnelle de Guisan a employer au maximum les compétences de ses collaborateurs: à les chercher tout d'abord, à les reconnaître et à les utiliser à des fonctions permettant de déployer leurs capacités. Il ne prétendait pas tout savoir ou tout faire, mais il savait tirer parti de gens capables de faire des propositions, des suggestions, d'avoir un esprit critique, mais encore et surtout constructif, capable d'esprit de synthèse. Et il ne restait pas esclave de ses collaborateurs, car il savait, sur un éventail de solutions possibles, adopter une ligne de conduite, en ayant soigneusement soupesé le pour et le contre de chacune d’entre elles. Il pouvait ainsi prendre une décision rapide sans être hâtive. Je pourrai trouver plus d'un exemple où il démontre sa capacité à accepter des critiques dans la mesure il y a des propositions constructives à la clef.


Pour revenir à l'aviation, il formule en conclusion une critique à l'égard des autorités politico-militaires (dont il faisait partie) : "Si nous avions eu, ..., dès 1936-37 au plus tard, une politique de l'air digne de ce nom, nous aurions pu, dans une suite et des délais raisonnables, nous procurer les moyens et en régler l'emploi." (p. 110)


Génie. Le rapport de Guisan se poursuit sur un éloge du travail réalisé par le Génie : s'il est une arme qui est à redécouvrir lors du Deuxième conflit mondial, c'est bel et bien le Génie qui a entrepris des travaux très variés et complexes où il a déployé des prouesses techniques dont il n'est que trop rarement fait mention.


Transmission. Ensuite, il est signalé la nécessité qu'il y a à revoir les moyens attribuées aux transmissions qui détiennent une place capitale dans les opérations.


Manœuvres. Le thème suivant est très cher à Guisan: c'est celui des manœuvres. Elles devaient: -avoir une hypothèse de base vraisemblable; -permettre de contrôler l'instruction; -vérifier l'opportunité des dispositions prises; -entraîner l'attaque par surprise; -développer la notion de défense agressive; -multiplier les exercices de nuit; -faire participer l'aviation pour collaborer avec les troupes terrestres.

Il existe aux Archives fédérales les notes manuscrites de Guisan, et non pas de Barbey, établies pendant ou juste en fin des manœuvres. Elles sont écrites au crayon, d'une écriture très fine. Ces notes traduisent fidèlement les préoccupations de Guisan et la vision globale des leçons qu'il voulait en tirer. Il serait trop long de les énumérer toutes, mais je ne résiste pas à vous en citer quelques-unes car elles sont toujours d'actualité: -le manque de sommeil des cadres; -le manque de préoccupation des cadres quant au ravitaillement de leurs troupes.


Il préconise: -l'originalité dans l'invention des thèmes de manœuvre; -de réagir contre les combats dits de rencontre; -de privilégier la situation de combat. Il n'hésitera pas à opposer des troupes de forces inégales l'une contre l'autre par exemple.

Guisan félicite son chef de l'Etat-Major Général, Huber, qui a su dégager des exercices stratégiques des enseignements d'une grande valeur pratique et théorique.


Attachés militaires. Ce chapitre se conclut sur les activités de nos attachés militaires à l'étranger. Ils étaient les pourvoyeurs d'excellentes informations. Plusieurs officiers suisses ont pu participer à des missions à l'étranger, sauf en Allemagne et en Italie.


En avril 40, le col Montfort a étudié ainsi les organisations défensives du 2eme et 3eme groupe d'armée français; le col Nager a observé la campagne d'hiver sur le front finlandais; le col div de Montmollin a tiré des leçons générales et des expériences sur les problèmes d'arrière et de circulation de la 7eme armée américaine en Alsace; en février 1945, le col div Corbat, avec 10 officiers, a pu étudié le front d'Alsace; en avril 1945, le col div Rihner, avec 10 officiers, a suivi les opérations offensives Rhin-Danube-Voralberg. Il serait utile de constituer un groupe de travail pour mieux connaître les rapports qu'ils ont réalisés à leur retour et pour dégager les leçons retenues.


* Appréciation des cadres

Ce chapitre est l'un des plus délicats, car il a irrité plus d'un militaire et suscité plus d'une réaction. Il ne m'appartient pas ici de donner mon sentiment, car c'est à vous de juger le bien-fondé ou non de l’appréciation de Guisan, mais je dirai que les réactions négatives face à ce chapitre ont occulté malheureusement les mérites reconnus des uns et des autres et surtout les propositions intéressantes qui sont faites.


Etat-Major d’Armée (EMA). Guisan se plaint des aptitudes inégales des membres de l'EMA, de leur difficulté à travailler ensemble et constate que l'EMA avait besoin de perfectionnement et de rajeunissement. Les questions administratives prenaient une place trop prépondérante chez certains. Il y souhaitait une cohésion de travail, un rythme et un esprit qui soit celui d'hommes pratiques plutôt que de fonctionnaires. La remarque la plus importante, et j'en ai déjà fait allusion précédemment, est que l'élément "technicien" prenait trop le pas sur l'élément “tacticien”. Il aurait souhaité et c'est son droit le plus strict, qu'il y ait plus de personnalités ayant une culture générale ou classique. À ce sujet, je me fais un plaisir de vous offrir cette citation qui est toujours actuelle: "...aux postes chargés d'établir les appréciations, les études et les plans, c'est-à-dire en particulier au service de renseignements et aux opérations, nous aurions eu besoin d'officiers en plus grand nombre bénéficiant d'une culture militaire plus vaste fondée elle-même sur la culture générale et sur les connaissances historiques." (p. 154)


Service de renseignement (SR). Il enchaîne en parlant de la naissance si difficile du SR suisse qui, en un temps très court, a été confronté à des conditions très difficiles. Il fait un éloge plus que mérité au lt-col Masson qui a su à partir de rien (mais c'est parfois un avantage sous certains aspects !) créer un organisme efficace. S'il est un personnage trop méconnu de notre armée à cette époque, c'est lui sans aucun doute. La précision de ses informations a permis de grandes économies - financières - en gérant au mieux la mobilisation des troupes (un soldat mobilisé, c’est un homme en moins dans la vie économique). Le budget du SR avant le déclenchement du conflit mondial était ridicule et j'espère que, de nos jours, notre pays ne connaisse pas cette situation grotesque. Toutefois, n’ignorons pas les contacts familiaux des officiers supérieurs, autant du côté allemand, autrichien que français, qui ont permis d’anticiper certaines décisions. 

Guisan propose concrètement une "Ecole du Renseignement". Il préconise un recrutement de cadres compétents, de telle sorte qu'il soit fait abstraction de toutes considérations d'âge et d'origine ainsi que de tous éléments d'ordre administratif. Cette citation de Guisan est éloquente: "...à l'échelon Etat-Major d'Armée, nous n'avons plus le droit de reculer devant aucun sacrifice pour découvrir, attirer et retenir les personnalités les plus capables susceptibles de composer un SR digne de ce nom." (p. 159)

S'il est pour un rajeunissement des cadres, il est aussi pour le maintien de ceux qui sont aptes à une activité intellectuelle exigeante, alliant curiosité d'esprit et entrain.


Internés. La critique la plus sévère est portée contre les commandants et administrateurs des camps d'internés: il reconnaît toutefois que leurs tâches furent délicates et difficiles avec une fonction souvent ingrate. Il forme le souhait que la sélection des cadres ne se fasse pas seulement selon les aptitudes professionnelles, mais aussi selon le caractère, les qualités éducatives, le sens psychologique qui sont les seules forces lors des moments critiques.


Commandants de Corps d’Armé (cdt CA). Guisan se réjouit de la pluralité de formation des commandants d'unité d'armée, pluralité due aux écoles militaires étrangères qu'ils avaient fréquentées. Grâce à eux, notre Armée a pu assimiler le meilleur des méthodes étrangères et les transposer à notre usage, tout en recherchant des méthodes originales propres à l'Armée suisse. Remarquant le peu de formation intellectuelle de certains cadres, il félicite ceux qui, par leur valeur personnelle plus que par leur formation militaire, ont déployé leur culture et leur autorité, en raison de leurs lectures et de leurs voyages d'étude accomplis à titre privé.

Guisan revient sur les difficultés de caractère de certains officiers généraux et il comprend que leur état de santé en ait pu être parfois la cause. Il précise bien que ces difficultés n'étaient pas toujours dues à l'âge: "Appliquer une limite d'âge rigide, en effet c'était s'exposer à se priver,..., des services d'officiers généraux encore verts malgré leur âge, sans être certain que leur succession pût être toujours assurée par des forces en qualité et en nombre suffisants." (p.170)


Il est mis ensuite en évidence tout l'intérêt que notre armée a de conserver un équilibre entre les officiers de carrière et de milice. Il reconnaît l'enrichissement pour notre armée des connaissances civiles des officiers.

En soulignant la diversité de nos cadres, il relève que cette diversité n'est pas due uniquement à la différence des formations, mais, aussi, à nos différences cantonales, à notre diversité de souches, de langues et de religions.

Un bon commandant de régiment ou de bataillon se reconnaît à sa capacité de faire coopérer les différentes armes selon Guisan. Quant aux commandants de compagnie (capitaines), Guisan n'apprécie pas ceux qui se laissent trop absorber par les papiers: "On ne saurait trop rappeler que la place du capitaine n'est pas dans son bureau mais dans le terrain." (p.177)


Officiers subalternes. Il adresse sa vive reconnaissance à tous les officiers subalternes par cette citation: "Je salue avec une amicale gratitude l'effort accompli par la grande majorité des officiers subalternes. La plupart d'entre eux firent preuve d'une réelle joie de servir, de conscience dans le travail, de souci de se perfectionner, d'un amour-propre bien compris dans l'instruction de la troupe." (p. 178)


Par contre pour les tout jeunes officiers, il émet quelques réserves: “Parfaitement entraînés aux performances physiques, soignés dans leur mise et "militaires" dans leur tenue extérieure, ils manquent souvent de personnalité, n'ont pas d'initiative ou de sûreté dans la conduite de la troupe, et par conséquent pas d'autorité." (p. 179)

Cette remarque traduit une préoccupation constante chez Guisan à préférer le fond à la forme, sans pour autant négliger celle-ci. Guisan veut que la préférence soit donnée au caractère plutôt qu'à l'origine sociale ou aux qualités physiques. Ses propos sont explicites: "le sport n'est qu'un moyen de contrôler ou de développer la force du caractère. Il est absurde de juger une classe d'aspirants sur ses seules performances physiques. Lieutenants, ils s'imposeront surtout par leurs connaissances, leur intelligence et leur volonté." (p. 180)

C'est ainsi qu'en 1946, il donne son explication quant au manque de caractère des jeunes officiers : "Le manque de caractère qui leur est parfois reproché apparaît comme un défaut de plus en plus répandu dans la classe sociale où la plupart d'entre eux sont recrutés, la bourgeoisie." (p. 181)


Ce constat est pour l'époque évidemment pénible (je vous laisse imaginer de quelle façon la bourgeoisie a dû apprécier ces propos) et c'est pourquoi il complète: "Mais aujourd'hui, d'autres forces sociales disputent à la bourgeoisie la prééminence. Du monde campagnard et ouvrier sortent des chefs qui influencent, autant que l'ancienne classe dirigeante, le destin du pays."

C'est pour cette raison qu'il préconise l'élargissement de la base de recrutement des officiers. Je crois que nous sommes là sur un élément essentiel de la pensée de Guisan qui a trop souvent été occulté. Il y a là une ouverture méconnue de Guisan qui ne tombe dans un formalisme de classe. Il étaye sa perception sans craindre de déplaire ou de risquer les foudres des classes bourgeoises. Il conclut que c'est à notre armée d'apporter les ressources matérielles et intellectuelles aux candidats ayant du caractère, ce qui devrait être le dénominateur commun de tout officier.


Chef de l’Instruction. Le Chef de l'instruction n'a pas répondu à l'attente de Guisan qui désirait plus un animateur, au sens étymologique du terme, et moins un administrateur. Il regrette que l'élaboration d'un grand nombre de règlements ait empêché celui-là, à participer à l'élaboration des ordres ou des directives. Ceux-ci étaient les moyens essentiels pour faire passer les principes de la tactique adoptée et pour déterminer les buts à atteindre par l'instruction de la troupe. Il signale aussi que le chef de l'instruction a parfois été gêné par la susceptibilité des commandants d'unité d'armée qui prenait sa présence pour une atteinte à leur prérogative ou pour une diminution de leur responsabilité.


Instructeurs. Quant au statut de l'instructeur, il demande que les salaires correspondent aux sacrifices qu'ils accomplissent dans le cadre de leur vie professionnelle. Il désire aussi qu'une solution soit trouvée pour qu'ils puissent mener une vie familiale correcte et normale. Pour lui, l'instructeur ne doit pas forcément devenir un officier supérieur, mais il précise qu'il convient que le grade des officiers, et cela est aussi valable pour les officiers de milice, corresponde à l'importance réelle de leur fonction.

En fin de ce chapitre, il vous a été loisible de juger l'importance et la diversité des questions soulevées. Il faudrait un long débat pour considérer les suites de ce Rapport et qui aboutissent à la situation que nous connaissons aujourd'hui en 1994.


* Le moral de l'armée

Le maintien du moral de l'armée est considéré par Guisan comme une des tâches du commandement. A ce titre, il lui accorde une place importante qui démontre l'intérêt constant qu'il a porté à ce sujet. Ce devoir essentiel se réalise déjà à partir du commandant d'unité. Comme moyens pour conserver le moral de la troupe, il favorise le principe des congés et celui des dispenses. Le système des caisses de compensation a été capital pour démontrer la prise en compte des intérêts civils par l'armée.


Une mobilisation réussie à temps et dans de bonnes conditions était due une préparation psychologique capitale pour la troupe. Celle-ci devait être prête à essuyer le baptême du feu en cas de nécessité, un bon moral en était la première condition. L'exode de Suisses en Romandie, dans les Alpes et le Tessin, est sèchement épinglé par Guisan qui précise que ceci était le fait de possesseurs de voiture de cette époque. Il pensait à la réaction de ceux qui n'avait pas la fortune suffisante pour se mettre à l'abri supposé, par ce moyen de transport.


Information. La lutte contre les fausses nouvelles se devait d'être permanente. La rumeur a une force qu'il convient de juguler à temps pour éviter ses ravages dans les esprits. Les messages qu'adresse Guisan aux soldats et à la population traitent souvent de la volonté de se battre qu'il faut cultiver et dans quelles conditions s'organise la résistance à outrance. Il n'est pas facile de convaincre tout un chacun d'accepter le sacrifice de sa vie. Aller au devant du danger, du danger qui peut être cause de sa mort, de ses proches ou des siens, nécessite une préparation morale et spirituelle. Son discours du Rütli est un exemple d'une forme de motivation possible.


Engagements politiques des officiers. Après avoir parlé de l'enquête qu'il a ordonnée contre les officiers professant des “idées extrémistes” (il y a eu 124 suspects, 7 officiers seulement ont été retenus : 3 ont passé devant le Tribunal militaire, 4 ont été mis à disposition), il aborde le cas intéressant et parfois mal connu de la Ligue des officiers.


L'effet des victoires allemandes faisait craindre à quelques officiers de l'EMG une baisse de la volonté de résistance du peuple suisse ou du gouvernement. Ils voulaient assurer une défense à outrance et cet état d'esprit ne gênait en aucun cas le général puisqu'il leur dit: "Je tiens à remarquer toutefois qu'au cas où la volonté de résistance aurait cédé sous une pression de l'étranger, ces officiers, en refusant d'obéir, n'auraient pas été seulement dans leur droit; ils auraient accompli leur devoir, qui est celui de tout soldat. Ils avaient eu le tort d'agir en secret; l'eussent-ils fait ouvertement qu'ils n'auraient pas fait l'objet de sanctions." (p. 208)


Armée et Foyer. La section "Armée et Foyer" a été l'instrument prépondérant pour: -fortifier la conscience de la troupe en sa mission; -pour développer le sentiment patriotique; -pour maintenir le moral; -pour resserrer les liens avec la population civile.


Il avait été constaté que c'est lorsque le soldat revenait de la vie civile que son moral subissait le plus grand choc. Le Conseil Fédéral n'avait pas du tout perçu le rôle et le poids des informations médiatiques sur le moral des civils et des populations aux foyers. Il est pour le moins étonnant qu'il ait fallu que ce soit le Commandant de l’armée qui intervienne à plusieurs reprises pour que le Chef du département fédéral de l'intérieur prenne des dispositions pour une meilleure maîtrise de l'information.


L'armée n'a jamais cherché à conserver le monopole de l'information et l'autorité civile n'avait aucun moyen afin d'assurer un contrôle de la presse: par contre, je vous rassure, les textes légaux existaient, mais entre les intentions et les réalisations, il y a un fossé dont les politiques et les hauts fonctionnaires sont responsables. La fonction de la "Division Presse et Radio" était de préserver le secret militaire et de contrôler les informations pouvant porter atteinte à la sécurité des troupes engagées. Ce n'est qu'en janvier 1942 que la solution fut trouvée avec un engagement du Département de justice et police.


Sur le plan moral, le plus pénible était le service des troupes frontière: imaginez la monotonie d'un service de garde, de longue durée, dans un secteur trop connu; la faiblesse des effectifs; le manque de moyens de transport et parfois un manque de psychologie des chefs qui ont favorisé une lassitude et un mécontentement, ceci particulièrement à proximité des grandes villes.


Il convient aussi de remarquer le magnifique esprit de solidarité qui s'est noué entre ceux qui ont connu la Mob (abréviation courante pour le Mobilisation). De nos jours encore, vous pouvez le sentir avec toute sa force dans certaines associations militaires. En lisant le rapport, j'ai été surpris d'apprendre que des nouveautés avaient été instaurées pour le maintien du moral de la troupe comme: -les conversations téléphoniques à prix réduit pour les militaires; -les demi-cartes de coupons de repas; -les voyages à demi-tarif pour les visites des épouses et des enfants des mobilisés. Il est très rare que les historiens mentionnent tout cela ! La raison en est simple : cela nuit aux clichés qui doivent s’imposer selon certains milieux !


* Mission du Général et exercice du Commandement en chef

Conseil Fédéral (CF). Le dernier chapitre aborde la question délicate de l'article 210 de l'Organisation militaire où le général a le droit de demander la mise sur pied des troupes et où il appartient au CF d'ordonner la mise sur pied. Vous vous souvenez de la question de divergence entre le CF et le Général de juin 44 dont j'ai fait mention précédemment. Il y a là une question primordiale de responsabilité, car le Conseil Fédéral estime pour sa part qu'une demande du commandant en chef n'est qu'une proposition.

Guisan se plaint par ailleurs de l'influence de "tel de ses membres qui jouit d'une autorité prépondérante auprès de ses collègues" (p. 235) du Conseil Fédéral et que cette situation fait en sorte que le Conseil Fédéral ne travaille plus en collège, mais sous influence de l'un des leurs, ne se tenant pas pour responsable de la situation militaire. Le nom de Pilet-Golaz n'est pas cité, mais c'est tout comme: vous voyez, là, nous sommes en plein dans le domaine de la politique et des querelles de personnes (même si elles sont toutes vaudoises - Guisan, Pilet-Golaz, Masson: en plus, ce dernier n'étant pas apprécié par Pilet-Golaz). Alors je m'empresse de revenir au sujet pour présenter la solution que propose Guisan: il souhaite qu'une clause d'urgence permette au général de lever des troupes de son propre chef. La question qui s'est posée démontre amplement qu'il n'est pas toujours facile de se référer à des textes de loi qui sont sujets à interprétations.


Etat-major personne (EM personnel). En terminant son rapport, Guisan justifie l'existence de son Etat-Major personnel, en raison de la diversité des tâches qu'il voulait maîtriser au plus près et avec des hommes de confiance. Je crois que le contenu de ce rapport vous permet de mieux apprécier l'ampleur des fonctions du Général ou des missions qu'il comptait assumer en personnalisant au maximum son regard sur les dossiers essentiels. Dans les annexes, le Chef de l'EMG critiquera cet EM particulier. Sans cet EM, Guisan n'aurait pas eu le temps matériel pour s'impliquer totalement dans ses diverses missions.


L'avantage essentiel qu'il trouvait dans cet EM était de pouvoir choisir ses collaborateurs directs qui partageaient ses visions et qui étaient prêts à travailler dans son esprit, sans concession, sans restriction mentale, sans résistance passive ou sans interprétation contradictoire (obstacles que peut toujours rencontrer celui qui prend la tête de l'armée).


Nous apprenons encore qu'il a eu à se déterminer sur 4'670 cas de grâce. Il explique les raisons qui l'ont conduit à déplacer ses PC. Il fait une mention des conférences des Commandants de Corps d’Armée qui se tenaient tous les 3 à 4 mois. Il reproche au CF de pas l'avoir convoqué lorsqu'il y avait eu des divergences de point de vue. Par contre, comme en contraste et j'y vois une forme d'ironie amère, il souligne le plaisir qu'il avait à discuter avec le soldat dans le terrain.


En conclusion, Guisan affirme que la tâche de Général ne s'improvise pas et il est selon lui nécessaire de nommer un général en temps de paix déjà: un inspecteur d'Armée qui travaillerait en même temps qu'un Conseil de défense nationale et d'un Service technique militaire. Selon lui, l'armée en temps de paix ne doit pas être seulement administrée, mais encore commandée. Cette solution permettrait d'établir les responsabilités, de donner les moyens et les prérogatives nécessaires en temps de guerre et se préparer au mieux en temps de paix. C'est ainsi que nous arrivons au terme du rapport.

Conclusion


Le rapport de Guisan a fait l'objet de débats au Conseil des Etats et à l'Assemblée fédérale. Le CF s'est déterminé sur plusieurs thèmes soulevés par Guisan, mais pas sur tous. La surprise de Guisan fut grande face à la réaction de ses subordonnés qui ne se gênèrent pas de le critiquer. Guisan fut même accusé d'avoir divulgué des secrets militaires encore sensibles au moment de la parution du rapport. Kobelt, le chef du Département Militaire Fédéral, a chargé de Montmollin , le successeur d'Huber au poste de chef EMG, pour lui en faire rapport, ainsi vous pouvez découvrir: 18 secrets chez Guisan; 47 secrets chez Huber et 30 secrets chez les autres collaborateurs.


La presse a réservé par contre un accueil chaleureux au rapport qui a emporté l'adhésion par son parler vrai et sa volonté de ne pas se voiler la face. 


Prisi et Bandi se sont attaqués impitoyablement à Guisan. De Montmollin jugea que Guisan tenait des propos égocentriques. Le Commandant de Corps Borel affirma qu'il n' y avait pas de proposition concrète.

Pour ma part, à la lecture de divers documents des Archives fédérales, j'y vois là surtout des réactions très fortes de personnes ayant dû se retenir dans l'expression de leurs désaccords durant les années de conflit et je crois qu'il serait possible de trouver les causes de ces "rancunes refoulées", j'emploie l'expression justifiée de M. Gautschi, pour chaque cas. Il me paraît normal qu'un chef d'armée porte un jugement sur ses collaborateurs: il y en a qu'il a apprécié, il le dit; il y en a qu'il a supporté, il le dit et il y en a qu'il estimait ne pas correspondre à ses visions sur l'instruction, il en avait parfaitement le droit.


Il est évident que l'expression publique de ses réflexions profondes dans un rapport a pu choquer mais il ne l'a pas fait pour atteindre les personnes (car il aurait pu être encore plus dur en révélant des faits qu'il vous est loisible de découvrir aux Archives Fédérales), mais pour dénoncer des erreurs et obliger les dirigeants à oser des réformes importantes au sein des cadres et pour l'Armée. Dire qu'il n'apporte pas de solution est faux car, à chaque problème qu'il à soulevé, il offre des lignes directrices et il laisse à ses successeurs le soin de choisir les modalités. Son rapport a eu un effet d'électrochoc salutaire pour certains; oser affirmer que l'on n'est pas toujours les meilleurs est une forme de lucidité courageuse qui pourrait être un exemple pour aujourd'hui et demain. 

Et je crois qu'il convient de mettre un terme à cet exposé, par les paroles mêmes de Guisan qui ont une valeur permanente et qui ont été adressées jusqu'aux commandants de régiment: "Enfin, les courants, les forces qui s'attaqueront, à travers le monde et dans notre pays, à la valeur que vous représentez, affecteront des formes diverses, mais également redoutables. Vous serez guettés et, suivant les circonstances, critiqués, jalousés. On vous en voudra de ce que vous êtes, de ce que vous faites, de ce que vous pouvez; et en même temps -paradoxe ou injustice- de ce que vous n'êtes pas, de ce que vous ne faites pas, de ce que vous ne pouvez pas." (p. 227)

Antoine Schülé

Contact: antoine.schule@free.fr


La Tourette, novembre 1994.

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Thèmes traités : Histoire médiévale et contemporaine; Histoire de la guerre et de la sécurité (de l’antiquité à nos jours); Géopolitique; Histoire de la vallée de la Cèze (Gard, France); Littérature; Poésie; Spiritualité (chrétienne et autres); Maurice Zundel.

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Bibliographie

Rapport du Général Guisan à l’Assemblée fédérale sur le Service actif 1939-1945. Berne. 264 p. 1946.


Rapport du Chef de l’Etat-Major général de l’Armée au Commandant en chef de l’Armée sur le Service actif 1939-1945. 564 p.



Rapport du Conseil fédéral à l’Assemble fédérale concernant le rapport du général sur le Service actif de 1939 à 1945. 108 p.




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