Introduction
De novembre à décembre 1921, le col Henri Guisan a élaboré un rapport ayant pour titre : "Etudes opératives sur le cas de guerre avec la France (sans alliances)" (AF E27 / 12'790). À cette date, son auteur est au bénéfice de son expérience de major en service actif à la frontière du Jura, de ses observations sur les champs de bataille français, de sa fonction d'instructeur extraordinaire pour les officiers d'artillerie et de son travail d'officier d'état-major auprès de général Wille et du Chef de l'Etat-Major général Sprecher von Bernegg. Cependant, ce rapport n'est pas le résultat du travail d'un professionnel de l'armée, mais d'un officier de milice.
Ce texte ne pourra qu'intéresser tout passionné des questions militaires concernant notre pays : il est des décisions comme des choix qu'il est plus agréable d'analyser qu'à devoir prendre; un retrait militaire du plateau suisse n'est pas sans conséquences pour la population civile qui aurait dû encore le comprendre comme en accepter la dure nécessité. Ce travail constitue pour tout jeune lecteur ou personne désireuse de s'initier aux questions de défense une excellente introduction à la connaissance géographique de la Suisse.
Cette étude est d'une lecture aisée par rapport à d'autres travaux du même type. Les tableaux qui l'accompagnent sont riches en informations et représentent une synthèse qui mérite toute notre attention. Elle met en évidence cette problématique qui se pose à un commandant militaire : sa volonté de préserver l'intégralité du territoire et ses possibilités réelles de succès avec les moyens en hommes et en matériel dont il dispose (le niveau de l'instruction des soldats n'est pas encore pris en considération : pourtant, ce n'est pas le facteur le plus négligeable, mais cela n'entre pas en considération dans ce type d'étude). Face à un ennemi supérieur en nombre et en moyens, la défense suisse se doit d'adopter des choix et d'établir des priorités qui répondent à des exigences militaires.
De plus, il convient de savoir si l'autorité politique peut admettre la solution militaire en son entier ou si elle modifiera cette décision pour des motifs autres que ceux que la guerre exige. Le choix de défendre une portion du territoire bien définie impose des contraintes en hommes engagés que cette étude explicite fort bien. Evitant les pesantes fioritures à couleur militaire, s'exprimant dans un langage simple et clair, le col Henri Guisan développe les choix possibles pour une défense efficace par rapport à des données géographiques, à des possibilités adverses concrètes et en fonction de ce que dispose l'armée suisse en 1921.
Le col Henri Guisan adopte une solution de défense où il applique les principes chers à Jomini : tout lecteur du "Précis de l'art de la guerre" se fera un plaisir d'établir les corrélations utiles.
La publication de ce texte incitera certains spécialistes contemporains à rechercher une tierce personne pour la créditer du travail de réflexion, selon leurs habitudes dont la constance peut surprendre. Il faut que je rassure immédiatement le grand public : en tant que colonel de milice, Henri Guisan n'avait pas d'état-major particulier, pas de professeurs réputés pour le conseiller, pas de personnalités militaires qui lui ont imposé une ligne directrice. Il jouissait de ses acquis, de ses expériences et de son pragmatisme, cela constitue une base solide comme chacun peut l'apprécier, sans recourir à un de nos "mentors officiels autorisés" du moment présent.
Des idées fortes sont proposées et il ne me semble pas inutile de les énumérer : -des forces partielles pourraient être engagées au-delà de la frontière pour procéder à des destructions utiles à notre défense; -concevoir une défense dynamique; -rechercher un gain de temps pour retarder au maximum l'adversaire, afin de permettre une décision politique (sans oublier la concrétisation possible d'une alliance militaire); -privilégier un contact avec l'adversaire, là où la défense suisse peut combattre du fort au faible; -utiliser tous les avantages que donne le terrain à la défense suisse; -exploiter un renseignement actif sur l'état des forces qui nous seraient opposées; -organiser une défense dans la profondeur; -adopter une ligne de base de notre armée permettant un meilleur engagement de nos troupes.
La ligne de base de Guisan 1921 correspond au Réduit 1940. Cette idée n'est d'ailleurs pas le résultat d'une réflexion de ce siècle, ainsi que certains l‘oublient trop facilement, mais constitue une conclusion logique chez les militaires suisses, depuis que Napoléon s'est “occupé” de l'Helvétie - pour la libérer comme certains le croient encore- avec les conséquences militaires que chacun connaît. Il s’agit aussi d’être conscient des mauvaises frontières franco-suisses d'un simple point de vue militaire. Ce qui ne vous empêchera pas de regarder les autres frontières qui ne sont guère meilleures sous cette unique perspective !
Chacun apportera son attention sur les aspects qui le passionnent. Je demeure certain que cette lecture sera profitable pour celui qui garde à l'esprit les contraintes du temps présent. Les lacs ne sont plus des obstacles insurmontables, mais la géographie suisse a toujours ses mêmes caractéristiques.
La mobilité comme la puissance de feu des troupes ont évolué; les moyens de reconnaissance sont très performants. N'oublions pas que les Afghans, dans des conditions moins favorables, ont obtenus des succès. De plus, la réflexion militaire sur le Deuxième conflit mondial doit tenir en compte les propos de Guisan au sujet de sa ligne de base: "Dans le cas de guerre avec la France comme avec l'Allemagne, notre base sera le canton du Tessin et des Grisons, subsidiairement le Valais" et "Son front est le suivant : Falknis -S(a)urenstock - Tôdi-Clariden St. - Titlis - T(h)ierberg(e) - Finsteraarhorn - Gd. [Grand] Muveran - Dent du Midi - Mt-Dolent ", sans oublier que: "Pour que cette ligne puisse être tenue, notre armée ne doit pas avoir subi avant son repli dans les Alpes des pertes supérieures au 38% de son infanterie et au 29% de son artillerie !".
Antoine Schülé
Contact : antoine.schule@free.fr
1. Pour profiter pleinement de ce texte, je recommande au lecteur de se munir d'une bonne carte au 1:500'000 (pour le moins) de la Suisse. Si vous avez une liste répertoriant les noms de lieu avec les coordonnées sur un atlas, cela vous facilitera la tâche.
Vous recouvrez cette carte suisse de deux feuilles de plastique transparent : sur la première feuille, vous mentionnez les possibilités adverses en rouge; sur la deuxième, vous notez nos propres possibilités en bleu. Ce travail nécessite du temps, mais vous connaîtrez mieux le pays et je ne serais pas surpris que, dans l'enthousiasme de la réalisation, vous vous mettiez à recomposer vos dessins pour mieux comparer le parti rouge du bleu.
Vous pouvez ainsi vous initier à l'emploi des troupes, en fonction d'une géographie spécifique. Pour les amateurs de "jeu de guerre", vous avez ici toutes les données utiles pour être le plus réaliste possible.
2. Les graphies des noms de lieu sont de 1921 et vous aurez parfois des graphies différentes actuellement : dans la citation qui précède, je mentionne par des parenthèses l'ancienne graphie. Je rappelle que certains lieux ont des dénominations française et allemandes. En cas de difficulté, je vous recommande le "Dictionnaire géographique de la Suisse". Knapp et Borel. 1906. Neuchâtel. Ed Attinger. 6 vol. Le "Précis de géographie militaire de la Suisse" (1914. Lausanne. Ed Martinet. 114 p.) du capitaine d'infanterie Th. Rouffy est l'ouvrage de référence à cette date : sa consultation est toujours d'une grande utilité et mériterait une réactualisation pour les derniers chapitres.
Sur mon blog, vous trouverez une brève analyse de la géographie suisse avec des images explicites pour tout homme de terrain.
Ce document a été publié par l’Association Saint-Maurice d’Etudes Miliaires (ASMEM) en l’an 2000. Ayant découvert ce document lors mes recherches aux Archives fédérales, je l’avais transmis au Major Luc Monnier qui en a assuré la transcription avec l’aide du Commandement de la Région 2 du Corps des gardes-fortifications.
Bonne lecture !
Antoine Schülé
Service de l'Etat-major général
Section des opérations. Nov. / Décembre 1921.
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Février 1922.
ETUDES OPERATIVES SUR le cas de guerre avec la France. (Sans alliances)
Col Guisan
Table des matières
Considérations générales (p. 3 - 5)
I. Offensive stratégique de la France (p. 5 - 14)
1. Base d'opérations
2. Lignes d'opérations
3. Plan de campagne
4. Mobilisation
5. Concentration
6. Couverture
7. Déploiement stratégique et opérations
II. Défense stratégique de la Suisse. Ligne de base (p.14 - 17)
III. Lignes de défense de l'armée (p.18 - 34)
1. Ligne des lacs, L - D
2. Ligne de l'Aare, A - a - D
3. Ligne du Napf - Stockhorn, A - S - D
4. Ligne du Napf - Niesen - Wildstrubel, Position d'armée A
5. Ligne de la Suhr
6. Ligne du Seethal
7. Ligne de la Reuss, Position d'armée B
8. Ligne des Préalpes, Position d'armée C
IV Couverture et voile (Schleiertruppen) (p. 35 - 46)
1. Conduite des opérations
2. Troupes
3. Groupements
4. Zones d'opérations
5. Concentration et transports
6. Destructions
7. Forts français
V Etablissements territoriaux (p. 46)
VI Défensive stratégique dès la zone frontière (p.47 - 49)
Considérations générales.
Motifs de guerre.
La France peut entrer en conflit armé avec la Suisse :
a) pour des motifs politiques, économiques ou financiers, conflit direct ou indirect, résultant de l'état politique actuel de l'Europe et dont l'exposé ne rentre pas dans le cadre de ces études;
b) pour des motifs militaires, c. à d. en vue d'utiliser les lignes d'opérations favorables qu'offre notre pays contre une ou plusieurs puissances voisines.
But des opérations.
Dans les deux cas ci-dessus, le but des opérations de la France sera la possession du plateau suisse et de nos centres vitaux.
La Suisse au contraire, en vertu de ses principes d'indépendance et de l'inviolabilité de son territoire, visera par ses opérations à gagner du temps pour s'assurer une situation politique aussi avantageuse que possible (Belgique 1914).
Conduite des opérations.
Pour atteindre ses buts de guerre, le premier objectif de l'envahisseur sera toujours l'armée suisse, car, tant que celle-ci n'est pas vaincue, la France ne pourra ni imposer ses exigences, ni tirer parti de notre territoire pour ses opérations ultérieures contre une puissance voisine.- Elle cherchera donc l'anéantissement aussi rapide et aussi complet que possible de notre armée : rapide pour prévenir toute intervention étrangère, complet pour éviter toute nouvelle résistance et toute dissémination de forces pour la protection de ses communications.- Grande puissance contre un petit Etat, la France procédera par l'offensive stratégique de grande envergure pour atteindre rapidement ses buts.
La Suisse au contraire, plus faible et livrée à elle-même, sera, devant une France puissante, réduite à la défensive. L'offensive stratégique, c. à d. la recherche des forces principales de l'adversaire pour les battre, lui est interdite vu ses moyens, ceci d'autant plus qu'elle connaîtra peu le déploiement stratégique de l'adversaire. Par contre, elle prendra l'offensive contre les groupements faibles du front d'opérations ennemi, qu'elle cherchera à déterminer le plus vite possible, pour les attaquer du fort au faible dès que l'occasion se présentera.
Nos opérations, qui auront donc pour but de gagner du temps, peuvent se caractériser successivement comme suit .
a) exploration stratégique sur un large front avec actions partielles et destructions éventuelles au delà de la frontière au moyen d'une partie de nos forces; barrages successifs sur les lignes d'invasion de l'adversaire; couverture et voile de la position d'armée en préparation;
b) offensives partielles et limitées dès que se produit une occasion favorable;
c) défensive sur la position d'armée avec reprise d'offensive si les circonstances s'y prêtent; devant des forces supérieures repli sur la ligne de base, préparation de la reprise de l'offensive.
Ainsi les opérations tendront à enrayer la marche de l'ennemi par des barrages successifs et par des réactions offensives, à ne céder ainsi le terrain que pas à pas, en se dérobant assez tôt pour échapper à l'étreinte de l'adversaire sans subir trop de pertes, afin de pouvoir reprendre l'offensive soit depuis la position d'armée, soit depuis la ligne de base.
Frontière.
La nouvelle frontière France - Suisse a environ, à vol d'oiseau, du Rhin près Hüningen au Rhône près Genève, un front de 200 km; de Chancy à St. Gingolph, 70 km et, de St Gingolph au Mont Dolent, 60 km.- Elle borde l'Alsace, le bassin du Doubs, le riche bassin de la Saône - admirable base d'opérations pour une action française contre la Suisse - et enfin les bassins de l'Arve et de la Dranse.
Le Jura est une succession de plateaux de plus en plus élevés en allant de France vers la Suisse; une sorte d'immense escalier. Les marches de cet escalier ne sont pas unies, mais striées dans le sens de la longueur par plis, c. à d. des crêtes qui séparent des dépressions, et ces plis sont de plus en plus accentués toujours en allant de France en Suisse, pour tomber enfin brusquement sur le plateau suisse.
Cette escarpe orientale du Jura constituerait par suite une ligne de défense très forte pour la France. Mais la frontière politique n'est pas la frontière naturelle, elle la coupe et recoupe de façon arbitraire. En effet à notre aile droite, elle est au-delà du Jura (Bâle-Porrentruy), au centre le Jura est à peu près partagé entre les deux pays et à notre aile gauche elle est en deçà (Pays de Gex).
Au sud du Léman, la frontière est constituée par la ligne de faîte.
La défense de cette frontière, qu'il faudrait reporter au-delà de la frontière naturelle, donnerait un développement de 330 km, dont 90 km de front ouvert, et exigerait tant de forces que nous ne pouvons songer à la défendre.
I. Offensive stratégique de la France.
1. Base d'opérations. (Carte I, 1,000,000)
Etant donné que la frontière ne présente que peu de saillants très prononcés, la base d'opérations et les lignes de base ne seront pas très éloignées de la frontière.
La base d'opérations d'une agression de la Suisse par la France est toute indiquée dans le bassin de la Saône dans le triangle formé par les places de Lyon - Besançon - Belfort - (Mulhouse) - Dijon.
La ligne de base ferroviaire Lyon - Besançon - Belfort - Mulhouse court parallèlement à la frontière à une distance de celle-ci d'environ 50 km de Bourg à Besançon; Lyon en est éloignée de 90 km, tandis que Belfort et Mulhouse s'en rapprochent à 15 et 25 km.
Cette ligne de base peut, suivant les circonstances, être reportée 30 - 40 km plus en arrière sur la parallèle Lyon - Châlon - Vesoul, ou encore Lyon - Dijon - Langres. A ces parallèles à double voie aboutissent de nombreuses voies ferrées de l'intérieur de la France, tandis que s'en détachent plusieurs lignes perpendiculaires à la frontière, conduisant à la zone d'opérations du Jura et de la Savoie. Ces nombreuses voies ferrées permettraient: de rassembler sans qu'il y paraisse un nombreux matériel de chemin de fer, de transporter rapidement de grosses masses de troupes. Elles permettent une concentration ferroviaire très profonde, des déplacements et des rocades faciles, par conséquent un déploiement stratégique très rapide des armées d'invasion.
2. Lignes d'opérations. (Carte I)
Les perpendiculaires mentionnées plus haut doublées de bonnes routes pour automobiles constituent d'excellentes lignes d'opérations pour l'assaillant et permettent de pousser la zone de débarquement à proximité de la frontière: Annemasse - Bellegarde - Gex-Morez - Pontarlier - Morteau - Delle - St.Ludwig.
Ces lignes d'opérations tendent au-delà de la frontière à des objectifs séparés par les lacs Léman, de Neuchâtel et de Bienne, obstacles infranchissables qui constituent entre eux 3 intervalles:
1 grand entre les lacs Léman et de Neuchâtel d'environ 30 km,
1 petit entre les lacs de Neuchâtel et de Bienne d'environ 6 km,
1 grand entre le lac de Bienne et le Rhin d'environ 55 km.
Par leur aboutissement à ces intervalles, les nombreuses lignes d'opérations françaises contre la Suisse peuvent se grouper en 4 secteurs d'invasion comme suit :
a) Secteur Savoie :
ligne Valence - Grenoble - Ugines - Chamonix )
ligne Lyon - Chambéry - Annecy - Arve ) Objectif : Bas Valais,
ligne Lyon - Bellegarde - Annemasse - Thonon )
correspondant aux 3 grandes voies de pénétration dans le Bas Valais (Châtelard, Morgins, St.Gingolph).
Distance moyenne de la zone de débarquement à la vallée du Rhône = 40 km.
b) Secteur Jura sud :
ligne Lyon - Bellegarde - Gex Genève )
ligne Macon - Bourg - St.Claude ) Objectif : Pays de Vaud,
ligne Châlon - Lons=le=Saunier - Morez )
ligne Dijon - Frasne - (Pontarlier) )
Depuis la zone de débarquement, ce secteur compte 5 grandes voies (routes) de pénétration à travers le pays de Vaud (Genève[Gex], St.Cergue, Vallée de Joux , Vallorbe, Sainte Croix). Le terrain, sur lequel débouchent les passages du Jura, est ouvert et favorable au déploiement jusqu'à la ligne Venoge - Thièle. Distance de la zone de débarquement à la ligne ci-dessus : de 30 - 45 km.
c) Secteur Jura moyen :
ligne Dijon - Pontarlier )
ligne Besançon - Morteau ) Objectifs : Canal de la Thièle - Bienne
ligne Montbéliard - St.Hippolyte )
La Cie. de la ligne Besançon - Morteau a fait faillite. Cette ligne fut rachetée par le Gouvernement qui , paraît-il, fit construire la double voie.
Ce secteur ne compte que 2 grandes voies de pénétration qui sont moins favorables en raison des défilés du Jura et des difficultés de déploiement (Val de Travers, Val de St.Imier). Elles se heurtent au Canal de la Thièle et aux défilés en arrière de Bienne.
Distance entre la zone de débarquement et la ligne des lacs = 50 km.
d) Secteur Sundgau :
ligne Belfort - Delle )
ligne Belfort-Altkirch- Pfirt) Objectifs sur l'Aare moyenne :Solothurn - Olten - Brugg.
ligne Mulhouse - Bâle )
Les voies de pénétration sont plus nombreuses (6) que dans le secteur précédent, mais se heurtent dans le Jura aux mêmes difficultés topographiques (Franches Montagnes, Rangiers, la Lucelle, Birsig - Thal, Vallée de l'Ergolz, Vallée du Rhin). Les débouchés dans la vallée de l'Aare sont rares : sur un front de 120 km (de Neuchâtel à Brugg), on n'en trouve que 6 (Bözberg, Hauenstein, Balsthal, Weissenstein, Biel, Jolimont).
Ces communications présentent par contre pour l'envahisseur l'énorme avantage d'avoir les zones de débarquement à 40 - 60 km de la ligne de l'Aare, derrière laquelle il recherchera le gros de l'armée suisse, tandis que celles du secteur Sud en sont éloignées de 130 km.
3. Plan de campagne.
Le plan de campagne français visera à mettre hors de cause l'armée suisse le plus vite possible. Pour l'atteindre, laquelle des zones d'invasion est la plus favorable ?
La zone Nord est la plus courte, elle vise notre pays au coeur et fait tomber d'un coup toute la défense à l'Ouest. Elle est par contre désavantagée par le terrain (défilés du Jura).
La zone Sud est trois fois plus longue que les deux précédentes et oblige l'armée d'invasion à attaquer successivement les lignes de défense entre le Lac de Neuchâtel et le Lac Léman d'abord et les Préalpes ensuite. Plus favorable au déploiement et à un assaillant supérieur en nombre, elle ne déploiera cependant tous ses effets que si elle est utilisée simultanément avec la zone Nord. En effet pour éviter le risque que ses armées ne soient battues séparément par nos forces concentrées à temps, l'envahisseur aurait avantage à faire avancer ses armées à la même hauteur.
Une considération politique erronée, mais assez répandue en France, pourrait inciter le gouvernement français à éviter le théâtre des opérations Sud afin de se ménager les sympathies passant pour très francophiles des cantons romands et porter tout leur effort par la zone Nord avec simple barrage de la zone Sud. Ce plan tendrait à couper en 2 tronçons non seulement nos forces mais le pays lui-même.
D'autre part si la France veut en finir vite, elle devra chercher à empêcher le repli de l'armée suisse dans les Alpes, ce qui aurait pour conséquence de faire traîner les opérations en longueur. Pour parer à cette éventualité, le plan français serait au contraire de donner plus de poids à l'invasion par la zone Sud, en coordination avec une offensive par la Savoie et le pays d'Enhaut, tout en se tenant d'abord sur la défensive dans la zone Nord jusqu'au moment où pourra se fermer la tenaille.
Mais aussi en cas d'invasion par la zone Nord - à l'exclusion de la zone Sud (pour des raisons politiques invoquées dans l'alinéa précédent) - l'aile droite de l'envahisseur, débouchant par le Canal de la Thièle (le flanc protégé par quelques corps de cavalerie), pourrait foncer sur Berne - Lucerne, cherchant de même à couper aux défenseurs de l'Aare la retraite dans les Alpes.
Si au contraire, usant de son énorme supériorité numérique et matérielle, les considérations politiques cédant le pas aux considérations militaires, la France utilise les 3 zones d'invasion, son plan pourra aussi bien être la rupture de nos forces en deux tronçons que leur enveloppement.
Nous aurons donc les éventualités suivantes :
a) coup droit Nord - Sud, par le Jura Moyen et Nord en direction de Berne et de Lucerne, pour couper en deux nos forces et nos ressources ;
b) offensive Ouest - Est, par la Savoie et le Jura Sud (éventuellement aussi par le Jura Moyen) en direction de Berne - Lucerne, pour couper à notre armée tout repli dans les Alpes ;
c) offensive sur tout le front, avec effort principal par les deux ailes. Dans les cas b et c, les opérations dans le pays d'Enhaut et l'Oberland bernois auraient le caractère de guerre de montagne et menaceraient directement l'aile gauche de notre ligne de base.
Quant aux moyens que la France emploiera contre nous, ils seront proportionnés à ses buts de guerre et à la valeur qu'elle attribue à notre armée. Elle mettra en ligne les forces qu'elle estime nécessaire pour mettre rapidement notre armée hors de cause, et pour occuper le Plateau aux fins d'assurer ses lignes d'opérations ultérieures.
4. Mobilisation. (Annexe I & carte II)
L'armée française compte à ce jour 25 corps d'armée, y compris les 3 corps de l'armée d'occupation du Rhein et le corps colonial. Le C.A. à 2 Div. I. plus les troupes non endivisionnées compte environ 40,000 hommes (voir annexe I, composition normale du C.A., et carte II, répartition régionale des C.A.).
Il importe de fixer les temps nécessaires à la mobilisation et à la concentration des corps français. Nous ne pouvons mieux faire que prendre les résultats de 1914 :
Le décret de mobilisation est daté du 1. août à 15 h 40.
Le 1. jour de mob. fut le 2 août ; la mobilisation fut terminée le 5 août pour les troupes combattantes. Sur le réseau de l'Est les transports de mob. nécessitaient 600 trains du 2 au 5 août, y compris les troupes pour le renforcement des troupes de couverture.
La mobilisation des éléments combattants dura donc 4 jours, 2 - 5 août ; (cav. = 5 - 24 heures, inf. = 2 - 3 jours, art. = 4 jours, trains jusqu'à 8 jours). Il y avait alors 3 classes d'âge sous les drapeaux. Si le service se réduisait à l'avenir à 1 an ou 18 mois, la durée de la mob. serait certainement plus grande. Elle dépendra aussi du nombre de volontaires présents sous les drapeaux.
5. Concentration.
Le 5 août, soit le 4ème jour de mob., commencèrent les transports de concentration des éléments combattants dits "de 1ère urgence", qui durèrent jusqu'au 12 août (2500 trains). Du 12 - 18 août se firent les transports des éléments moins urgents (1800 trains). De sorte que dès le 12 août les opérations pouvaient commencer, soit le 11ème jour de mob. En fait du reste la bataille s'est engagée le 14 août au matin (13ème jour de mob.) avec les Ière et 2ème armées et l'armée d'Alsace. La concentration des éléments combattants des C.A. avait duré 7 jours, celle des parcs, convois et Div. de réserve 6 jours.
La concentration est indépendante de la mobilisation, elle la chevauche dans des conditions qui varient avec le plan appliqué. Chaque unité peut être enlevée aussitôt prête à partir. La cavalerie, par exemple, n'attend pas les réservistes; elle part avec 4 escadrons sur 5 que compte le régiment. A l'avenir, l'aviation sera comme la cavalerie expédiée de suite à la frontière, etc. En outre s'il n'y a qu'une mobilisation, les plans de concentration par contre peuvent être multiples et les chiffres indiqués ci-dessus pourront être modifiés suivant les effectifs et les conditions de transport et de marche.
En effet l'instrument principal de la concentration est le chemin de fer. Comme nous l'avons vu sous 1, la France est dans le cas d'une offensive contre la Suisse particulièrement favorisée sous ce rapport. Elle dispose du réseau ferré et routier suffisant pour concentrer rapidement 3 armées à proximité de notre frontière, qui pourraient commencer à opérer dès le 9ème ou 10ème jour de mob. en prenant pour base les résultats de 1914.
Le transport d'un corps d'armée à 2 Div. I. plus troupes non endivisionnées de C.A. demande 125 trains (45 pour 1 Div. I.). Sur tous les réseaux français, le graphique militaire est tracé à 20 minutes, soit une densité de courant de 3 marches par heure = 72 par 24 heures. Sur le réseau du Nord, le graphique militaire des lignes à double voie comporte même des marches tracées à 10 minutes, mais c'est un maximum théorique que ce réseau serait susceptible de débiter sur certaines sections et durant des périodes variables.
En 1914, la concentration sur la frontière de l'Est était organisée au moyen de 10 grands courants (lignes). Chaque ligne débitait 2 C.A. et les Div. de réserve des régions correspondantes. La densité était de 50 trains par jour et par ligne. En prenant ce chiffre pour base, il faudrait donc 2 jours ½ pour le transport d'un C.A. (composition actuelle). S'ils sont commencés le 4ème jour de mob. et qu'on dispose d'une ligne par C.A., les éléments combattants des C.A. seraient donc en place le 7ème jour de mob., ou le 9ème jour de mob. si la ligne doit débiter 2 C.A.
En prenant pour base les possibilités sus-énoncées, nous aurions la concentration hypothétique suivante :
Armée sud : (env. 7 C.A.)
dans la zone de Lyon - Lons-le-Saunier - Arbois - Châlon - Mâcon avec zone de débarquement pouvant être poussée, suivant les circonstances, jusqu'à Gex - Morez - Rochejean (Frasne), tandis que 2 C.A. se concentreraient en Savoie.
Cette zone de concentration est peut-être très étendue, mais elle correspond aux voies d'invasion à travers le Pays de Vaud.
Courants de concentration :
Valence - Lyon - Thonon - Chambéry - Le Fayet ) 14 C.A. (couverture de la Savoie)
Marseille - Lyon - Annemasse )
Marseille - Valence - Chambéry - Bonneville ) 15 C.A.
Montpellier - Nîmes - Lyon - Bellegarde ) 16 C.A., év 17 C.A.
Clermont - Roanne - Mâcon - Bourg ) 13 C.A.
Limoges - Bourges - Nevers - Châlon Lons-le-S. ) 8 & 12 C.A.
Il faut compter en outre avec 2 corps coloniaux, dont l'arrivée dépendra des possibilités de transports à travers la Méditerranée. La tendance étant nettement d'augmenter le recrutement indigène des colonies ainsi que celui de la Légion étrangère, on peut s'attendre à voir dans l'avenir ces corps de troupes plus que doublés.
L'électrification des lignes du P.L.M. dans la vallée du Rhône est à l'étude. Si ce projet était mis à exécution, la rapidité de concentration des troupes sur ce réseau serait considérablement augmentée, mais d'autre part il serait plus vulnérable.
Armée du centre : (2 C.A.)
dans la zone Mouchard - Besançon - Dijon, avec zone de débarquement pouvant être poussée jusqu'à Pontarlier et Morteau.
Courants de concentration :
Blois - Orléans - Sens - Dijon - Besançon ) 5 C.A.
Paris - Troyes - Chaumont - Langes - Gray - )
Besançon ) 4 C.A., év. 11 C.A.
Armée du nord : (5 C.A.)
dans la zone Belfort - Mulhouse, avec zone de débarquement pouvant être poussée jusqu'à Delle-Pfirt-St.Ludwig.
Courants de concentration :
Tours - Orléans - Dijon - Besançon - Montbéliard ) 9 C.A.
Strasbourg - Mulhouse - ) 2 C.A. du nord
Nancy - Epinal - Belfort ) 20 ou 21 C.A.
Châlons s.M. - Mirecourt - Vesoul ) 6 C.A.
Corps de couverture du jura : 7ème Corps d'armée. (Besançon)
Il est a remarquer que les compositions françaises de trains sont beaucoup plus lourdes et plus longues que les nôtres, de sorte que le débarquement ne pourrait s'opérer dans nos gares. La zone de débarquement ne pourra donc être poussée en deçà de notre frontière.
D'autre part il faut compter avec les transports par automobiles qui pourraient certainement commencer aussi dès le 5ème ou 6ème jour de mob. et qui sous la protection avancée d'une forte couverture pourraient déverser des troupes même en deçà de la frontière.
La zone de concentration doit être absolument à l'abri d'une offensive de l'adversaire. Celle indiquée ci-dessus est située à peu près à la même distance de notre frontière que le furent celles des Ier et IIème armées françaises en 1914 : le gros de la Ière armée était aux environs d'Epinal, celui de la IIème armée dans la région de Nancy et au nord de Toul, soit à environ 30 - 40 km de la frontière allemande. Il va sans dire cependant qu'en face de la Suisse, dont la force de pénétration est beaucoup moindre, la zone de concentration pourra être portée plus en avant. Cela dépendra des circonstances et de la force de la couverture. La volonté de faire la guerre entraîne l'initiative de l'offensive et par suite le choix du théâtre des opérations et des moyens. Il sera donc facile à la France de prendre d'avance ses mesures de mobilisation et de couverture, voire même celles pour entraver notre mobilisation.
6. Couverture. (Carte III & annexe II)
En 1914, la nouvelle loi de recrutement, donnant des ressources en hommes, avait permis de renforcer les unités de couverture et de les mettre presque sur pied de guerre. D'autre part les régions territoriales étaient modifiées de telle sorte que 5 d'entre elles viennent border la frontière allemande (7ème Besançon, 21ème Epinal (nouveau), 20ème Nancy, 6ème Verdun, et 1 Div. du 2ème C.A. Amiens). La couverture était ainsi confiée au début de la mobilisation à ces 5 corps-frontière, à effectifs de guerre et disposant de divisions de cavalerie. Ils étaient renforcés du 5ème au 6ème jour de mob. par 3 nouvelles Div. I. Les troupes de couverture s'appuyaient sur un certain nombre d'ouvrages du moment, qui devaient être établis dès la mob. et devaient leur permettre de tenir longtemps contre des forces supérieures.
L'ordre de mobilisation fut précédé de l'ordre de mise en place de la couverture donné le 30 juillet à 17.00 h. Les transports de couverture commencèrent le 31 juillet à 21.00 h. et furent terminés le 3 août à midi sans aucun retard et sans aucune suspension du service commercial (sur le réseau de l'Est 538 trains).
Qu'en sera-t-il à notre frontière en cas d'une agression de la France ? Actuellement les corps de couverture sont au nombre de 8 (sans parler des 3 C.A. de l'armée d'occupation), savoir : 15ème Marseille, 14ème Lyon, 7ème Besançon, 21ème Epinal , 20ème Nancy, 6ème Metz et Châlons s.M., 2ème Amiens, 1er Lille.
La 7ème région borde notre frontière de Bellegarde à Hüningen, tandis que la 14 ème la borde en Savoie (voir sous annexe II la composition des 7ème et 14ème C.A., et sous carte III leur stationnement détaillé). Le stationnement des troupes du 7ème corps et de quelques-unes du 14ème est distant de 40 à 50 km seulement des points stratégiques importants du Jura. En outre 2 divisions de cavalerie stationnent à Lyon et à Strasbourg, soit à 120 km de notre frontière (voir carte III). Toute ces troupes (environ 53,000 hommes) sont presque sur pied de guerre et prêtes quasi instantanément. En ajoutant à ces 2 C.A. les éléments stationnés dans les 7ème et 14ème régions, mais ne faisant pas partie des C.A., on arrive à un total de près de 100,000 hommes. En outre dans la région de Dijon - Mâcon stationne la 15ème Div. I du 8ème C.A.
Depuis la guerre, la garnison de Lons-le-Saunier a ses casernes et arsenaux agrandis et réparés.
Les forts des Rousses et du Risoux peuvent loger maintenant ensemble plus de 6000 hommes dans 3 casernes (on a même parlé de 10,000).
La mise en place de la couverture sur les points stratégiques importants du Jura et des Alpes pourrait donc s'effectuer en moins de 48 heures par 8 régiments d'infanterie du 7ème C.A., renforcés d'artillerie et de 2 régiments d'infanterie du 14ème C.A., suivis de 2 divisions de cavalerie.
Cette préparation des corps de couverture ne diminuera pas, car il ressort au contraire des débats qui eurent lieu au sujet de l'organisation de l'armée, que la tendance est de renforcer d'autant plus les corps de couverture qu'il y aura à l'intérieur moins de classes d'âge sous les drapeaux. Le principe qui est à la base de la réorganisation de l'armée est d'avoir une forte couverture derrière laquelle se fera la mobilisation de la nation.
Si ce principe exclut la surprise de la masse, il facilite d'autant plus les actions partielles et rapides. En effet le danger que représentent pour nous ces fortes troupes de couverture, dont la mise en place précède la mobilisation, n'est plus seulement dans l'occupation des points stratégiques importants, mais surtout dans les perturbations que les autos blindées et les divisions de cavalerie peuvent causer sur les places de rassemblement de corps sises à peu de distance de la frontière, tandis que celles de l'intérieur seront prises à partie par les escadrilles de bombardement ennemies.
Il résulte de ce qui précède que si notre mobilisation ne peut pas précéder la mobilisation française, elle doit au moins être simultanée , c-à d. ordonnée le même jour.-
7. Déploiement stratégique et opérations. (Carte IV au 250,000)
L'hypothèse des 3 zones de concentration indiquées plus haut, avec zones de débarquement poussées jusqu'à la frontière sous la protection de troupes de couverture, donnerait à l'envahisseur des voies de pénétration qui peuvent se grouper en 3 zones de marche, correspondantes aux 3 armées d'invasion. Chaque zone de marche aurait autant d'itinéraires routiers que de C.A. en première ligne.
En donnant à chaque route le maximum de densité, soit 1 C.A. à 2 Div. I (profondeur des combattants = 30 km), notre adversaire pourrait acheminer concentriquement en direction de l'Aare moyenne :
Armée sud :
par la Savoie ) 2 C.A. sur le front Col de Balme - St.Gingolph = 45 km
par le Pays de Vaud ) 5 C.A. sur le front Lac de Neuchâtel - Préalpes (plus 1 des C.A. débouchant par la Savoie) = 30 km
Armée du centre :
par le Jura moyen ) 2 C.A. en direction du Canal de la Thièle et de Bienne = 25 km
Armée nord :
par le Jura nord ) 5 C.A. entre l'Aare et le Rhein = 30 - 40 km
T O T A L = 14 C.A., ou 28 divisions de 1ère ligne.
Il est évident que les 5 C.A. qui marchent parallèlement à travers le Pays de Vaud pourraient aussi s'échelonner en profondeur s'il n'étaient pas suivis de corps de seconde ligne, de manière à s'assurer ainsi toutes possibilités de manœuvre.
Dans l'hypothèse de l'offensive principale par le Jura Moyen et Nord - aile droite en direction de Berne, aile gauche en direction d'Olten par ex. -, il est clair également que les Français pourraient parfaitement lancer 2 C.A. par le Val de Travers et 2 également par la Chaux-de-Fonds - St.Iimier, précédés de fortes escadrilles de bombardement.
Vu les communications il serait cependant difficile d'augmenter beaucoup le nombre des divisions opérant dans le Jura. Entre les lacs et les Préalpes par contre, l'adversaire aurait toutes facilités d'augmenter ses forces, étant donné l'étendue du réseau routier.
En plus des itinéraires indiqués sur la carte, les C.A. pourraient disposer encore de quelques routes parallèles pour le fractionnement des colonnes et les nécessités de manoeuvre.
Chaque armée disposerait pour ses communications avec l'arrière de 2 -3 voies ferrées. Elle utiliseront cependant le plus possible les routes afin d'obvier aux inconvénients résultants des destructions de voies ferrées, quoique celles-ci seraient réparées par des moyens préparés à l'avance.
La France disposait en novembre 1918 de 55,000 véhicules automobiles (non compris l'artillerie et l'aviation 38,000) et de 110,000 hommes de personnel. Une armée française dispose en propre d'un certain nombre d'unités automobiles organisées en groupes de transport. Un groupe de transport, divisé en 4 sections, comprend 80 camions et transporte 160 tonnes ou 1000 hommes. Un groupement comprend 7 - 8 groupes et a une capacité de transport correspondant à une infanterie divisionnaire (en convoi sur la route = 20 km).
Il ne faut cependant pas oublier qu'en temps de paix le service automobile n'existe qu'à l'état embryonnaire (recensement et affectation pour le cas de mob.) et qu'il devrait être constitué de toutes pièces à la mobilisation.
En résumé, en admettant que les zones de débarquement soient poussées jusqu'aux stations-frontière et que les opérations commencent sans décalage le 10ème jour de mob. sur tout le front, les têtes de colonnes des C.A. pourraient atteindre le 12ème jour de mob. :
Armée sud :
la vallée du Rhône et la ligne Venoge - Orbe (ne se présenteraient sur l'Aare que le 15ème jour de mob.) ;
Armée du centre :
le Canal de la Thièle - Bienne ;
Armée nord :
le front Weissenstein - Hauenstein - Bözberg.
Les opérations pourraient donc se présenter comme suit :
Pendant que les corps du Nord opéreraient du 12ème au 15ème jour de mob. pour s'emparer des débouchés du Jura, cherchant à y attirer nos forces, une masse de 7 C.A. (14 Divisions) des armées du Sud et du Centre, opérant entre le Jura et les Préalpes, gagnerait l'Aare en amont et en aval de Berne tandis que 2 C.A. environ opéreraient dans le Bas Valais et dans l'Oberland bernois. Cela correspondrait à l'éventualité envisagée : couper à l'armée suisse son retrait dans les Alpes.
(Concerne l'offensive stratégique française voir aussi dossier : "Invasion bleue ou rouge" préparatifs 1917)
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II. Défensive stratégique de la Suisse, ligne de base.
(Carte V ) 1:250,000.
La ligne de base est l'extrême limite sur laquelle l'armée pourrait se retirer pour couvrir la base et les approvisionnements de toute nature qui y ont été accumulés. Cette base n'est pas productrice, c'est un grenier formé par les évacuations de l'intérieur du pays et alimenté de l'extérieur. Sa perte équivaut à la perte de la guerre.
La ligne de base, sur laquelle l'armée ne se retirera qu'après avoir été contrainte d'abandonner le Plateau, doit donc être proportionnée aux forces restantes et être par conséquent la plus courte possible.
Les Alpes offrent une barrière de protection,
qui ralentit les opérations de l'adversaire,
qui l'amène dans un terrain défavorable où il ne peut utiliser la supériorité de ses moyens,
qui soustrait notre base et nos réserves au tir des canons à longue portée (30 km),
qui rend difficile le bombardement par avions,
qui enfin exige le moins de troupes pour la défense.
Dans le cas de guerre avec la France, comme avec l'Allemagne, notre base sera, le canton du Tessin et celui des Grisons, subsidiairement le Valais.
La ligne de base est la même que dans le cas d'une attaque venant du Nord, à l'exception de l'aile droite que se termine à la Luziensteig et de l'aile gauche qui s'étend jusqu'au Mt. Dolent. Son front est le suivant :
Falknis - Saurenstock - Tödi - Clariden St. - Titlis - Thierberge - Finsteraarhorn - Gd. Muveran - Dent du Midi - Mt. Dolent, ce qui donne un développement de 299 km, soit 70 km de moins que la ligne de base face au Nord (369 km) et représenté par :
18 km de front ouvert,
26 km de front montagneux praticable,
255 km de front Hautes Alpes, impraticable.
Le tableau suivant (page 17) donne la répartition des secteurs, les troupes nécessaires et les commandements. L'annexe III (ligne de base du front Nord - Est) donne un commentaire de la ligne applicable au front Nord - Ouest.
Il en résulte du tableau que cette ligne de base exige pour un front de 299 km :
49 bataillons ) en 1ère ligne,
63 batteries )
28 bataillons ) en 2ème ligne,
36 batteries )
au total = 77 bataillons et 99 batteries, sur les
128 bataillons et 138 batteries que nous possédons,
soit le 62% de notre infanterie et le 71% de notre artillerie.
Pour que cette ligne puisse être tenue, notre armée ne doit pas avoir subi avant son repli dans les Alpes des pertes supérieures au 38% de son infanterie et au 29% de son artillerie !
| P. 16 |
III. Lignes de défense de l'armée.
(Cartes V et VI, 1:250,000 & 1:100,000)
La position d'armée a pour but :
1. de couvrir le plus possible le territoire national, d'en utiliser les ressources ou d'en permettre l'évacuation;
2. de permettre de manœuvrer et de profiter de toute situation défavorable de l'adversaire pour l'attaquer, voire même de se ménager la possibilité d'une action décisive si les circonstances s'y prêtent;
3. de différer le repli sur la ligne de base.
Le souci de la défense du territoire ne doit pas conduire au système du cordon (France août 1914), mais au contraire à la concentration des moyens. La ligne de défense doit être strictement proportionnée aux forces disponibles non seulement pour permettre d'y chercher la décision mais aussi pour assurer quoiqu'il arrive le repli sur la ligne de base.
La position d'armée sera donc aussi courte que possible afin d'absorber un minimum de troupes; mais d'autre part le territoire qu'elle couvrira devra avoir une valeur proportionnée aux sacrifices à consentir.
La frontière Ouest ayant un développement de 330 km, dont 290 en terrain ouvert, Jura et Préalpes, ne peut entrer en considération.
Les autres lignes qui auraient pu entrer en jeu donnent les fronts suivant :
1. Lignes des lacs, L - D : Hüningen - Rangiers - Jolimont - Yverdon - Lausanne - Bouveret - Mt. Dolent = 275 km (avec lacs), dont
75 km front ouvert à 10 km par Div. = 8 Div. *)
90 km front Jura et Préalpes à 15 - 20 km par Div. = 4- 5 Div. Donc: 12 -13 Div.
20 km front de Haute montagne impraticable
90 km front d'observation le long des lacs
*) Cette proportion est un minimum. Les Autrichiens ont tenu leur front dans un terrain semblable avec une proportion égale en inf., double en mitr. et triple à quadruple en art. - Les Italiens avaient un équipement du front plus dense encore, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'ils n'obtenaient de succès qu'avec une proportion de forces de 3 - 6 fois supérieure à celle de l'adversaire.
Cette ligne L - D nécessiterait donc avec les réserves nécessaires des forces égales à 2 fois ½ notre armée.
2. Ligne de l'Aare, A - a - D : Rhein - Hauenstein - Aare - Ligne des lacs - Yverdon - Lausanne - Bouveret - Mt. Dolent = 295 km (avec lacs), dont
100 km front ouvert (dont 60 derrière Aare - Thièle) = 8 Div.
80 km front Jura et Préalpes = 4 Div.
20 km front de Haute montagne, impraticable
95 km front d'observation le long des lacs,
ligne qui nécessiterait donc avec les réserves environ 15 Div.
3. Ligne du Napf - Stockhorn, A - S - D : Rhein - Hauenstein - Napf - Hohgant - Stockhorn - Dt. de Brenleire - Villeneuve - Bouveret - Mt. Dolent = 280 km, dont
45 km front ouvert = 4 - 5 Div.
135 km front Jura et Préalpes = 7 - 8 Div.
100 km front impraticable,
soit environ 12 Divisions, déjà le double de notre armée.
Aucune de ces 3 lignes n'est donc défendable avec nos seules forces. Elles ne peuvent être utilisées que pour la manoeuvre stratégique, pour le voile, les missions d'arrière-gardes, ou enfin pour le cas où une armée étrangère s'engageraient à nos côtés.
4. Ligne du Napf - Niesen - Wildstrubel (position d'armée A du tableau) :
La première ligne qui paraît répondre à l'exiguïté de nos moyens et convenir comme position d'armée est la ligne : Rhein - Hauenstein - Napf - Niesen - Wildstrubel - St. Maurice - Mt Dolent. Cette ligne a un développement de 270 km, dont
49 km front ouvert,
90 km front Jura et Préalpes,
131 km front Haute montagne, impraticable.
Elle couvre la moitié de notre territoire, dont les centres de Zürich, Luzern, notre noyau central, une bonne partie de l'Oberland bernois y compris le débouché du Lötschberg.
Elle laisse une large zone d'opérations avec toutes ses lignes de communications et de rocades pour une reprise d'offensive. La partie droite flanque le coup droit Nord-Sud, et la partie gauche l'invasion Ouest-Est. Enfin du fait qu'elle se soude par sa gauche à la ligne de base, elle s'assure déjà un pivot solide si le repli sur toute cette ligne devenait nécessaire. Du Wildstrubel au Mont Dolent, elle emprunte en effet déjà la ligne de base, sur un front de 100 km, dont 85 impraticables.
Variante Napf - Brienzer Grat - Finsteraarhorn.
La variante A1 du tableau a un front de 299 km (soit 29 km de plus que A), mais emprunte la ligne de base dès le Finsteraarhorn sur un front de 150 km, dont 134 km impraticables. Le front ouvert est de 5 km plus petit, mais celui des Préalpes est de 3 km, et celui des Hautes Alpes de 31 km plus long. L'économie de troupes que procure la diminution du front ouvert est donc compensée en partie par l'extension des autres fronts, et par un emprunt plus grand de la ligne de base (50 km de plus = 2 Bat.).
L'économie de 2 Bat. et 2 Bttr. qui en résulte ne peut être mise en regard de la perte de l'Oberland bernois, du Lötschberg et des possibilités de manoeuvre qu'ils offrent. - Pour ces motifs la ligne du Niesen - Wildstrubel parait donc préférable à cette variante.
Le tableau suivant (page 20) donne le développement du front A et de la variante A1, tandis que les tableaux A et A1 (pages 21 et 22) donnent les secteurs tactiques et les effectifs nécessaires.
| P. 20 |
| p. 20 |
| p. 21 |
| p.22 |
La position d'armée proprement dite, soit du Rhein à la ligne de base, pourrait donc comprendre:
a) l'aile droite, du Rhein à l'Aare, secteur 1 et 2 du tableau, comptant 2 divisions renforcées sous un commandement de C.A. et couvrant la basse Aare ;
b) le centre, de l'Aare aux Préalpes, secteurs 3 et 4 du tableau, barrant les communications à travers le plateau, ainsi que celles qui au nord et au sud du Napf convergent vers Luzern. Il exige 2 divisions renforcées à 4 brigades chacune, dont 1 Br. de montagne, soit 8 brigades renforcées, le tout sous un commandement de C.A.
Le centre droit, qui correspond au plateau, est le point faible de la ligne, car c'est là que l'adversaire pourra le mieux utiliser la supériorité de ses moyens :
c) le centre gauche, du Hohgant au Wildstrubel, forme la défense de l'Oberland bernois et la soudure avec la ligne de base. Il nécessite 1 brigade renforcée à 3 régiments.
Cette position d'armée exigerait donc la totalité de nos Bat. d'inf. (122 Bat.) y compris l'infanterie de forteresse, et 132 Bttr. sur un total de 138.
La ligne A1 permet une économie de 2 Bat. Cette économie de 2 Bat. coûte par contre la perte de l'Oberland bernois et du Lötschberg.
Réserve d'armée.
Quoique la positon d'armée ne doive pas être tenue à tout prix et qu'elle ait surtout pour but de gagner du temps (motifs politiques ou militaires), il faut cependant pouvoir disposer d'une réserve d'armée d'environ une division au moins. Cette division nous manque et encore une fois se fait sentir la nécessité d'avoir une division de plus pour la défense de notre territoire.
Le prélèvement des troupes nécessaires à la constitution d'une réserve d'armée ne pourrait donc se faire qu'au détriment de la ligne de base valaisanne. Celle-ci compte environ 4 brigades (y compris la garnison de St, Maurice), dont une de réserve. Ceci est un minimum et il y a lieu de remarquer que la brigade de réserve de Brig prévue pour la ligne de base est déjà employée et que la réserve de Martigny ne compte qu'une brigade renforcée. Pour récupérer ces troupes, il faudrait abandonner tout ou partie du Valais et ramener la ligne de base sur le front Wildstrubel Matterhorn (gain 2 Br. ou sur le front Furka - Griespass (gain 3 Br.).
On abandonne ainsi la base du Valais pour couvrir une autre partie du territoire national, beaucoup plus riche en ressources il est vrai, mais dont la ligne de défense moins forte ne pourra être tenue que temporairement. Cet abandon, sans parler des conséquences politiques, ferait perdre en outre les possibilités et les avantages d'une action offensive par le Valais sur le flanc droit de l'adversaire ou sur ses lignes d'opérations. Donc du point de vue défensif conserver la ligne de base du Valais c'est consolider la défense et du point de vue offensif c'est s'assurer des débouchés favorables.
La réserve d'armée aurait sa place dans la région Sursee - Luzern pour pouvoir être dirigée rapidement (automobiles) soit sur l'Aare soit sur l'Entlebuch, si une offensive partielle en direction générale de Berne avait des chances de réussite. A considérer en outre l'avantage des nombreuses lignes de rocades qu'offrent les vallées de la Wigger, de la Suhr, du Seethal et de la Reuss.
Repli.
Au cas où le repli s'imposerait, l'aile droite et le centre droit pourraient se replier derrière l'Aare et la Reuss, le centre même sur le front Pilatus - Hohgant en position de flanc, où il se souderait à la défense de l'Oberland bernois (sinon de la ligne A1 ), menaçant ainsi la ligne d'opérations de l'adversaire par l'Entlebuch.
Offensive adverse.
En prenant le déploiement stratégique de l'adversaire, tel qu'il est supposé dans la 1ère partie de cette étude, les forces adverses de 1ère ligne qui pourraient aborder la position compteraient :
a) devant l'aile droite, entre Rhein et Aare :
5 C.A. = 10 Div. (chacune à 9 Bat. & 18 Bttr., plus 12 Bttr. A. L. du C.A.),
b) devant le centre, entre l'Aare et l'Oberland bernois:
8 C.A. = 16 Divisions,
c) devant l'aile gauche (ligne de base) :
2 C.A. = 4 Divisions.
Il y a lieu de remarquer ici que les Français ne disposent au total que de 13 groupes alpins = 13 Bat. combinés (6 cp., 1 cp. mitr. à 6 pièces, 1 Bttr. de 65mm, 1 dét. génie) et de 3 R. de ligne d'inf. alpine à 4 Bat. chacun, soit au total = 25 Bat. et 13 Bttr. La réserve comprend 18 bataillons.
Le front entre le Rhein et l'Aare et celui du Valais pourrait être abordé par les têtes de colonnes ennemies dès le 12ème jour de mob., tandis que le centre ne le serait qu'entre le 15ème et 17ème jour.
5. Ligne de la Suhr.
Si on ne veut pas renoncer à la base d'opérations du Valais, il ne reste qu'à prendre plus en arrière une position d'armée ayant un front ouvert moindre et permettant de constituer une réserve d'armée suffisante.
La première ligne qui se présente est la ligne de la Suhr, qui donne le développement suivant :
Rhein (vers Laufenburg) - Aare (embouchure de la Suhr) = 17 km
Embouchure de la Suhr - Lac de Sempach = 29 km
Sempach - Lac des Quatre Cantons = 13 km
----------
soit sur cette aile seulement déjà un front ouvert de = 59 km
plus 7 km de front d'observation.
Le Jura en effet dans ce secteur est si peu montagneux qu'il doit être considéré comme terrain ouvert. La Suhr ne constitue pas non plus un obstacle, de sorte que ce front nécessiterait déjà un minimum de 5 divisions, plus 1 brigade entre le Rigi et le Spannort, soit presque l'effectif total de l'armée jusqu'au point où il se souderait à la ligne de base (Spannort).
En outre, si la ligne de défense dans le Jura est relativement bonne, le secteur par contre entre le lac de Sempach et le lac Quatre Cantons est très difficile à défendre. D'autre part, en cas de rupture, cette ligne a le gros désavantage d'avoir dans le dos les lacs de Hallwil et de Baldegg.
Pour tous ces motifs, cette ligne est moins bonne encore que la précédente et demande plus de troupes que nous en possédons.
6. Ligne du Seethal.
Plus avantageuse que la ligne de la Suhr est la ligne du Seethal. Elle donne le développement de front suivant :
Rhein (vers Rekingen) - Limmat = 11 km (derrière l'Aare)
Limmat - Kestenberg - Hallwilersee - Baldegg - Küssnacht = 50 km (dont 11 derr. l'Aare)
plus 9 km de front d'observation (lacs), soit
un front ouvert de 39 km = 3 Div. renf. = 10 Br.
un front derr. l'Aare 22 km = 1 Div. renf. = 4 Br.
front Küssnacht - Rigi - Spannort -- = 1 Br. renf. = 1 Br.
soit jusqu'à la ligne de base au total 15 Brigades.
La ligne de base exigeant du Spannort au Mt. Dolent 3 brigades en plus des garnisons du St. Gotthard et de St. Maurice, on se trouve dans les mêmes conditions que sur la position d'armée A, c'est à dire sans réserve d'armée, abstraction faite de la brigade de réserve nécessaire à la ligne de base du Valais.
Cette ligne ne récupère donc aucunes forces, mais a au contraire le gros inconvénient de céder un territoire beaucoup plus grand, en particulier l'Oberland bernois, le Lötschberg et toute la région entre l'Aare et Luzern.
7. Position d'armée B. (Ligne de la Reuss tableau page 29)
Cette position a sur les précédentes l'avantage d'avoir devant tout son front un obstacle naturel, l'Aare et la Reuss, qui permet de réduire la densité d'occupation tandis que l'adversaire est de son côté désavantagé par les obstacles que représentent les lacs de Hallwill - Baldegg et le Lindenberg.
Le développement de cette ligne est le suivant :
Rhein (près de Rekingen) - Limmat = 10 km derrière l'Aare
Gebenstorferberg - Cham = 40 km derrière la Reuss
Cham - Spannort = 13 km Préalpes et
41 km impraticables.
Cette position d'armée offre :
avantages du terrain et plus grande solidité du front;
possibilité de constituer une réserve d'armée;
possibilité de conserver la base du Valais, diminution des risques d'être coupé de la ligne de base;
plus grande facilité de repli;
possibilités de contre-offensives partielles et combinées en direction de l'Aare ou de l'Entlebuch;
possibilité d'offensive générale par le Valais.
Elle a, en regard de ces nombreux avantages, le seul inconvénient de céder plus de territoire sur le plateau ainsi que l'Oberland bernois, ce qui rend plus difficile une reprise d'offensive entre le Rhein et l'Aare.
Le tableau à la page 30 donne les divers secteurs du front et le groupement des troupes.
Jusqu'au point où il se soude à la ligne de base, ce front n'exige qu'environ 13 ½ brigades, soit 82 bataillons et 83 batteries. En y ajoutant les troupes nécessaires à la ligne de base on arrive à un total de 103 Bat. et 118 Bttr. (y compris les 6 Bat. et 6 Bttr. de réserve nécessaires au Valais).
Cette ligne permet donc la constitution d'une réserve d'armée de 19 Bat. et 20 Bttr., dont 8 lourdes, qui avec les autres troupes disponibles donnent un total de
1 Etat-major de Div.
3 Br. I. = 19 Bat., dont 9 de mont.,
4 Br. cav. = 24 esc. plus 12 esc. mitr.,
2 Gr. mitr. fort. = 6 cp. mitr.
20 Batteries.
Offensive de l'adversaire.
L'adversaire est désavantagé par le terrain : sa marche en avant se heurte à un terrain très coupé, voire à des obstacles infranchissables devant le front principal (lacs) qu'il faut tourner ; les communications sont plus mauvaises et s'allongent ; le front des Alpes augmente et nécessite toujours plus de troupes équipées et armées pour la montagne. Des 15 corps d'armée supposés en 1ère ligne, 3 - 4 devront être laissés devant la ligne de base et comme couverture du flanc droit, un autre sera arrêté par le massif du Napf et devra, faute de routes, passer en 2ème ligne. L'adversaire ne pourra donc aborder le front Rhein - Rigi qu'avec 10, au maximum 11 corps d'armée au lieu de 12 - 13 qu'il pourrait mettre en ligne sur le front Rhein - Entlebuch (position A).
Réserve d'armée.
La réserve d'armée pourrait être groupée comme suit :
a) derrière l'aile droite, au nord de la Limmat :
1 Div. combinée comprenant :
1 Br. inf. (5 - 6 Bat.), fournie par le C.A. de droite,
2 Br. de cav.,
1 R. d'art. (6 Bttr. camp. & 2 Bttr. ob. = 8 Bttr.).
Cette réserve pourrait prendre en flanc toute irruption ennemie à travers l'Aare ou la Limmat (dans ce dernier cas, en liaison avec la réserve du centre) ;
b) derrière le centre, dans la région de Schwyz - Zug :
1 Br. d'inf. (3 Bat. mont. & Bat. plaine = 6 Bat.),
2 Br. de cav.,
1 Gr. mitr. fort.,
8 Bttr. (3 Bttr. mont., 3 Bttr. camp., 2 Bttr. ob. 12 cm).
Cette réserve pourrait opérer soit entre le lac de Zürich et la Reuss, soit en montagne par le Surenenpass et la vallée de Sarnen en direction de l'Entlebuch, si l'adversaire attaquait par l'Entlebuch - Luzern.- S'il perçait au centre en direction du lac de Zürich, les 2 groupes de réserve pourraient le prendre en tenaille. L'efficacité de l'action de ces réserves sera naturellement proportionné à leur mobilité, c. à d. qu'elles devront être pourvues de camions automobiles (150 camions sont nécessaires à 1 R. I., 120 à 1 R. Art., 500 pour 1 Br. combinée);
pour le renforcement de la ligne de base :
c) à Andermatt :
1 R. renf. à 4 Bat.,
1 Gr. mitr. fort.,
2 Bttr. can. 12 cm. ;
d) à Brig :
1 R. inf. à 3 Bat.,
2 Bttr. ob. 12 cm.
Repli.
En cas de repli, le C.A. de droite pourrait se retirer par le nord du lac de Zürich sur les lignes d'opérations de la Thur et du Rheintal, pendant que la division du nord du lac de Zug disposerait de la ligne d'opérations du Wallensee. Ce repli serait protégé par un barrage à établir sur le front Wädenswill - Zug, tandis que le front Cham - Rigi - Spannort servirait de pivot à tout le mouvement.
Ainsi donc, étant donné ses effectifs, la première ligne face à l'Ouest, où l'armée pourrait envisager la possibilité de tenir avec ses forces seules, tout en conservant la base du Valais, est la ligne de la Reuss - Titlis - Mt. Dolent.
Variante Rigi - Hohgant - Wildstrubel.
Si l'on voulait conserver l'Oberland bernois, il faudrait souder la ligne de la Reuss à l'Hohgant par le Bürgenberg - Pilatus - Schrattenfluh et de là au Wildstrubel, ce qui nécessiterait pour l'équipement du front une augmentation de 11 bataillons et 8 batteries et absorberait ainsi la moitié de la réserve d'armée.-
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Tableau B.
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8. Ligne des Préalpes. Position d'armée C.
Parallèle à la ligne de base, de 30 à 40 km en avant de celle-ci, la ligne des Préalpes s'étend du Rhin au Lac Léman par le
Säntis - Zürichsee - Zugersee - Rigi - Hohgant - Stockorn - Dt. de Brenleire - Bouveret - Mt. Dolent.
Développement 370 km, dont :
31 km de front ouvert,
103 km de Préalpes,
236 km de front impraticable.
370 km au total.
De toutes les lignes énumérées jusqu'ici, c'est celle qui a le front ouvert le plus court mais, par contre, le développement total le plus considérable (70 km de plus que la ligne de base). Ce front exigerait au minimum 5 - 6 divisions d'occupation et des réserves d'armée ou de C.A. réparties en 3 - 4 groupement équivalents à 1 division environ, ce qui absorberait la totalité de l'armée.
La défense sur la ligne des Préalpes équivaut à l'abandon total du plateau et cette ligne devrait être plutôt envisagée comme ligne intermédiaire avant le repli sur la ligne de base ou comme ligne de manoeuvre en vue d'une reprise d'offensive, possible malgré la difficulté des débouchés.
Le fait que cette ligne se développe presque entièrement en terrain montagneux rendrait nécessaire l'augmentation du matériel de montagne de manière à pouvoir équiper toutes les troupes.
Le front de l'aile droite, surtout dans la partie comprise entre le Wallensee et le Zürichsee, est peu favorable, étant donné le manque total de communications perpendiculaires au front.- Cet inconvénient se fera d'autant plus sentir que la défense de ce secteur devra être principalement résolue par l'artillerie.
A l'aile gauche, le secteur Bouveret - Mt. Ruan est de même peu propice à une défense opiniâtre, le terrain étant, malgré son caractère montagneux, une véritable passoire.- Le nombre de troupes indiqué pour sa défense est un minimum.
Le tableau de la page 34 donne les secteurs, les troupes nécessaires, la répartition des groupements et des commandements. Il montre que l'occupation du front des Préalpes exigerait 14 brigades ou 91 bataillons et 113 batteries.
Réserves d'armée ou de C.A.
En outre des réserves d'armée ou de C.A. pourvues de camions automobiles devraient être constituées comme suit :
1 Br. comb. (6 Bat., 6 Bttr.) derrière l'aile droite vers Weesen, pour parer à toute irruption entre la vallée du Rhein et le lac de Zürich;
1 Br. comb. (6 Bat., 5 Bttr.) dans la région de Schwytz pour opérer soit entre les lacs de Zürich et de Zug, soit en direction de l'Entlebuch ;
1 Br. comb. (6 Bat., 5 Bttr.) dans l'Oberland bernois;
1 Br. comb. (6 Bat., 6 Bttr.) réserve de la ligne de base à Martigny.
La ligne des Préalpes exigerait donc :
91 Bat. et 113 Bttr. d'occupation du front
24 Bat. et 22 Bttr. en réserve d'armée ou de C.A.
115 Bat. et 135 Bttr.
Il resterait donc seulement :
7 Bat. (dont une partie resterait affectée à St. Maurice, éventuellement aussi au St. Gotthard),
2 Gr. mitrailleurs de forteresse,
4 Br. de cavalerie,
3 Batteries.
C'est l'économie qui pourrait être réalisée sur la ligne Reuss - Titlis - Mt. Dolent, mais en perdant tout le Plateau à l'est de la Reuss. Le Simmenthal, le Pays d'Enhaut et le Bas Valais seraient par contre conservés, mais n'ont pas une valeur équivalente à celle des territoires de Zürich, Thurgovie et St. Gall.- Le Bas Valais, le Pays d'Enhaut et le Simmenthal absorbent, proportionnellement à leur valeur militaire, beaucoup de troupes.- Les variantes suivantes permettraient une sensible récupération.
Variante I : Abandon du Bas Valais et du Pays d'Enhaut.
Si la défense se rabattait depuis la Dent de Ruth sur la ligne de base par Saanen - le Rubly - Gummfluh - Oldenhorn, ce front de 31 km (dont 12 km de Préalpes et 19 impraticables) demanderait seulement 7 Bat. et 8 Bttr.
La ligne de base de l'Olderhorn au Mt. Dolent absorbant 13 Bat. et 20 Bttr., cela donnerait un total de 20 Bat. et 28 Bttr. au lieu des 23 Bat. et 31 Bttr. nécessaires à la ligne des Préalpes. Soit :
Diminution du front : 22 km
Gain de troupes 3 Bat. et 3 Bttr., venant renforcer les disponibilités de l'armée.
Variante II : Abandon du Simmenthal.
Plus économique encore serait la ligne Hohgant - Niesen - Wildstrubel - Mt. Dolent qui, tout en conservant une bonne partie de l'Oberland bernois avec le Lötschberg, donne une diminution du front de 40 km par rapport à la ligne des Préalpes et une économie de :
10 Bat. et 17 Bttr.
Il est à remarquer en outre que l'attaque de la ligne Niesen - Wildstrubel présente beaucoup plus de difficultés que celle de la ligne Stockhorn - Dt. de Brenleire du fait seul des communications.
Variante III : Abandon de l'Oberland bernois et du Brünig.
Si enfin on renonçait à la défense de l'Oberland bernois et du Brünig et que cette défense se replie depuis le Rigi au Spannort et de là par la ligne de base au Mt. Dolent, la diminution du front par rapport à la ligne des Préalpes serait de 27 km et l'économie de troupes en résultant de :
21 Bat. et 25 Bttr.
qui, ajoutés aux 7 Bat. et 3 Bttr. déjà disponibles, formeraient une masse de manœuvre à disposition de l'armée de :
28 bataillons,
4 brigades de cavalerie,
2 groupes mitr. de fort.,
28 batteries,
(non compris les réserves de secteurs).
Offensive adverse .
L'occupation de la ligne des Préalpes avantage l'adversaire, car il dispose de toutes les bonnes communications naturelles qui conduisent du Plateau aux Préalpes. Son front s'allonge, mais en comparaison de la ligne de la Reuss ses communications du Nord au Sud sont plus favorables que celles de l'Ouest à l'Est et la mise de ses 12 corps d'armée de 1ère ligne en sera facilitée.
Résumé.
Comparées aux effectifs nécessaires à la ligne de la Reuss, les lignes ci-dessous donnent une économie de troupes de :
Ligne des Préalpes 7 Bat., 3 Bttr.
Variante I, ligne de la Gummfluh, 10 Bat., 6 Bttr.
Variante II, ligne du Niesen, 17 Bat., 20 Bttr.
Variante III, ligne du Spannort, 28 Bat., 28 Bttr.
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Tableau C. Position d'armée C.
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Si les forces que l'envahisseur engagera contre nous ont une supériorité telle que nous en soyons réduits à la défensive, c'est donc seulement sur la partie la plus étroite du Plateau et sur le front des Alpes que nous pourrons espérer résister avec quelque chance de succès. Dans le cas peu probable où l'adversaire, comptant sur une faible résistance de notre part, n'engagerait que des forces limitées, l'offensive serait alors possible. Le choix de l'offensive ou de la défensive dépendra donc de facteurs probablement inconnus au début des opérations : forces de l'adversaire et attitude des puissances voisines. Il en résulte que notre armée aura à organiser sa ligne de défense d'une part, à préparer son offensive éventuelle d'autre part, tout en couvrant et voilant l'une et l'autre de ces opérations.
Les opérations de couverture et de voile incomberont aux divisions dont les places de mob. sont le plus près de la frontière menacée. Leur mission consistera à :
1. empêcher l'exploration de l'adversaire et l'obliger à démasquer son plan et ses forces ;
2. tromper l'ennemi et gagner le temps nécessaire à l'organisation de la position d'armée ou à la préparation de l'offensive ;
3. tenir devant des forces égales pour permettre le renforcement offensif ; devant des forces très supérieures ne pas s'engager à fond pour éviter des pertes qui compromettraient l'utilisation ultérieure des divisions.
Comme nous l'avons vu précédemment le but revient donc toujours à gagner du temps, que ce soit à des fins politiques ou à des fins militaires.
1. Conduite des opérations.
Le déploiement stratégique de l'adversaire à l'exception des éléments de couverture n'est pas terminé avant le 9ème jour de mob. Nos troupes de couverture sont prêtes le 3 ème /4 ème jour de mob., en admettant que leur mobilisation ne soit pas entravée par l'adversaire, et pourront donc se porter directement à la frontière (même au-delà suivant les circonstances) pour entraver l'action des éléments de couverture adverses. Les emplacements favorables à cette 1ère couverture devraient être choisis et reconnus d'avance, les troupes qui en seraient chargées devraient également connaître si ce n'est exercer leur mission dès le temps de paix.
La conduite des opérations serait en somme celle d'une guerre de détachements, soigneusement organisée, favorisée dans le Jura par les nombreux défilés, cluses, etc. que traversent les voies d'invasion, par le relief accentué et les nombreux couverts que présente notre pays. Cette couverture, formée par des détachements de troupes mobiles, s'appuyant réciproquement et s'accrochant aux centres de résistance représentés par les lignes de défense des routes principales, contraindra l'adversaire à des déploiements successifs. Sitôt l'ennemi prêt à attaquer, la défense de dérobera (en général de nuit) pour recommencer plus en arrière, sans jamais se laisser accrocher. La défense du territoire s'organiserait ainsi par échelons dès la frontière, de zone en zone, une partie du détachement combiné défendant la 1ère zone de résistance pendant que l'autre partie prépare déjà la défense de la zone suivante. Ce seront des tâches d'arrière-gardes, défense élastique, par échelons et non rigide. La résistance ainsi organisée en profondeur, active, collée à l'ennemi, ne se retirera que pas à pas mettant à profit chaque occasion favorable de tomber sur l'adversaire. Les Br. comb. régleront les mouvements de leurs R. en profondeur, tandis que les Div. fixeront les points de jonction entre les ailes des Br., de manière à assurer le contact et éviter que 1 Br. comb. ne soit prise de dos par le repli prématuré de sa voisine.- Le feu d'artillerie sera surtout concentré sur les routes d'invasion.- Le long des lacs, l'observation et la défense pourraient utiliser les chemins de fer avec wagons munis de projecteurs et armés de canons et de mitrailleuses.
2. Troupes
a) Infanterie :
Ce sont des groupements de brigades d'inf, combinées qui seront le mieux à même d'exécuter les tâches ci-dessus. Les zones de résistance seront surtout occupées par des mitrailleuses, que des éléments d'infanterie souderont entre elles. Ces points d'appui fixes formeront un système de feux croisés, suffisamment échelonné en profondeur pour assurer le décrochage et le repli. Plus en arrière, les réserves, articulées également en profondeur, seront prêtes à contre-attaquer chaque fois qu'une occasion favorable se présentera, ou que le décrochage l'exigera.
b) Artillerie :
Le Canon de 7,5 de par sa trajectoire rasante n'est pas utilisable partout dans le Jura et sa portée est trop faible. Du fait de sa rapidité de tir il sera employé avantageusement au début en batteries d'accompagnement et en arrière des positions contre les éléments ennemis qui auraient pénétré dans la zone de résistance, que ce soit pour appuyer les contre-attaques ou pour faciliter le décrochage.
L'obusier de 12 cm, quoiqu'il n'ait pas une grande valeur balistique et que sa portée soit trop petite pour lutter contre le 155 français court qui tire à 9 - 10 km, a cependant l'avantage de la mobilité et ne demande pas de longue préparation au tir. Il permet de tirer de bas en haut pour la défense des zones de résistance situées sur les hauteurs. Il remplacera avantageusement le 7,5 dans certaines parties du Jura.
Le canon de 12 cm a un tir lent et son personnel de Lw. ne semble pas se prêter à une tâche qui exige autant de mobilité. En outre le canon de 12 cm forme avec l'obusier de 15 cm l'armature de la position d'armée et il peut paraître risqué d'en doter les troupes de couverture. Cependant l'importance et la variété des tâches qui incomberont à l'artillerie de couverture exigent la présence d'artillerie lourde. Comme nous n'avons que peu d'obusiers de 15 cm, le canon de 12 cm est le seul qui puisse répondre aux 155 de l'adversaire. Quoique son tir soit lent et démodé, ses trajectoires variables qui permettent de l'employer du fond des vallées, sa portée, sa traction mécanique le désignent pour compléter l'artillerie des troupes de couverture.
Il semble donc rationnel de doter normalement les brigades de couverture d'un groupe d'artillerie de camp., d'une batterie d'obusiers 12 cm et d'une batterie de canons 12 cm. Chaque groupe d'artillerie de camp. serait muni à la mobilisation de 8 camions. Ces camions permettront de charger 1 batterie du groupe avec munitions et personnel et faciliteront ainsi grandement les changements de position. Dans une mission de couverture, les déplacements de batteries, voire même de section et de pièces, seront fréquents. Le transport par auto-camions accéléra ces déplacements. Il suffit de citer l'exemple d'une nappe de gaz neutralisant brusquement une batterie sise dans une dépression de terrain et l'avantage qu'il y a de pouvoir la déplacer rapidement. En outre, ces 8 camions allègeront les batteries et ménageront les attelages en transportant pendant les marches une partie du personnel et des munitions.
Ainsi composée, cette artillerie, disposée en échelons, procédera par bonds équivalents à la portée de ses calibres, un échelon protégeant l'autre. Plus elle sera mobile, mieux elle réussira à tromper l'adversaire.
c) Cavalerie :
La cavalerie d'armée avec ses escadrons de mitrailleurs et les groupes de guides avec les groupes de mitrailleurs att. des divisions trouveront dans les groupements combinés leur mission toute naturelle.
d) Génie :
Chaque groupement sera doté de pionniers - télégraphiques, tant pour établir les raccordements au réseau civil que pour installer d'avance les lignes avec les points d'observation importants. Il y aura lieu aussi de compléter le réseau sur les lignes d'opérations des brigades, comme par exemple sur la Scheulte entre Mervelier et Ramiswil. On pourrait en charger des Cp. pi. tg. Lw., sitôt la mobilisation terminée.
Quant aux détachements de pionniers à attribuer aux brigades il suffira de doter chacune d'1 section réduite à : 1 officier, 25 s.-officiers et pionniers, 1 employé des tf. connaissant le réseau civil, 2 chariots à câbles, 1 fourgon. La voiture-station, très lourde, attelée à 2 chevaux seulement, serait laissée à la division. Chaque section aurait ainsi avec elle 6 appareils tf., 2 appareils Morse, 14 km de câble et 24 km de fil de combat. Au surplus, il s'agira surtout d'utiliser le réseau civil et d'employer le moins possible de matériel militaire pour éviter qu'il ne tombe au mains de l'ennemi. Dans la retraite, on enlèvera les petites centrales civiles et on détruira celles qu'on ne peut emporter.
Le plan des liaisons sera établi par la division qui répartira à chaque brigade son réseau, car les raccordements au réseau civil chevaucheront plus ou moins sur les zones d'opérations des brigades.
L'organisation de colonnes volantes de destructions nécessitera l'attribution à chaque brigade d'un certain nombre de sapeurs. Cette organisation fera l'objet d'une étude spéciale.
3. Groupements. (Carte - annexe N° VII) 1:250,000.
Les voies d'invasion française les plus directes aboutissent à l'Aare par les débouchés principaux suivants :
Bözberg - Stafelegg,
Hauenstein - Schafmatt,
Klus d'Oensingen et Bärenwil,
Weissenstein,
Biel,
Entre-lacs (Zihlkanal).
A ces 6 débouchés correspondent naturellement 6 zones d'opérations, partant 6 groupements de couverture.
Plus au Sud, les lignes d'invasion qui, à travers les cantons de Vaud, Fribourg et l'Oberland bernois, aboutissent à l'Aare entre Aarberg et Spiez forment également au minimum 3 groupements. On arrive ainsi à 9 zones d'opérations équivalent à 9 groupements de couverture. Chacun des groupements serait composé d'une brigade inf., renforcée de Mitr., Cav., Art., et Génie comme suit :
1 Br. I. renforcée de 1 cp. mitr., Lw.,
1 R. cav. (ou 1 Gr. guides, renf. de 1 cp. mitr. att.),
1 Gr. art. camp.,
1 - 2 Bttr. ob. 12 cm,
2 - 1 Bttr. can. 12 cm,
ce qui donne une proportion moyenne de 6 Bat., 2 - 3 Esc., 5 - 6 Bttr.
Les 2 groupements entre le Lac de Neuchâtel et le Lac Léman seraient renforcés et disposeraient chacun de 1 Br. cav. et de 1 R. art. camp.- Le groupement de l'Oberland aurait une composition spéciale.
En admettant l'organisation ci-dessus, les 9 groupements combinés comprendraient au total :
49 Bat. infanterie sur 122 soit le 40 %
24 Esc. dragons sur 24 soit le 100 %
6 Esc. guides sur 12 soit le 50 %
30 Bttr. camp. 7,5 sur 80 (y c. 6 Bttr. mob. de fort.) soit le 37 %
10 Bttr. ob. 12 cm sur 17 (y c. 5 Bttr. mob. de fort.) soit le 58 %
12 Bttr. can. 12 cm sur 26 (y c. 10 Bttr. mob. de fort.) soit l3 46 %
C'est au 4ème, 2 ème et 1 ère Divisions, dont les places mob. sont les plus rapprochées de la frontière Ouest, qu'il appartiendra rationnellement de fournir les troupes nécessaires à cette mission de couverture. (Voir le tableau qui suit la page 40.)
4. Zones d'opérations.
Les places de mobilisation de ces Divisions donnent le dispositif suivant, qui comprend dans chaque Div. 3 groupements, d'une brigade combinée chacun à l'exception de la 1 ère Div. qui a 1 R. combiné en place de la Br. mont. 3. affectée à la ligne de base du Valais :
4e. Division :
Br. I. 10 comb. (Luzern) opère le long du Rhein et couvre les accès au Bözberg et à la Stafelegg.
Br. I. 11 comb. (Basel / Liestal) opère sur la basse Birs et dans l'Ergozthal, et couvre les accès au Hauenstein.
Br. I. 12 comb. (Aarau) opère dans la région du Blauenberg et couvre les communications entre la Vallée de Laufen et l'Aare par Waldenburg et le Passweg sur Egerkingen et Oensingen.
2e. Division :
Br. I. 6 comb. (Solothurn) opère dans la région les Rangiers - Delémont et couvre les accès de Moutier à Solothurn par la chaîne du Weissenstein.
Br. I. 5 comb. (Tavannes / Biel) opère dans les Franches Montagnes et couvre les accès de Saignelégier sur Pierre Pertuis et sur Biel.
Br. I. 4 comb. (Colombier / Freiburg) opère dans la région Chaux-de-Fonds - Le Locle, avec 1 R. cav. dans le Val de Travers, et couvre les accès au Jolimont.
1ere. Division :
Br. I. 2 comb. (Yverdon / Genève) opère sur les lignes conduisant de Ste. Croix - Vallorbe à la Vallée de la Broie en direction générale de Bern.
Br. I. 1 comb. (Morges) opère sur les lignes conduisant à travers le Gros de Vaud sur Bulle, Romont, Freiburg, en direction générale de Thun.
R. I. mont. 18 renf. (Brig / Langnau) opère dans le Bas Valais et l'Oberland bernois.
Le tableau qui suit donne la composition de chacun des groupements ainsi que leur zone d'opérations dès la frontière.
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5. Concentration et transports.
Afin de gagner du temps, le commandement de l'armée devra organiser et faire exécuter les transports des troupes de couverture de manière que celle-ci soient à proximité de leur secteur :
L'infanterie et la cavalerie dans la nuit du 3 ème / 4 ème jour de mob.
les autres armes dans la nuit du 4 ème / 5 ème jour de mob.
Ce faisant, les éléments combattants des troupes désignées pour la couverture pourraient être à la disposition des Commandants de groupements comme suit :
Les camions automobiles attribués aux Brigades combinées par le tableau ci-devant seraient à leur disposition le 2ème jour de mob. soir sur la Pl. de mob. de l'E. M. de brigade.
Les troupes des Divisions 1, 2 et 4 qui ne figurent pas parmi les détachements de couverture sus-indiqués seraient à la disposition des commandants de division sur leurs Pl. de mob.
6. Destructions .
Jusqu'ici nos préparatifs de destructions visaient surtout les voies ferrées. Le développement dans toutes les armées du service automobile nous oblige à étendre ces préparatifs à nos routes principales et à compléter dans ce sens notre plan des destructions. Voir projet sur carte au 1:100,000 (Carte VIII), résumant l'étude spéciale du Colonel Rebold de décembre 1921.
Les destructions en territoire ennemi devront également faire l'objet de reconnaissances spéciales. L'étude de la concentration française nous a montré qu'à proximité de la frontière les régions ci-dessous et les lignes d'opérations qui les traversent joueraient un rôle de première importance :
1. Altkirch - Montbéliard - St.Hippolyte,
2. Morteau - Pontarlier - Jougne,
3. Morez - St.Claude - Gex,
4. Bellegarde - Annemasse - La Roche - Cluses.
Si les considérations politiques nous permettent de franchir la frontière en temps opportun, il ne serait pas impossible à nos détachements de couverture d'organiser des raids de destruction sur les points sensibles de l'adversaire sis à proximité de notre frontière et que nos reconnaissances détermineront.
Il y aura cependant lieu de tenir compte de la couverture adverse d'une part et d'autre part des forts qui commandent certaines de ces régions.
En ce qui concerne la couverture adverse, il n'y aura pas d'autres moyens que de faire le trou dans sa ligne et, celui-ci fait, de lancer sur l'objectif visé la colonne de destruction, composée surtout de cavalerie avec mitrailleuses.
7. Forts
Quant aux forts le long de la frontière, ils ont été en grande partie désarmés pendant la guerre, mais seraient certainement réarmés, probablement avec du matériel moderne, dès qu'il y aurait menace d'hostilités.
Lomont. Entre la frontière suisse et Pont de Roide, les forts du Lomont assurent avec ceux de Montbéliard la clôture de la trouée de Belfort et dépendent du gouvernement militaire de Belfort. Ils ne comptent pas moins de 7 ouvrages, dont 2 de très fortes proportions. Ces divers ouvrages commandent la route Damvant - Pont de Roide, le plateau de Blamont, la route Ocourt - St.Hippolyte et les passages du Doubs entre St.Hippolyte et Bourguignon. Ces ouvrages pouvaient recevoir avant la guerre de 1914/18 environ 80 bouches à feu. Les casernes et les casemates sont de grandes dimensions et peuvent abriter plusieurs milliers d'hommes. On a fortement travaillé dans cette région en 1917.
Plus au sud, le noeud de routes le plus important du secteur du haut Doubs, Morteau, serait défendu par un ouvrage situé au nord de la ville sur le mont Tantillon (1165 m), ouvrage pour lequel une route d'accès a été construite. Il commanderait les communications aboutissant de Suisse à Morteau, y compris le chemin de fer, et doit servir de point d'appui aux troupes de la Défense mobile qui ont ce secteur à défendre.- Qu'en est-il de cet ouvrage ? Il figure sur certaines cartes françaises, pas sur d'autres. Ce serait un point que les prochaines reconnaissances devraient élucider, vu l'importance de cette région qui nous permet de tourner les forts de Pontarlier.
Pontarlier. Pendant l'hiver 1914/15, les Français ont entrepris quelques travaux d'amélioration des ouvrages de la défense extérieure du fort du Larmont. Ces travaux furent abandonnés au début de 1915, époque où les forts du Larmont, de Joux, de St. Antoine furent désarmés. L'artillerie, les munitions et les approvisionnements furent évacués sur Besançon et, selon un rapport de janvier 1917, les forts n'auraient pas été réarmés à cette date.
Les forts de Joux, du Larmont inférieur et supérieur, les emplacements de batteries au Gros Taureau (1326 m) à 500 m de la frontière forment un groupe d'interdiction qui commande les routes Neuchâtel - Pontarlier, Vallorbe - Pontarlier, ainsi que la route les Allemands - Pontarlier. Les rapports concernant l'armement et la garnison de ces forts étant très anciens (1884), il serait aussi nécessaire de recueillir de nouveaux renseignements pour pouvoir déterminer leur valeur actuelle.
Plus au sud, le fort St. Antoine complète les ouvrages de la région. Il commande la Vallée de Mouthe et la route des Hôpitaux - Neufs à Bonnevaux qui tourne le groupe d'interdiction de Pontarlier.
Ce fort, qui pouvait contenir 24 bouches à feu et une garnison de 500 - 1000 hommes, a servi pendant la guerre à des expériences de tir et fût en partie démoli. Qu'en reste-t-il ? C'est à déterminer.
Les Rousses - Risoux. Ce groupe commande la jonction des routes Genève - Morez par la Faucille et Nyon - Morez par St. Cergues. Avant la guerre, la garnison normale était d'une centaine d'hommes. Pendant l'hiver 1915/16, 5 - 600 hommes y stationnèrent pour le service d'instruction du ski et le service de garde-frontière. Ordinairement il n'y a pas de troupe en hiver, les casernes sont trop humides. Le maximum d'hommes qui y ait séjourné a été de 3000. En cas d'occupation des forts, il y aurait place pour loger 3-4000 hommes dans 3 casernes du fort des Rousses, dit un ancien rapport. Une nouvelle caserne à lits superposés a été construite en 1907, ce qui permettrait de loger, dit-on, 10'000 hommes dans le fort (?).
Avant la guerre, le fort des Rousses comptait 82-87 pièces d'artillerie dont la moitié de pièces de campagne à tir rapide.
Le fort a des emplacements pour 124 pièces. Au début de la guerre, toute l'artillerie semble avoir été retirée du fort, aussi il est difficile de savoir ce qu'il en reste actuellement. Il existe divers emplacements de batteries en dehors du fort proprement dit, c.à.d. dans le secteur Les Rousses - La Cure-aux-Loges - Prémanon. Le fort servirait en quelque sorte de point d'appui aux troupes occupant les ouvrages des hauteurs environnantes.
Aucun travail de défense ne fut fait pendant la guerre dans la région. Par contre, il a été créé de gros dépôts de matériel à Lons-le-Saunier, des casernes et des arsenaux y ont été construits et les bâtiments existants avant la guerre furent améliorés.
Le fort des Rousses est dominé complètement par le Mt. des Tuffes qui est la clef des Rousses et que les Français n'ont pu fortifier d'après la convention de 1863 concernant la Vallée des Dappes. Ils se contentèrent d'y créer une route pour pouvoir y amener de l'artillerie. C'est le point d'observation principal de toute la région.
Les Français tournèrent cependant la difficulté en construisant le fort du Risoux à 2 km ½ de la frontière et à 3 km ½ de celui des Rousses. Sorte d'ouvrage avancé du fort des Rousses, il empêche que celui-ci ne soit tourné par le N.E., et tient sous son feu le Mt. des Tuffes.
Le fort des Rousses peut être tourné par la Faucille - St.Claude et par les nombreux chemins qui franchissent le Risoux depuis la Vallée de Joux en direction de Mouthe - Foncine.
Fort de l'Ecluse. Le fort de l'Ecluse barre la route de la Vallée du Rhône au point où elle franchit la chaîne du Jura entre le Grand Credo et le Mont Vuache, à 2 km au sud de Collonges et à 5 km de la frontière. Le fort se compose de 2 ouvrages qui dominent le Rhône de plus de 100 m et barrent complètement le défilé de l'Ecluse, brèche par laquelle passent les voies ferrées et les routes sur Thonon, Genève et Gex. Ce fort peut contenir environ un millier d'hommes et 20 - 30 bouches à feu. Il ne semble pas que sa valeur tactique et sa puissance soient à la hauteur de son importance stratégique. Il est complètement dominé par le Grand Credo et le Mont Vuache. Aussi les Français avaient-ils eu l'intention de compléter les ouvrages de l'Ecluse en fortifiant le Mt. Vuache quoiqu'il se trouve en zone neutralisée savoyarde. Ensuite de réclamation du Conseil fédéral, ils abandonnèrent le projet. Seule subsiste une route qui permettrait d'occuper rapidement le Mont Vuache.
Une route complètement à couvert relie le fort de l'Ecluse à celui des Rousses par la vallée de la Valserine et Mijoux, avec une seule perpendiculaire : la Faucille.
Les routes de la rive gauche du Rhône permettent de tourner le fort de l'Ecluse par Frangy.
Savoie. En Savoie neutralisée pas de forts.--
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V. Etablissements territoriaux .
La carte VIII A. donne les établissements territoriaux en cas de guerre contre la France.
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VI. Défensive stratégique dès la zone frontière et Couverture renforcée.
(Carte IX, 1:250,000)
Nos opérations seront toujours dépendantes d'une part des forces engagées contre nous, d'autre part de l'attitude des autres puissances voisines. L'étude de la couverture de la frontière sous Chap. IV partait de l'hypothèse la plus probable c.à.d. une forte supériorité numérique de l'adversaire, naturellement indiquée tant pour venir rapidement à bout de notre armée que pour opérer ensuite en territoire voisin. Notre résistance ne pouvait dès lors offrir quelque chance de succès que sur la partie la plus étroite du plateau, le long de la Reuss, et sur le front des Alpes.
Mais si la France engageait contre nous des forces moins importantes, nos opérations viseraient alors à conserver le plus de territoire possible et à porter la défense plus près de la zone-frontière. Il en serait de même dans le cas où nous pourrions espérer l'aide d'une puissance voisine à bref délai.
Le déploiement stratégique de l'armée pourrait s'opérer alors sur notre frontière ouest avec 4 - 5 divisions en première ligne et 1 - 2 divisions en réserve d'armée sur les grandes voies de communication.
En admettant par exemple 5 divisions en première ligne, le dispositif serait le suivant (carte IX) :
4. Division (renf. d'1 R. Br. cav 3 & d'1 R. d'art. à pied) : opère dès le secteur Basel - Blauenberg (excl.) le long du Rhein, et de l'Ergolztal, couvre les lignes d'opérations du Bözberg et du Hauenstein.
5. Division (renf. d'1 R. Br. cav. 3 & de 1 Gr. ob. 15 cm) : opère dès le secteur Blauenberg (incl.) - Clos du Doubs, dans la vallée de Laufon et de Delémont, couvre les lignes d'opérations du Passwang - Klus et du Weissenstein.
2. Division (renf. de la Br. cav. 4 & de 1 Gr. can. 12 cm) : opère dans le secteur des Franches Montagnes, du Locle et du Val de Travers, couvre les débouchés de Biel et du Jolimont.
3. Division (renf. de la Br. cav. 2 & d'1 Gr. ob. 15 cm): opère dès le secteur Ste. Croix - Vallorbe, entre le Lac de Neuchâtel et Echallens (excl.) - Freiburg, à cheval de la vallée de la Broie, sur les lignes d'opérations aboutissant à l'Aare en amont et en aval de Bern.
1. Division (- Br. mont. 3) (renf. de la Br. cav. 1 & d'1 Gr. can. 12 cm): opère dès le secteur Vallorbe (excl.) - St. Cergues sur les lignes d'opérations conduisant à travers le Gros de Vaud sur Moudon - Romont - Freiburg - la Sense et l'Aare d'une part, et Bulle - Thun par le Simmenthal d'autre part.
R.I. mont. 18 renf. (même composition que sur le tableau p. 42): opère dans le Bas-Valais, le Pays d'Enhaut et l'Oberland bernois, dont il couvre les accès sur Thun.
Réserve d'armée (6. Division 1 R. art. à pied): serait concentrée dans la région Solothurn - Biel - Lyss, de manière à à pouvoir être soit transportée rapidement par chemin de fer sur les ailes du front de défense, soit opérer, même par marche, le renforcement du centre,
La Br. mont. 3, le R. I. mont.50 et les troupes de forteresse seraient affectées à la défense de la ligne de base.
Les lignes de défense successives envisagées au Chap. III de cette étude entreraient alors en considération pour les opérations de l'armée et, en outre, il y aurait aussi lieu de considérer les lignes de la Sarine, de la Sense et de l'Aare.
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Si l'on compare le dispositif ci-dessus avec le dispositif de la couverture (page 41), on remarque que la 5 ème Division est intercalée entre la 4 ème et la 2 ème Division, c.à.d. qu'elle a pris les zones d'opérations des Br. I. 12 et 6 et que la 3 ème Division a pris la zone d'opérations de la Br. I. 2. - Il n'est donc qu'un dispositif semblable au premier, mais plus dense. Il permet, suivant les circonstances, le renforcement du dispositif de couverture par simple intercalement. Si, par exemple, le dispositif de couverture a été initialement adopté, ensuite d'incertitude sur les forces de l'adversaire et sur l'attitude des autres puissances voisines, il sera facile d'y substituer le dispositif ci-dessus, sans trop modifier les zones d'opérations des divisions de couverture. Ainsi les brigades de 1ère. ligne de la 5 ème Division transportées dans les régions de Laufen et de Delémont y relèveraient les Brig. 12 et 6, qui par simple rocade passeraient en 2 ème. ligne derrière leurs divisions respectives. Dans le Pays de Vaud, la 3 ème Division prendrait simplement la zone d'opérations de la Br. I. 2, tandis que celle-ci viendrait renforcer la Br. I. 1 dans le secteur de la 1 ère Division.
Si au contraire les forces de l'adversaire sont connues, que l'attitude de nos autres voisins soit claire et qu'on puisse espérer un succès en portant la défense plus près de la zone frontière, il serait préférable dans ce cas de ne pas faire usage du dispositif de couverture, mais d'opérer d'emblée le déploiement stratégique de l'armée à la zone-frontière. L'arrivée des troupes sur leurs emplacements n'en sera pas beaucoup retardée attendu qu'il ne s'agit que de quelques heures de transports en plus. Par exemple dans le dispositif de couverture, la Br. I. 12 est transportée d'Aarau dans le Laufental et le gros de la Br. I. 6 de Solothurn dans la Vallée de Delémont, tandis que dans le second dispositif, les 2 brigades de la 5 ème Div. qui occuperaient ces secteurs viendraient de Zürich - Winterthur, soit seulement 2 - 3 heures de transport en plus. Dans le canton de Vaud, il suffirait de laisser les troupes de la Br. I. 2 dans la région d'Yverdon jusqu'à l'arrivée des premiers transports de la 3 ème Division.
Au-delà de l'Aare, les lignes d'opérations seraient :
4. Division lignes le long du Zürichsee, Wallensee,
2. et 5. Division lignes Gotthard - Luzern (évent. aussi 6. Div.),
3. Division lignes Thun - Bern, (évent. aussi 6. Div.),
1. Division lignes Oberland - Thun.
Si les circonstances exigeaient une réserve d'armée plus forte, on pourrait adopter entre le Lac de Neuchâtel et le Lac Léman le dispositif de couverture (1 ème Div. avec 2 Br. cav.), mais conserver 3 divisions dans le Jura de manière à se l'assurer comme pivot de manoeuvre. Il resterait ainsi pour la manoeuvre 2 divisions renforcées à disposition de l'armée.
Commandements : Les divisions opérant au nord de l'Aare (4 ème, 5 ème, 2 ème) seraient placées sous le commandant du 2 ème Corps d'armée, celles opérant entre le Lac de Neuchâtel et le Lac Léman sous le commandant du 1 er Corps d'armée.--
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Fin de l'étude élaboré par le Col. Guisan.
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